DzActiviste.info Publié le lun 9 Avr 2012

La fetwa Kessentini / esthétique des farfadets

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Commentdistingue-t-on un parti politique d’un autre ? Par le visage du leader, savoix, son sigle et ses propositions et son histoire de militant. Dans un pays«aux allures démocratiques» selon l’expression humoristique de FaroukKessentini, le fonctionnaire des Droits de l’homme en Algérie, les partisalgériens sont indiscernables, les uns des autres. Sauf à retenir la barbecomme critère, le reste c’est de la photocopie, pâle et illisible. Montrés à latélé du régime, ces partis font de l’écho : appels au vote «pour sauver lepays», appels aux jeunes, appels au «sursaut». Pas d’avis sur l’armée, pasd’avis sur les «Services», pas d’avis sur Bouteflika et ses dix ans, pas d’avissur les AE, pas d’avis sur le pétrole, pas d’avis sur les atteintesscandaleuses aux mémoires des Abbane Ramdane ou le reste de l’Histoirenationale, pas d’avis sur les scandales financiers ni sur la période Khellil,pas de bilan critique, pas de critiques. Ensuite, pas d’avis sur le reste :comment réaffecter l’argent «social» et celui des caisses noires, comment fairetravailler les Algériens et pas les BRQ, comment réduire les accidents deroutes ou contrôler les dépenses publiques, comment encourager l’entreprise oule fisc juste, comment lutter contre la corruption. Pas d’avis sur les chefs dedaïra détenteurs de la souveraineté sur le dos des maires, pas de propositionssur la décentralisation, les émeutes ou les arrestations abusives ou l’étatd’urgence discrète ou le droit des marches ou la vraie indépendance de lajustice ou AQMI. Rien sur les grandes questions, du blabla sur les petites.

Ala fin, mis à part les sigles, l’Algérien moyen se perd dans ce jeu defarfadets. Les partis en concurrence ne disent rien. Vraiment. On dirait desrabatteurs de gibier électoral, pas des concurrents au régime du régime. Cela arappelé au chroniqueur ces temps sombres et comiques de la Tunisie de Benali etses élections Présidentielles : ce temps où un candidat fantoche à laPrésidence tunisienne remerciait Benali, en expliquant qu’il vaut mieux voterBenali car c’est un grand leader !

Labataille pour les listes a donc fait rage mais celle pour les programmes n’ajamais existé et n’existera jamais. Ce ne sont pas des partis d’ailleurs, maisdes fonctionnaires, des salariés de foire, recrutés pour chauffer la foule etobtenir la participation massive. Que croire quand on voit un leader remercierEl Fakhama, appeler les Algériens à voter mais s’écraser comme un insectedevant les grandes questions. Images des Algériens mornes et silencieux, filméscomme des moutons dans les locaux de la SAS, en stupeur dans les salles demeetings par les caméras de l’ENTV. Avec les extraits dithyrambiques et exaltésde quelques caïds des anciens temps coloniaux, appelant à «sauver l’Algérie ducomplot» mais sans aucune proposition sur la souveraineté du maire sur le wali,du choix sur l’enquête d’habilitation et de l’éclairage sur les officines.

Cepluralisme monolingue est affreux, routinier, triste, comique. Il n’y a riendedans qui se mange : les islamiste appellent à appliquer la Charia, lessalariés du régime appellent à appliquer le passé. Rien de neuf. Rien de beauet de joyeux. Comiques avec les burnous pour faire «monde rural», la harangueen colère façon Boumediene, pédagogiques comme un prêche du vendredi, menaçantcomme l’annonce d’un jugement dernier. On ne pouvait pas nous trouver demeilleurs figurants ? Plus beaux ? Des gens plus intéressants, moins ratatinéspar la mauvaise foi et les problèmes rénaux, plus expressifs ?

Etavec tout cela, vient Kessentini, le salarié des Droits de l’homme, qui nousexplique comme un inquisiteur du Moyen-Âge, qu’il faut punir lesabstentionnistes et les gens qui ne votent pas ! Réponse : on est déjà puni desubir ceux-là, les vôtres, les comme vous !

par Kamel Daoud  Le Quotidien D’Oran


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