DzActiviste.info Publié le ven 16 Nov 2012

LA GUERRE D’ALGERIE, UNE GUERRE COMME LES AUTRES ?

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Colloque international organisé par Catherine Brun en collaboration avec la Bibliothèque
nationale de France, l’Institut du Monde Arabe ; l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 / CNRS (EAC 4400), les 
6 et 7 décembre 2012


PROGRAMME DEVELOPPE


Comité scientifique :

Etienne Balibar, Catherine Brun, Jeanyves Guérin, Régine Robin, Todd Shepard, Benjamin Stora, François
Zabbal




Parce que la guerre d’Algérie n’a été officiellement reconnue telle que tardivement, en 1999, elle est souvent
appelée, encore aujourd’hui, la « guerre sans nom ». En France, on en fait l’emblème d’un consensus du silence, des tabous de l’histoire, du refoulé de la pensée, de la création, de la mémoire.
Et pourtant, bien avant le « saut quantitatif » impulsé dans les années 1990 par l’ouverture partielle des archives publiques de la guerre et, à partir des années 2000, les premiers travaux
systématiques sur les pratiques de torture en Algérie, les productions de tous ordres sur le sujet sont massives. Davantage que d’un déficit de désignation, cette guerre semble avoir souffert de
l’abondance de ses appellations concurrentes. En outre, sa perception a été brouillée par la réminiscence d’autres conflits, dont les représentations sont venues se télescoper à ses réalités
propres ou, en aval, par son instrumentalisation au profit de nouveaux affrontements. 

C’est à interroger la catégorisation de ce conflit qu’il s’agira de s’atteler, pour mieux démêler l’écheveau
de ses représentations historiques, littéraires, philosophiques, et médiatiques. 

Deux axes seront retenus. Le premier, diachronique, invitera à s’interroger sur la manière dont les
représentations de cette « guerre » entrent en résonance avec d’autres conflits, passés (guerre de Sécession, deuxième guerre mondiale, Indochine) ou à venir (Vietnam, conflits dans les
territoires occupés palestiniens, guérillas latino-américaines). Quelle(s) transmission(s) ? Quelle(s) solution(s) de continuité ? Quelles ombres portées par ces autres guerres sur la « guerre
d’Algérie » et, réciproquement, quelles disséminations de la guerre d’Algérie ?

Le second, synchronique, s’attachera, toujours à partir des représentations, à repenser la pertinence de la
désignation « guerre d’Algérie » en regard d’autres : « maintien de l’ordre », « opérations de pacification », « opérations de police », « révolution », « guerre d’indépendance », « guerre de
libération », « guerre de décolonisation », « djihad », « guérilla », « guerre en Algérie », guerre du renseignement, ou encore « événements ». Il s’agira de contextualiser ces options verbales,
d’en saisir les implications et les attendus, sans négliger de penser ce que ces variations-distorsions, cosmétiques ou autoritaires, font à la langue.




Journée I : D’une guerre à l’autre

Institut du Monde Arabe, 

1 rue des Fossés Saint-Bernard, Paris 5e

Salle du Haut Conseil, au 9e étage 


Matinée


9h-9h15 : Ouverture du colloque par Mona Khazindar, directrice générale de l’IMA, et par Carle Bonafous-Murat,
Vice-Président du Conseil scientifique de la Sorbonne nouvelle 

9h15-9h30 : Présentation du colloque par Catherine Brun


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Présidence : Todd Shepard


9h30-10h : Nils Andersson (Éditeur)

Fondateur de La Cité-Éditeur à Lausanne, il a pendant la guerre d´Algérie, en étroite relation avec Jérôme
Lindon aux Éditions de Minuit et François Maspero, réédité après leur saisie en France La Question de Henri Alleg et La Gangrène et publié d´autres documents, notamment Les Disparus, La
Pacification, Le Temps de la justice, tous également interdits. Co-président de l´Association pour la défense du droit international humanitaire, il a contribué à plusieurs ouvrages sur le
système des relations internationales.


Ressentis d’une guerre non déclarée.

L’intervention portera sur la spécificité de l’insurrection algérienne par rapport à d’autres guerres de
libération. A partir du moment où l’Algérie n’était plus considérée comme française, mais algérienne, la guerre ne pouvait, compte tenu des polarisations, que devenir triangulaire. J’examinerai
brièvement les perceptions contradictoires : s’agissait-il d’une « révolution algérienne », d’une guerre de libération, d’un conflit complexe anti-algérien, entre Français ?



