DzActiviste.info Publié le ven 7 Juin 2013

La maladie d’Alzhzeimer: un entretien paru dans le quotidien national le citoyen

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Cet entretien, réalisé par Meriam Saddat, a paru dans le quotidien national « le Citoyen » en date du 06 juin 2013.

La maladie d'Alzhzeimer: un entretien paru dans le quotidien national le citoyen dans interviews le-citoyen

Le Citoyen: Ces dernières années, on a beaucoup entendu parler de la maladie d’Alzheimer, toutefois, cette maladie reste largement méconnue. Pouvez-vous la définir brièvement?

Cette affection du sujet âgé fait parler d’elle parce qu’elle pose déjà un problème de santé publique et qu’elle va, à terme, également poser un crucial problème social. Elle va coûter cher aux systèmes de santé des pays développés et, parce que leurs populations seront de plus en plus âgées, le nombre de malades va s’accroitre davantage et peser sur l’équilibre de leurs économies respectives. Principale cause de démence chez les personnes âgées – avec 35,6 millions de personnes atteintes dans le monde en 2010, un chiffre qui devrait passer, en 2050, à 115,4 millions -, et l’une des maladies les plus onéreuses, elle a coûté, pour l’année 2010, 604 milliards de dollars US. Troisième cause d’invalidité après 60 ans, sa prévalence est de 4 à 6 pour 100 000 habitants.

La maladie d’Alzheimer est une maladie dégénérative des cellules nerveuses, les neurones, de certaines régions du cerveau. Elle touche les personnes âgées, après 65 ans et se manifeste par un syndrome démentiel qui s’installe progressivement avec une perte graduelle et irréversible des fonctions mentales, notamment de la mémoire. On ne sait pas encore pourquoi ces neurones meurent et à l’heure actuelle, on ne sait pas non plus comment arrêter ce processus.

Cette maladie est-elle facile à diagnostiquer et quels sont ses symptômes?

La maladie d’Alzheimer a été pendant longtemps sous-diagnostiquée parce que le début des troubles est discret, ceux-ci étant parfois mis sur le compte de la vieillesse normale. Au tout début de l’affection, il n’est pas aisé de la mettre en évidence. Dans ce cas, des tests neuropsychologiques très particuliers sont indispensables pour mettre à jour l’affection. Les examens radiologiques, quant à eux, montrent une atrophie corticale qui touche d’abord les régions du cerveau impliquées dans la mémoire. Quand la maladie a gagné un peu plus de terrain, des troubles de la mémoire, d’abord discrets puis de plus en plus importants, apparaissent.

Au début, le sujet n’arrive pas à fixer son attention et à mémoriser les faits récents. Tout se passe comme s’il gommait au fur et à mesure les événements vécus.Il a oublié ce qu’il a mangé dans la journée, il ne sait plus quelle personne il a rencontré, ce qu’il a fait, etc. C’est l’amnésie antérograde. Un désordre mental très facile à repérer. Quand le patient fait l’effort de se rappeler les événements, il invente pour compenser. Il affabule.

A contrario, les événements les plus anciens sont retenus et sont facilement évoqués. Ce qui fait dire à la famille que le patient a une très bonne mémoire. En réalité, au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, la mémoire des faits anciens se réduit à son tour. Les souvenirs les plus anciens étant les derniers à disparaître. Un peu plus tard, le sujet ne peut plus s’orienter dans l’espace et dans le temps. Il se perd dans le quartier, quelques fois dans la maison. Il ne sait plus dans quelle saison, mois ou jour, il est.

L’orientation dans le temps et l’espace, fonction mentale consubstantielle de la mémoire, est donc à son tour compromise et des fonctions élémentaires comme s’habiller, se laver, se raser deviennent problématiques. A ce stade, des désordres de l’humeur apparaissent associés à des crises de colère, des moments de tristesse et de découragement ou encore une euphorie niaise avec excitation. La perte du sens des convenances sociales, du contrôle du comportement instinctuel et affectif – qui émaille généralement l’évolution de la maladie – rend le climat familial délétère. Le sujet fait ses besoins sur lui, il ne dort plus durant la nuit, il est agité et la moindre contrariété aggrave cet état. Une situation particulièrement douloureuse pour la famille.

