DzActiviste.info Publié le mar 28 Mai 2013

La fille de Messali raconte son père

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Djanina Messali-Benkelfat, fille du nationaliste algérien, Messali Hadj, est remontée aux sources de sa mémoire pour publier en France
aux éditions Riveneuve un ouvrage en forme d’hommage, Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père.

C’est sans conteste le plus émouvant des ouvrages parus ces dernières années sur le leader algérien, fondateur de l’Etoile nord-africaine, le premier mouvement à avoir revendiqué l’indépendance pour le peuple algérien. Ce n’est pas pour rien que la dernière appellation du parti, après une histoire de vexations et de condamnations répétées de Messali, se nommera Parti du peuple algérien.
Djanina, née en 1938 a suivi cet itinéraire d’un père hors du commun,  en Algérie et en France, avant le déclenchement de la lutte de Libération nationale, pendant et après. Avec elle, on entre dans les coulisses du vécu du révolutionnaire algérien, à la manière des documentaires où la caméra scrute l’arrière-plan de la vie publique des hommes politiques.
Là, c’est une plume sensible qui écrit cette histoire, ou plutôt, modernisme oblige, le clavier : «Printemps 2012. Il est minuit à Montréal. J’éteins mon ordinateur. J’ai fini. Ce livre, je le porte en moi depuis 35 ans », note, dès les premières pages de son livre, Djanina Messali-Benkelfat. «Comme une braise dans mon corps. Ce n’est pas un roman, ni un livre d’histoire ni un essai politique. C’est une promesse. Un serment fait à un homme d’honneur qu’on a voulu déshonorer, la plus célèbre personnalité algérienne de l’histoire récente, la plus adulée et la plus calomniée, une des plus grandes figures du XXe siècle qu’on s’est épuisé à salir, à maudire et que j’ai vu trembler, à la fin de sa vie, sous le poids des ingratitudes et des amnésies. Cet homme est mon père. Messali Hadj. Le père du nationalisme algérien. Celui qui orienta le mouvement national algérien comme creuset de la conscience nationale et qui forma une vraie classe politique au sens moderne du terme».
Djanina Messali-Benkelfat est née à Alger, en 1938. Fille du leader historique et d’Emilie Busquant, la conceptrice du drapeau algérien, elle a accompagné Messali Hadj jusqu’à ses dernières années. Témoin majeur, elle s’est impliquée aux côtés de Charles-André Julien, Charles-Robert Ageron, Annie Rey-Goldzeiguer, Benjamin Stora et Mohamed Harbi dans l’écriture de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Elle livre ici un témoignage inédit et clarificateur sur le leader historique algérien.
«Nulle part, dans le monde, un héros national ne fut autant décrié»
Son regard filial est celui d’une petite-fille impressionnée par l’aura populaire de son père, souvent absent du fait de ses interpellations, arrestations et bannissements successifs. «Ce fut lors du voyage à Chellala, en 1944, où je devais rejoindre mon père qui venait d’y être assigné à résidence, que j’ai mesuré l’ampleur de sa popularité. C’était la première fois que je voyageais sans mes parents, avec une petite valise contenant quelques robes de rechange pour quinze jours, des rubans pour mes longs cheveux et une ‘‘grande enveloppe’’ que ma mère m’avait recommandé de ne remettre à mon père que lorsque nous serions seuls à l’hôtel (…). Je découvrais l’Algérie profonde et rurale avec des yeux de petite fille citadine, familière toutefois des milieux populaires de militants dans lesquels je n’avais cessé d’évoluer (…). En arrivant à destination, lorsque mon père s’approcha de la porte du car, bras ouverts pour me réceptionner, les passagers curieux se levèrent et le reconnurent. Certains d’entre eux ne purent s’empêcher de lancer : ‘‘Yahia Messali Hadj, vive le PPA !’’ et d’aller à lui pour le saluer, lui prodiguer leurs encouragements tout en le congratulant de formules traditionnelles et convenues de protections divines.»
Ensuite ce fut la guerre et la mise à l’écart sanglante du mouvement de Messali dans une guerre fratricide entre FLN et PPA. Puis, à l’indépendance, la continuation du déni de reconnaître la place de Messali dans le recouvrement de la fierté nationale : «Cette image de l’homme adulé a de tout temps accompagné celle de l’homme éclaboussé. Mon père fut dénigré par tous les pouvoirs officiels qui se sont succédé depuis 1962, attaqué sans vergogne, chargé des pires crimes. Nulle part dans le monde, un héros national ne fut autant décrié, souvent par ceux-là mêmes qui avaient été ses compagnons de combat. Il n’est pas de précédent dans l’histoire contemporaine où un artisan de la liberté fut autant victime de médisance, insulté, injurié. Oui, ce livre est une parole donnée à ce libérateur de légende accablé de contre-vérités historiques, de campagnes de diffamation et d’injures, un personnage exceptionnel qui a consacré et sacrifié sa vie à son idéal de liberté et d’indépendance pour l’Algérie.» Loin des lectures politiques qu’on pourra faire de l’histoire de Messali, ce témoignage sincère de sa propre fille éclaire, d’un œil sensible, une trajectoire que les nouvelles générations auront nécessairement besoin de s’approprier.
* Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père. Edition Riveneuve, Paris, avril 2013.
Walid Mebarek


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