10h-10h30 : Philippe Mesnard (PR Littérature UBP Clermont-Ferrand2 / CELIS)


Double mémoire, mémoire plurielle entre nazisme, génocide des Juifs et guerre d’Algérie

Il s’agit d’interroger la coexistence (convergence et/ou divergence) de la conscience du génocide des Juifs,
de la guerre d’Algérie et des mémoires et traditions politiques de la résistance chez les intellectuels français durant les années 1950 et 1960 ; on s’efforcera d’inscrire ce panorama dans le
paysage européen de l’époque en tenant compte des contextes italien, suisse et allemand (RFA et DDR). Dans un deuxième temps, on se concentrera sur des exemples précis d’œuvres (le nombre
dépendra du temps de communication) qui se sont constituées à partir de ce dialogue entre mémoires et événements.

Ainsi, cette étude se situe entre histoire des idées (concernant un échantillon assez vaste d’intellectuels)
et études littéraires et cinématographiques (des cas limités et exemplaires). Cela permettra de dégager des tendances lourdes et quelques figures d’exception. À ces deux niveaux, cela engagera,
d’une part, à nuancer l’idée selon laquelle le génocide des Juifs a été occulté durant les décades d’après-guerre et, d’autre part, à souligner que la guerre d’Algérie a joué un rôle important
dans la constitution de la mémoire du nazisme et du génocide des Juifs. 



10h30-11h : Désirée Schyns (MCF Littérature Haute Ecole de Gand)

Désirée Schyns a fait des études de lettres françaises à l’Université d’Utrecht et  travaillé comme
journaliste et traductrice littéraire aux Pays-Bas. Aujourd’hui elle est maître de conférences en traduction français-néerlandais à la Haute Ecole de Gand en Belgique et chercheur en
traductologie à l’Université de Gand. Ses recherches portent d’une part sur la traduction de textes multilingues dans un contexte postcolonial et d’autre part sur la mémoire culturelle relative à
la guerre d’Algérie. Elle a écrit un livre sur la mémoire littéraire de la guerre d’Algérie dans la fiction algérienne francophone (L’Harmattan 2012). 


Une guerre peut en cacher une autre : la mémoire multidirectionnelle chez Assia Djebar, Maïssa Bey et Boualem
Sansal.

Dans les représentations de la guerre chez Assia Djebar (Les nuits de Strasbourg, 1997), Maïssa Bey
(Entendez-vous dans les montagnes…(2002) et Boualem Sansal (Le village de l’allemand, (2008) la guerre d’Algérie entre en résonance avec la deuxième guerre mondiale. Cette résonance est palpable
dès 1965, quand Mouloud Mammeri fait parler allemand  à un officier français en pleine guerre d’Algérie dans son roman L’opium et le bâton et dès 1979, quand Yamina Mechakra, dans La grotte
éclatée, relie entre eux les crimes nazis, la Grande guerre et la seconde guerre mondiale. Les écrivains francophones algériens sont des précurseurs, évoquant des transferts entre des événements
que nous avons toujours considérés séparément. J’analyserai la façon dont Djebar, Bey et Sansal relient la guerre d’Algérie et la Deuxième guerre mondiale. Comment mettent-ils en scène cet
entrecroisement de plusieurs guerres ? Est-ce que la Shoah joue un rôle primordial dans leur représentation ? En quoi la mémoire littéraire de la guerre d’Algérie agit-elle comme un projecteur
braqué sur d’autres formes d’injustices et de violences ? La hiérarchie entre mémoires est-elle suspendue ?  Comment les différentes guerres s’éclairent-elles, ou s’agit-il au contraire d’un
brouillage ?  


11h-11h30 : Discussion

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Présidence : Alain Ruscio


11h45-12h15 : Christian Olsson (Maître de conférences en science politique à l’ULB (Belgique)

Christian Olsson est Maître de conférences en science politique / relations internationales à l’Université
Libre de Bruxelles (ULB), rattaché au REPI/ ULB (Recherche et Enseignement en Politique internationale). Il est diplômé de l’IEP de Paris (2000) et docteur en science politique/ relations
internationales de l’IEP de Paris (2009). Ses travaux portent sur la sociologie des pratiques de sécurité ainsi que sur les doctrines militaires de type contre-insurrectionnel et leur
application, notamment en Afghanistan et en Irak. Il est rédacteur associé de la revue Cultures & Conflits.