 La maladie d’Alzheimer est-elle répandue en Algérie?

La maladie est, sans doute, répandue en Algérie, et les médecins auront à la diagnostiquer de plus en plus souvent. Parce que la prévalence de la maladie s’accroit avec une durée de vie plus longue. Une donnée largement admise et c’est pourquoi, cette maladie suscite un intérêt très particulier dans les pays occidentaux.

Dans notre pays, l’espérance-vie a également augmenté- elle a gagné 20 ans depuis l’indépendance de l’Algérie, les personnes vivront de plus en plus longtemps. Ainsi, nous aurons, en Algérie, de plus en plus de sujets âgés et dans l’absolu, davantage de sujets atteints par cette forme de démence sénile. 100 000 sujets porteurs de l’Alzheimer ont été dénombrés en 2010, pour 2,5 millions de personnes âgées de plus de 60 ans soit 7,5% de la population générale. Ces chiffres iront, sans doute, en augmentant. Ils aggraveront non seulement la prévalence de la maladie d’Alzheimer, mais aussi celle des autres maladies neuro-dégénératives liées à l’âge et toutes les pathologies survenant durant la vieillesse, à l’exemple des affections cardiovasculaires, rhumatismales, métaboliques, etc. Lesquelles affections sont responsables d’une dépendance accrue du sujet âgé avec les conséquences sur le budget de l’Etat et sur celui de la famille.

 Les Algériens, en général, et l’État, en particulier, sont-ils prêts à faire face à cette situation, surtout quand on sait qu’aucun service de gériatrie n’existe en Algérie?

Si les pouvoirs publics ne sont pas prêts, ce qui doit être de mon point de vue le cas, ils devraient songer à le faire très rapidement. Il n’est pas trop tard, mais le temps presse. Il va falloir se préparer à répondre aux besoins spécifiques de tels malades et à venir en aide aux familles en anticipant notamment sur les dispositifs et structures à mettre en place pour les accueillir. Nous n’avons pas de service de gériatrie, pas de maisons de retraite médicalisées et il n’y pas de dispositifs d’aide à domicile et/ou orientés pour assister les familles de ces malades. Il va falloir se pencher sérieusement sur ce problème particulier de la maladie d’Alzheimer, mais il sera aussi indispensable que les pouvoirs publics se penchent plus sur celui (le problème), plus général, de la personne âgée et de la dépendance de cette dernière. Des expériences nombreuses existent à travers le monde. Il faudra s’en inspirer tout en ayant à l’esprit nos propres spécificités sociologiques.

 Y a-t-il un quelconque traitement pour arrêter l’évolution de cette maladie chez le sujet atteint?

Il n’y a pas encore de traitement efficace de la maladie d’Alzheimer. Bien sûr, les industries pharmaceutiques proposent au praticien des molécules sensées mettre fin à la dégénérescence cellulaire et stopper l’évolution de la maladie. Les résultats sont décevants. Il existe, toutefois, sur le marché des médicaments qui permettent le traitement de certains symptômes comme l’insomnie, l’agitation ou encore les troubles de l’humeur en particulier la dépression. Nous sommes ici dans le volet du traitement symptomatique. Encore que ce dernier, le traitement symptomatique, ne doit pas être réduit à la prescription des seuls produits chimiques. En plus des soins habituels qui doivent être prodigués aux personnes âgées, un accompagnement adapté aux besoins particuliers, de nursing par exemple, doit se faire « à la carte ». Quelquefois, mais ce sera de plus en plus souvent, dans des structures spécialisées comme les maisons de retraite médicalisées ou encoreles services de gériatrie. Des structures d’accueil, je le disais, qui n’existent pas encore dans notre pays.

 Quel comportement doit adopter l’entourage qui prend en charge la maladie d’Alzheimer?

