DzActiviste.info Publié le dim 6 Mai 2012

La famille qui parle, la famille qui se tait

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Si ce qui nous tient lieu de classe politique s’est montré satisfait de la nouvelle loi sur les partis politiques, le mouvement associatif a accueilli la loi révisée sur les associations comme un texte porteur d’une régression, jamais tentée depuis 1990, en matière de libertés publiques.
Depuis, la pratique a justifié les appréhensions sur la menace que les nouvelles lois dites de “réformes” font peser sur les libertés publiques, les libertés syndicales, d’expression et d’opinion, notamment.
L’arrestation et les poursuites judiciaires déclenchées contre le syndicaliste Abdelkader Kherba et le jeune citoyen Tarek Mameri, en pleine campagne électorale pour l’ élection de “l’Assemblée nationale des réformes”, illustre la fonction répressive assignée à ce texte de “réformes”. En pleine campagne politique pour une “Assemblée de réformes”, le pouvoir tente d’étouffer l’expression publique, quand elle s’inscrit hors du cadre “agréé” des partis engagés dans le processus électoral.
Le régime croyait pouvoir faire passer l’ouverture du marché du clientélisme politique pour des réformes “démocratiques”. Malgré l’attraction exercée par l’appel sur de multiples opportunismes dormants, aux ambitions qui peuvent être qualifiées de tout sauf de politiques, et qu’il veut présenter comme de virtuelles options de changement, la société n’a apparemment pas mordu à l’artifice. Elle se tient globalement en dehors d’un processus maison de ceux dont le système, innovant, a toujours su inventer.
Pour que la recette aboutisse, il fallait que le silence régnât autour du “processus démocratique” et que seuls ses acteurs puissent témoigner de son caractère effectivement démocratique. Bien sûr, les partis d’appoint pourront dénoncer l’injustice électorale, et les observateurs noter “quelques irrégularités sans conséquences sur le résultat final”. Mais que vaut le commentaire d’un perdant ou les reproches mesurés d’un rapport édité deux mois après l’installation de l’Assemblée ?
Maina Kiai, rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de réunion et d’association, ne s’y est pas trompé quand il observe que “l’Algérie se singularise par un retour en arrière dans le domaine de la liberté d’association, en limitant plus rigoureusement le périmètre d’action ou l’accès au financement des associations”, alors que “le Printemps arabe invite à un élargissement de la place octroyée à la société civile”.
Cette conception exclusiviste, qui réserve le droit à l’expression aux seuls clubs inscrits au championnat électoral et voue l’action syndicale, associative et citoyenne à la répression, légitime la suspicion populaire quant à une vie politique de compères. Ceux qui ont seuls le droit de participer à une vie publique encadrée et présentée comme libre et démocratique contre le privilège de rentes de statuts, peuvent alors faire semblant d’animer un débat public et contradictoire sur l’avenir du pays tout en fermant les yeux sur la répression des voix non homologuées par un agrément de parti.
À force de pourchasser la parole qui dérange, il ne serait pas étonnant que, le 10 mai, la classe politique choisie se retrouve, seule, en famille.

Par : Mustapha Hammouche LIBERTÉ 


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