Usages et mésusages de la guerre d’Algérie dans la pensée militaire contemporaine sur les guerres
d’Afghanistan et d’Irak 

Que ce soit au travers du film « La bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo, des romans de Jean Lartéguy, des
pratiques du général Bigeard ou des écrits des lieutenants-colonels Galula et Trinquier, les forces armées américaines (pour ne se limiter qu’à elles) ont développé une relation complexe à la «
guerre d’Algérie » dans le contexte des guerres d’Afghanistan et d’Irak. Simultanément érigée en modèle et en contre modèle, la guerre d’Algérie a tantôt permis de refouler le Vietnam Syndrome
toujours renaissant, tantôt de souligner – à la faveur d’une lecture passant les conséquences politiques de la bataille d’Alger sous silence – l’actualité supposée des écrits de Trinquier. Enfin,
la relecture critique de la guerre d’Alger a parfois permis aux chefs militaires américains de dénoncer la torture comme pratique contre-productive. Ainsi, nous essaierons de montrer que si le
parallèle entre la guerre d’Algérie d’une part, celles de l’après-2001 d’autre part, se justifie, c’est moins du fait des caractéristiques objectives de ces conflits que du fait des débats
doctrinaux qu’ils ont suscité au sein des forces armées respectivement françaises et américaines. Ces derniers sont en effet à maints égards comparables en dépit des décennies qui les
séparent.


12h15-12h30 : Discussion




Après-midi

Présidence : Jeanyves Guérin


14h30 – 15h : Alain Ruscio (historien, Dr d’État, directeur du Centre d’information et de documentation sur le
Vietnam contemporain)

Alain Ruscio, historien, Dr ès Lettres, a consacré l’essentiel de son travail de recherche, dans un premier
 temps, à l’Indochine coloniale et à la phase finale de cette histoire, la guerre dite française d’Indochine (1945-1954). Depuis quelques années, il a orienté ses recherches vers une
histoire comparative, étudiant les autres colonies françaises. Il a notamment porté ses travaux sur ce qu’il est convenu d’appeler le « regard colonial » (Le Credo de l’homme blanc, Éd. Complexe,
2002).  Il s’honore d´avoir eu comme préfaciers à certains de ses ouvrages Madeleine Reberioux, Raymond Aubrac et Albert Memmi. Dernier ouvrage paru, en collaboration avec Rosa Moussaoui,
L’Humanité censuré. Un quotidien dans le guerre d’Algérie, Éd. Le Cherche-Midi, 2012. 


Face aux guerres coloniales, de l’Indochine à l’Algérie : parcours de Mauriac, Sartre et Camus.

En novembre 1954, quand commence le conflit algérien, les grands noms de l’intelligentsia française ont été à
même d’observer dans les années précédentes un autre conflit de même type, avec, certes, ses particularités – et, le cas échéant, de prendre parti : la guerre d’Indochine. Camus, Mauriac, plus
encore Sartre, bien d’autres encore, ont émis des opinions. Dans quelle mesure ce premier conflit de la « décolonisation tragique » a-t-il façonné les esprits, préparé les engagements de la
période de la guerre d’Algérie ? On soulignera les permanences, mais aussi les évolutions, voire les ruptures, entre 1945 et 1962.  


 

15h – 15h30 : Emilie Roche (MCF en Sciences de l’Information et de la Communication, Université Sorbonne
Nouvelle-Paris 3)

Emilie Roche est Maitre de conférences en sciences de l’information et de la communication au sein de
l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. 

Elle a travaillé, pour sa thèse notamment, sur les représentations médiatiques de la violence et de la torture
pendant la guerre d’Algérie. 

Ses travaux portent également et plus largement sur l’histoire de la presse écrite et plus spécifiquement sur
les news magazines (l’Express, Le Nouvel Observateur).

Elle a notamment publié un ouvrage sur La presse en France depuis 1945, chez ellipses et a collaboré à
l’ouvrage collectif dirigé par C. Blandin Le Figaro, histoire d’un journal (« Le Figaro en guerre d’Algérie »).


Indochine, Algérie, Vietnam : intertextualité des discours de presse sur les violences et les
tortures. 

La guerre d’Algérie, en France, et la guerre du Vietnam, aux Etats-Unis, font l’objet de discours médiatiques
sur les violences et les tortures perpétrées contre les groupes armés engagés dans les conflits et les populations civiles. L’étude de ces discours dans la presse hebdomadaire d’information
française et américaine montre des similitudes quant aux présupposés et aux prismes d’interprétation mobilisés pour représenter la guerre et dénoncer les violences et les tortures. Dès lors, au
regard de ces deux guerres de décolonisation, quelle(s) intertextualité(s) des guerres d’Algérie et du Vietnam dans la presse française et américaine ? A partir d’un corpus réunissant les
principaux hebdomadaires d’information Newsweek, Time, Le Nouvel Observateur et L’Express nous proposerons une analyse socio-discursive des discours engagés contre ces deux guerres.