La réponse à votre question n’est pas aisée. Elle l’est d’autant moins qu’il n’y a pas de recette. Je peux seulement dire que la souffrance endurée par les parents de tels malades est pénible et qu’elle peut naturellement les amener à avoir des émotions négatives à l’endroitde leur ascendant malade, qu’ils peuvent avoir de la colère, des comportements inadaptés, de l’intolérance, de la fatigue, etc. Cela est normal et ils ne doivent pas ajouter à leur détresse de la culpabilité. L’important est qu’ils prennent conscience de leur attitude négative et qu’ils arrivent à réguler leurs émois. Vivre avec un malade Alzheimer est particulièrement éprouvant sur le plan affectif et émotionnel. C’est pourquoi, les familles doivent être aidées en permanence et que l’Etat doit apporter sa contribution. Les enfants, pour s’entraider, prennent chacun son tour le père ou la mère malade. Si cette façon de faire apporte un soulagement à l’un ou à l’autre, le patient, quant à lui, ne tire aucun bénéfice de ces «déménagements». Les troubles du comportement, du sommeil et l’agitation, s’accentuent dans ces cas, et parce que le sujet perd ses repères familiers, sa mémoire est gravement mise à l’épreuve et sa

désorientation dans le temps et l’espace est encore plus importante. Des désordres psychiques qui sont quelquefois mal perçus par les enfants qui les interprètent comme un refus du malade de s’installer chez son descendant. Une raison pour laquelle il faut éviter de tirer ces personnes de leur environnement habituel. Plutôt que de déménager le malade, les enfants devraient venir, quand cela est possible, aider celui-ci dans son propre domicile. Par ailleurs, on sait aujourd’hui que le maintien, le plus tard possible, d’une activité, notamment intellectuelle, retarde l’apparition et l’évolution de la maladie. L’oisiveté et l’inertie étant responsables, bien sûr, de l’effet inverse. Il faut donc que les familles sachent qu’il faut éviter d’aller au-devant des désirs des personnes âgées et que les pousser, voire les exhorter, à s’occuper eux-mêmes de leur «petites affaires» leur sera très bénéfique. Il en est de même des activités qui leur permettent des échanges, l’information, la lecture, la télévision, etc.

 Une loi relative à la protection des personnes âgées a été adoptée en 2010. A cette époque, vous étiez député et vous avez critiqué cette loi la jugeant insuffisante. Expliquez-nous un peu cela.

La loi 10-12 relative à la protection des personnes âgées a été votée en décembre 2010. Elle a «pour objet de fixer les règles et principes tendant à renforcer la protection des personnes âgées et à préserver leur dignité dans le cadre de la solidarité nationale, familiale et intergénérationnelle». Elle est, bien sûr, bienvenue dans la mesure où, jusque-là, il n’y avait aucun dispositif juridique pour soustraire nos ascendants à l’abandon et à l’exclusion sociale. Mais, celle-ci – qui axe et focalise la responsabilité de cette protection  sur les familles – va rapidement montrer ses limites. Elle ne met pas clairement l’Etat algérien dans l’obligation de donner, aux enfants, les aides indispensables pour répondre à une demande de prise en charge des ascendants, lourde, coûteuse et qui nécessite un savoir-faire spécifique, notamment quand la personne âgée est malade et dépendante. A plus forte raison quand il s’agit d’un sujet présentant une maladie d’Alzheimer. Cette loi évoque de manière très évasive les structures d’accueil, sans en préciser la nature et sans fixer des délais pour leur réalisation.

De plus, elle élude presque totalement les formations des familles aidantes mais aussi des personnels spécialisés pour de telles prises en charge. Je pense notamment à la formation des médecins et de toutes les personnes amenées à travailler avec les personnes âgées, malades. Par ailleurs, cette loi -qui alloue un revenu mensuel, aux personnes sans ressources, égal aux 2/3 du SNMG – méconnait les besoins en matière de soins de cette catégorie de personnes comme elle ignore totalement le coût de la santé et l’environnement économique national. Une allocation nettement insuffisante, qui ne répondra pas aux exigences alimentaires spécifiques de ces sujets. En revanche, les législateurs qui ont préparé cette loi n’ont lésiné sur ses aspects répressifs à l’égard des familles. Une démarche qui est perçue comme une volonté manifeste de l’Etat à abandonner ses obligations et à se défausser sur les familles.


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