15h30 – 16h : Discussion

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Présidence : François Zabbal (Rédacteur en chef de Qantara)

16h15 – 16h45 : Abderrahmane  Moussaoui (Pr Université Lyon 2)

D’une guerre l’autre, Une violente mémoire

Dans l’historiographie officielle, aussi bien que dans l’imaginaire collectif des Algériens, certains aspects
de la guerre de libération sont sur mémorisés, alors que beaucoup d’autres relèvent d’un oubli largement partagé. Cependant, pour tous les Algériens, la guerre de libération nationale, fondement
premier de leur être ensemble, demeure un lieu de mémoire privilégié ; le lieu où se confirme le mieux cette assertion de E. Renan, « l’essence d’une nation est que tous les individus aient
beaucoup de choses en commun, et que tous aient oublié bien des choses ». 

La mémoire de la guerre, de « la révolution » telle qu’on la désigne ici, relève de l’imaginaire collectif
parce qu’elle ne constitue pas un capital symbolique exclusivement entre les mains des représentants du pouvoir. Ces derniers ne sont pas les seuls à s’autoriser de la guerre de libération comme
source de légitimation ; leurs opposants le revendiquent également.  

Lors des affrontements sanglants qui avaient opposé le régime à son opposition islamiste, les représentants du
pouvoir se pensaient comme les légitimes défenseurs d’une Algérie arrachée à la colonisation. Les membres des groupes armés sont dénoncés comme fils de harkis. C’est à la même guerre  que se
réfèrent les groupes islamistes armés qui se posent comme les redresseurs de torts causés aux martyrs en trahissant leur idéal. Derrière la guerre réelle, une autre guerre … symbolique faisait
rage. 


16h45-17h15 : Christiane Chaulet-Achour (Pr. de Littérature Comparée et Francophone, Université de
Cergy-Pontoise)

Christiane Chaulet Achour, née à Alger en 1946, y a vécu et travaillé comme enseignante à l’Université d’Alger
de 1967 à 1994. Elle est actuellement professeur de Littérature comparée et francophone à l’Université de Cergy-Pontoise. Spécialiste de la liaison enseignement du français et écriture
littéraire, de l’intervention linguistique en situation coloniale puis post-coloniale, elle a publié de nombreuses études sur la littérature algérienne dont elle est une des spécialistes. Dès son
 Anthologie de la littérature algérienne de langue française [co-édition Bordas-ENAP, 1990], elle sonde les rapports de la Littérature à l’Histoire, en privilégiant la guerre de libération
nationale. Elle a coordonné avec Pierre-Louis Fort les Actes du colloque de Cergy-Pontoise sur l’année 1962 (à paraître chez Karthala en 2013).


Guerre de libération nationale et « deuxième » guerre en Algérie des années 1990 : guerres en miroir
?

On comparera trois fictions (Les Amants désunis d’Anouar Benmalek, Albin Michel, 1998 ; Rose d’abîme d’Aïssa
Khelladi, Le Seuil, 1998 ; Les amants de Shéhérazade de Salima Ghezali, éd. de l’Aube, 1999) qui, comme le discours médiatique dominant, établissent un parallèle entre la guerre de libération
nationale et la guerre civile des années 1990. Les convergences établies et les différences soulignées seront examinées pour comprendre la fonction de ces assimilations dans les discours tenus
sur l’Algérie de la post-indépendance.


17h15 – 17h45 : Zaïneb Ben Lagha (MCF en littérature arabe moderne et contemporaine, Université Sorbonne
Nouvelle-Paris 3)

Le livre de l’émir de Waciny Laredj ou l’altérité en contexte de guerre coloniale.

Dans son roman Le Livre de l´émir, Waciny Laredj revisite la guerre d’Algérie mais aussi, à travers elle, la
figure de l’émir Abdelkader, dans un contexte très particulier, celui d’une autre guerre, celle contre le terrorisme menée au nom du choc des civilisations qui véhicule une vision essentialiste
de l’Autre. Waciny Laredj recompose, à partir de sources diverses, le personnage de l´émir Abdelkader s’intéressant non pas tant à la figure du guerrier qui constitue l’image emblématique de
l’émir, mais plutôt à un aspect moins connu du personnage, ses rapports avec les Français et tout particulièrement avec l’un d´entre eux, Monseigneur Dupuch, l´évêque d’Alger. A travers cette
rencontre entre ces deux figures et l’amitié à laquelle elle va donner progressivement naissance, c’est la question de la représentation de l´Autre en contexte de guerre coloniale qui est posée.
 


17h45 – 18h15 : Discussion


18h30 – Paul Thibaud (ancien directeur de Vérité-Liberté et d’Esprit)

L’intrication franco-algérienne et ses effets négatifs




Journée II : Les mots pour la dire

Matinée


9h20 : Ouverture des travaux par Denis Bruckmann, directeur des Collections de la BnF.


Présidence : Emilie Roche


9h30 – 9h45 : Frédéric Manfrin (chef du service Histoire de la BnF, département Philosophie, histoire,
sciences de l’homme) : « Les tracts de la guerre d’Algérie dans la collection de recueils de la BnF »

9h45 – 10h : Philippe Mezzasalma (chef du service Presse, département Droit, économie, politique) : « La
presse en Algérie de 1945 à l’indépendance au travers des collections de la BnF »


10h – 10h30 : Régine Robin (Historienne et Pr. de sociologie à l’Université de Québec), Francine Mazière (Pr
de linguistique, Laboratoire d’Histoire des Théories Linguistiques, Paris 13, Paris 7/CNRS) 

Régine Robin est à la fois universitaire, traductrice et romancière. Après une carrière universitaire en
France, jusqu’à la thèse d’État en histoire, elle devient professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. Pionnière en analyse du discours, elle mène depuis vingt
ans des recherches sur les identités, la langue et la littérature, l’écriture migrante, les cultures de l’entre-deux guerres, la culture yiddish, les problèmes de la mémoire collective, les
usages et mésusages  du passé ainsi que sur les musées. Elle a obtenu le Prix du Gouverneur général au Canada en 1987 pour Le Réalisme socialiste : une esthétique impossible (Paris, Payot,
1986) et le Prix Jacques Rousseau de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences pour l’ensemble de son œuvre, le Prix Spirale pour Le Golem de l’écriture en 1999 et le
grand prix du livre de Montréal, pour Berlin Chantiers en 2001.  Elle est membre de la Société Royale du Canada.


La première analyse de discours sur l’Algérie : la thèse de Denise Maldidier (1969).

La thèse de Denise Maldidier, « Analyse linguistique du vocabulaire politique de la guerre d’Algérie d’après
six quotidiens parisiens », a été soutenue à Paris X-Nanterre en 1969. Elle n’a jamais été publiée. Or ce travail pose les bases et esquisse les directions de ce qui deviendra « l’analyse du
discours du côté de l’histoire », tant en matière de corpus (la presse joue alors un rôle essentiel dans ce champ de recherche) que d’analyse d’énoncé. Et ces avancées théoriques et
méthodologiques sont élaborées sur un corpus singulier, peu interrogé : « la guerre »  (mot alors peu employé), abordée comme « une crise qui engendre les tensions les plus grandes au sein
de la communauté française ». Denise Maldidier propose la lecture d’une « mise en question » de la France par la lutte des Algériens. Cette thèse est aujourd’hui à lire et relire.


10h30 – 11h : Julien Hage (Post-doc en histoire, Université de Bourgogne)

Julien Hage, né en 1977, ancien élève de l´École normale Lettres-Sciences Humaines de Lyon (ENS-LSH), agrégé
d’histoire, est attaché temporaire d´enseignement et de recherche à l´université de Bourgogne, spécialiste d’histoire de l’édition et de l’imprimé politique contemporains, en charge  de la
réalisation des corpus numériques, co-auteur avec Alain Léger et Bruno Guichard de François Maspero et les paysages humains (La Fosse aux ours, 2009), auteur d’une thèse intitulée Feltrinelli,
Maspero, Wagenbach: une nouvelle génération d’éditeurs politiques d’extrême gauche en Europe occidentale, 1955-1982, histoire comparée, histoire croisée, à paraître en 2013 aux Presses de l´École
Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques, commissaire scientifique de l´exposition consacrée aux éditeurs engagés contre la guerre d’Algérie, La Plume dans la plaie
(Musée du Montparnasse, mars 2012).

Réseaux éditoriaux, tribunes imprimées et circulations de textes au sein des mouvements d’opposition à la
guerre d’Algérie

Lors de la guerre d’Algérie, la censure a réduit au silence la grande presse et contraint à la prudence le
monde de l’édition, à l’exception de quelques maisons d’avant-garde, comme Minuit ou Maspero. Les réseaux de porteurs de valises et les groupes d’insoumis et de déserteurs ont été contraints de
mettre en place clandestinement un système médiatique de liaison et de contre-information. Cette communication se propose d’envisager d’une manière globale, à travers une analyse à la fois
matérielle, textuelle et symbolique, la circulation des textes, avec ses fluidités et ses hermétismes, au sein des tribunes des opposants à la guerre, et ce, sur tous les supports : livres,
brochures et périodiques, de Témoignages et documents à Vérités Pour, l’organe du réseau Jeanson. Elle entend ainsi interroger les différentes déclinaisons des grands thèmes et enjeux de cette
crise : la torture, l’insoumission et la désertion, la  violence et la révolution algérienne, afin de mettre en lumière les différentes options politiques et les sensibilités contrastées des
acteurs et des locuteurs engagés dans cette lutte.


11h -11h30 : Discussion

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Présidence : Benjamin Stora


11h45-12h15 : Nassima Bougherara (MCF HDR en langue et civilisation allemandes, Université
Stendhal/Grenoble3)

Nassima Bougherara-Gaspoz a enseigné neuf ans à l’Université d’Alger. Elle est actuellement Maître de
conférences en civilisation et histoire politique de l’Allemagne à l’Université Stendhal de Grenoble. Elle a été interprète auprès de l’Ambassade d’Algérie à Berlin-Est en RDA (1974-1976) et aux
Ministères de l’Industrie et des Hydrocarbures (1977-1980) à Alger.

Ses travaux portent notamment sur les rapports franco-allemands à l’épreuve de la question algérienne, à
travers l’analyse d’archives diplomatiques et de corpus de presse. Elle réfléchit également aux phénomènes d’interculturalité dans l’espace germanique : traductions de l’œuvre d’Assia Djebar ou
statut des travailleurs algériens en RDA.


Etudes des résonnances et des représentations politiques et médiatiques de la guerre de libération nationale
dans l’espace germanique  (1954-1962)

Un corpus d’archives politiques et diplomatiques allemandes et françaises offrira matière à l’analyse de
discours. On y circonscrira l’emploi de concepts récurrents et de réseaux d’oppositions ou de substitutions qui révèlent des mentalités et des représentations de la guerre et de la nation. On
étudiera les catégories de qualificatifs qui constituent une

constellation autour de la figure du nationaliste algérien, leurs synonymes, leurs dérivés et leurs
dénominateurs communs. On analysera  plus particulièrement les représentations qui intègrent et figent le sens de la catégorie fonctionnelle de « l’ennemi » – catégorie propre à toute guerre
– dans une perspective comparatiste.



12h15 – 12h45 : Gabriel Périès (Politiste, HDR, Directeur du Département Langues et Sciences Humaines de
TELECOM Évry)

Les représentations de la guerre d’Algérie en Amérique latine : entre la revendication révolutionnaire et les
pratiques anti-subversives (1959-1983)

Les représentations  de la guerre d’Algérie dans le discours de la gauche révolutionnaire
latino-américaine ainsi que dans le discours des doctrines militaires contre-insurrectionnelles pendant la même période (1959-1990). Il s’agira de voir comment se déterminent les formes
discursives et normatives de légitimation de la violence politique et sociale (représentation du couple ami/ennemi, formes d’organisation de la guerre, structures des champs politico-militaires,
discours de  l’exceptionnalité, transferts de connaissance et de représentation des conflits et du politique  entre secteurs militaires à l’échelle  internationale par rapport au
continent sud-américain pendant la  guerre froide, l’expérience  des peuples vietnamien et algérien comme modèle révolutionnaires / contre-révolutionnaires) etc.



12h45 – 13h : Discussion

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Après-midi


Présidence : Abderrahmane Moussaoui

14h30 – 15h : Pierre Vermeren (Pr Paris I – UMR 8054 – Centre d’étude des mondes africains)

Professeur à Paris 1 en histoire du maghreb contemporain depuis la rentrée 2012, après 6 ans passsés à Paris 1
comme maitre de conférences. Membre du laboratoire Centre d’études des mondes africains (CEMAF), Pierre Vermeren a habité 8 ans au Nord de l’Afrique, dont 7 ans au Maroc. Il a soutenu un Doctorat
sous la direction de René Gallissot à Paris 8 sur la formation des élites marocaines et tunisiennes (2000), puis une HDR sous la direction de Nadine Picaudou à Paris 1 en 2010, consacrée à
l’historiographie française du Maghreb post-colonial. Depuis quelques années, il a participé à plusieurs jurys de thèses consacrées à la guerre d’Algérie, et encadre des travaux de masters etde
doctorats consacrés à l’histoire du Maghreb cotemporain.

Nommer la guerre d’Algérie et ses combattants : essai d’interprétation à partir des discours et des termes en
usage au Maghreb.

Pour la majorité des Français qui ont soutenu et accompagné le FLN dans sa lutte pour l’indépendance (période
de la guerre d’Algérie), la « révolution algérienne » est une lutte qui se situe dans une triple filiation politique et idéologique : la révolution française (lutte pour l’égalité et la liberté),
la guerre d’indépendance américaine (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) et la lutte anti-impérialiste (anticolonialisme en temps de guerre froide). Tout cela est vrai. Mais ce que la
langue française n’a pas perçu, ou trop rarement, c’est la dimension religieuse islamique de ce conflit. De ce point de vue, les termes de « martyr » et de « mudjahid » sont sans ambiguités, tout
au moins en arabe. Il est intéressant de revenir aux termes et aux discours en usage à l’époque pour soulever cet angle mort de l’anti-impérialisme en terre d’islam.


15h – 15h30 : Daniel Lançon (PR Littérature française et francophone, Université Grenoble
3) 

Professeur de littératures française et francophones à l’Université Stendhal-Grenoble 3, Daniel Lançon est
directeur scientifique des ELLUG (Éditions Littéraires et Linguistiques de l’Université de Grenoble). Il est également co-fondateur du séminaire « Orientalismes » à l’ENS-Ulm, mensuel depuis
janvier 2008.

Ses travaux portent sur les francophonies orientales, la poésie française moderne et contemporaine, la
littérature des voyages, les orientalismes littéraires.

Il a récemment co-dirigé des ouvrages sur Yves Bonnefoy (Yves Bonnefoy, poésie, recherche et savoirs, Hermann,
2007) ; Edmond Jabès (Edmond Jabès : l’éclosion des énigmes, Presses Universitaires de Vincennes, 2007) ; les littératures en français (L’Ailleurs depuis le romantisme : essais sur les
littératures en français, Hermann, 2009) ; les Perspectives européennes des études littéraires francophones (actes du colloque international de Grenoble, Honoré Champion, sous
presse). 

Il prépare pour 2013 un essai biographique sur Bonnefoy (Yves Bonnefoy : histoire des œuvres et naissance de
l’auteur. Des origines aux Poèmes (1923-1980), chez Hermann) et une anthologie Voyage au Sinaï, (1700-1914), chez Geuthner.

Il a également écrit sur Assia Djebar (« L’invention de l’auteur : Assia Djebar entre 1957 et 1969 ou l’Orient
second en français », dans le collectif Assia Djebar, littérature et transmission, publié aux Presses de la Sorbonne Nouvelle en 2010) et la revue Esprit (« 1962 : l’Algérie de la revue Esprit »
dans le collectif 1962.Algérie-France, mémoires partagées, à paraître chez Karthala).


« Usages de langue dans les écrits religieux de la « guerre » d’Algérie »

(corpus) : une dizaine de récits personnels et journaux, publiés rétrospectivement mais rédigés pendant la
période 1954-1962 par des prêtres, des séminaristes, des hommes de foi, catholiques, protestants, d’origine ou convertis : (esquisse de problématique) : conscience (ou non) d’un « djihad » par
ces appelés ou pieds-noirs, contradictions du discours universaliste de la religion face aux réalités d’un conflit à qualifier, à nommer.


15h30 – 16h : Jeanyves Guérin (PR Littérature, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)

Jeanyves Guérin est professeur de littérature française du vingtième siècle à Paris 3 et directeur de l’école
doctorale de littérature française et comparée. Ses recherches portent sur le théâtre français  du vingtième siècle, sur les écrivains journalistes (Camus, Mauriac) et sur la littérature
engagée (Camus, Sartre, Malraux). Il  a notamment publié Camus. Portrait de l’artiste en citoyen (François Bourin, 1993), Albert Camus. Littérature et politique (Honoré Champion, 2013). Il
 a dirigé plusieurs dictionnaires, parmi lesquels le Dictionnaire des pièces françaises du vingtième siècle (Honoré Champion, 2005), Dictionnaire Albert Camus (Robert Laffont, 2009), et une
dizaine d’ouvrages collectifs. Il a collaboré à la Nouvelle Revue française et à Esprit. 

1954-1957 : Écrivains et intellectuels entre hésitations et incertitudes

Entre 1954 et 1957, les gouvernements de Mendès France, Edgar Faure et Guy Mollet   défendent le maintien
de la présence française en Algérie. Peu d’’ntellectuels se prononcent pour l’indépendance. Ceux qui s’expriment disent leur embarras ou esquissent des compromis que l’évolution de la situation
condamne. On connaît les positions de Camus. On s’interrogera sur la façon dont Mauriac, Pierre-Henri Simon, Jules Roy, auteurs catholiques, ou encore dont Jean Daniel, analysent et mettent en
perspective l’événement.


16h-16h30 : Discussion 

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Présidence : Daniel Lançon

16h45 – 17h15 : Todd Shepard (Associate Professor, Department of History, Johns Hopkins University)
:

Historien à Johns Hopkins University, Todd Shepard est spécialiste de la France et de son empire colonial au
XXe siècle. Il examine les interactions entre l’histoire de l’impérialisme, les institutions étatiques, et les identités nationales, raciales et sexuelles. Son premier livre, The Invention of
Decolonization. The Algerian War and the Remaking of France (Cornell U.P., 2006), a été traduit en français sous le titre : 1962. Comment l’indépendance algérienne a transformé la France ; il
vient d’être réedité en poche. (Payot, 2008; 2012).

Domestiquer pour réformer. Le rejet français de la référence « coloniale » pour définir le
conflit

Dès novembre 1954, les autorités françaises soulignent, trouvant sur ce point un large écho dans la presse
française aussi bien qu’internationale, que les événements en Algérie n’ont rien à voir avec ce qui se passe ailleurs, dans d’autres territoires coloniaux, comme dans d’autres colonies
françaises. L’Algérie est exceptionnelle. Le refus du terme « colonial » pour expliquer la situation algérienne n’implique par contre pas d’admettre qu’il y ait un ou plusieurs « problèmes »
algériens ; le plus important, selon une analyse proposée d’abord par le gouvernement de Pierre Mendès France et son ministre François Mitterrand, reprise ensuite pour expliquer la politique dite
d’« intégration », est le racisme français dont souffrent les « Musulmans » algériens. Cette intervention propose d’analyser comment cet enchevêtrement de termes a fonctionné pendant la guerre,
bien qu’il paraisse aujourd’hui incompréhensible, voire inimaginable.


17h15 – 17h45 : Catherine Brun (MCF Littérature, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3) :

Catherine Brun  est maître de Conférences à la Sorbonne nouvelle et membre de l’unité de recherche «
Écritures de la modernité, Littérature et Sciences humaines ». Depuis sa thèse (1998), et parallèlement à ses travaux sur Pierre Guyotat (Pierre Guyotat, essai biographique, Paris, Éditions Léo
Scheer, 2005 ; Europe, mai 2009) et le théâtre du deuxième vingtième siècle (Gatti Vinaver), ses recherches portent principalement sur les rapports de la littérature et du politique. C’est ainsi
que l’écriture en langue française de la guerre d’indépendance algérienne est devenue l’un de ses objets de prédilection. Commissaire, avec Olivier Penot-Lacassagne, de l’exposition “Engagements
et déchirements, les intellectuels et la guerre d’Algérie”, présentée à l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (IMEC), à Caen, jusqu’en octobre, elle est co-auteur du livre qui
l’accompagne (IMEC/Gallimard, juin 2012). 


Distorsions verbales et mobilisations littéraires

Deux ans après que Maurice Blanchot a dénoncé, dans la prise de pouvoir par De Gaulle, une « perversion
essentielle » qui transforme le pouvoir politique en puissance de salut, Bernard Dort s’insurge contre une perversion plus « sournoise » : la « perversion du vocabulaire », élevée « à la hauteur
d’un instrument de gouvernement ». À ses yeux, « cette dégradation du langage » doit être perçue comme « l’un des signes de l’action dissolvante exercée par la guerre d’Algérie », et figure « au
premier rang des motifs qui ont amené  intellectuels et écrivains français à manifester leur opposition inconditionnelle à la poursuite de cette guerre. » Le rappel de quelques-unes des
distorsions verbales (coups de force ou auphémisations) de la période permettra d’examiner les réactions qu’elles ont suscitées chez les artistes et les intellectuels et de s’interroger sur leur
apparente « frivolité ».


17h45 – 18h15 : Discussion


18h30 – 19h10 : Lectures, par Agoumi


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