DzActiviste.info Publié le jeu 15 Mai 2014

La méthode algérienne refait surface en Egypte

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Desaparecidos13 mai 2014
 
http://lechacal-infos.blogspot.fr/
Comment éliminer une personne sans prendre le risque qu’elle soit recherchée ? C’est simple : l’accuser de terrorisme ! Cette méthode, qui a sévit en Algérie durant la décennie noire des années 1990, vient de refaire surface… enÉgypte. Dans son édition du 13 mai dernier, le journal en ligneMada Masr a, en effet, révélé qu’une liste de 200 noms d’Égyptiens accusées de terrorisme a été rendue publique dans plusieurs journaux locaux, dont le libéral Al-Dostour. Alors que 102 d’entre elles ont été arrêtées, 98 « des plus dangereux » seraient encore, d’après la source certainement policière, dans la nature.

 

Cette « information » serait sans doute passée comme une lettre à la poste si plusieurs familles n’avaient été surprises de lire le nom des leurs dans cette liste. Sahar Massoud, la tante de Mohamed Saber, raconte notamment que son neveu, un ingénieur vivant seul dans le quartier de Ard El-Liwa, à Gizeh, a été enlevé le 14 févier dernier. Des policiers ont fait irruption chez lui à 3 heures du matin, l’ont interrogé sur place durant deux heures puis l’ont embarqué selon des voisins. Deux heures plus tard, ils se sont présentés au domicile de son frère, à Nasr City, au Caire, et l’ont également emmené. Puis, au bout de dix jours, Mohamed Saber aurait envoyé un « émissaire » à sa famille, pour lui faire savoir qu’il était en détention. Cependant, sa famille n’a aucune information sur le lieu exact où il se trouve. D’après la tante, celui-ci n’appartient à aucun mouvement politique et n’a participé à aucune manifestation.   

Autre cas énigmatique, celui de Amr Rabie, un jeunes étudiant ingénieur de 21 ans. Sa mère, Sanaa Shahin affirme qu’il a disparu depuis le 11 mars dernier. Il avait quitté le domicile familial pour aller rejoindre un ami à Ramsès, au centre-ville du Caire. Depuis, il ne les a plus contactés et son téléphone ne répond plus. Deux jours plus tard, des amis de Rabie ont donné des informations sur leurs pages Facebook : un témoin affirme avoir vu des policiers en civils et des militaires se saisir de lui en pleine rue. « Il n’y avait aucune manifestation et nous n’avons aucune idée de ce qui s’est passé », explique sa mère. Depuis, elle est à l’affût de la moindre information. D’après des codétenus, Rabie serait peut-être dans la prison d’Azouly et aurait été torturé. Mme Shahin s’y est évidemment rendue pour réclamer son fils. Et a trouvé portes closes ! Azouly est en effet un lieu de détention militaire d’où ne filtre aucune information. Elle a donc rencontré le procureur général du Caire qui lui a tout simplement fait part de son impuissance. « Il m’a déclaré n’avoir aucune autorité sur les prisons militaires », a expliqué la mère inquiète. « Rabie est un bénévole actif de l’association caritative Al-Rissalaet était contre les Frères musulmans », ajouta-t-elle. « Bien sûr, il a pris part à quelques manifestations mais n’était pas virulent ! ». Et d’ajouter, terrifiée : « Quand j’ai lu son nom parmi les terroristes fugitifs, je me suis dit qu’il avait certainement été torturé. Maintenant, je ne sais même pas s’il est vivant ou mort ! ».

 

Des disparitions ont déjà été signalées enÉgypte depuis la révolte populaire de janvier 2011. Mais c’est bien la première fois que des listes sont jetées en pâture par les « services de sécurité » dans la presse égyptienne. Rappelons, qu’au début des années 1990, le même procédé avait été utilisé en Algérie pour faire disparaître des milliers de personnes, sous couvert de terrorisme. Alors que des témoins avaient assisté à leur enlèvement, leurs familles avaient la surprise de découvrir leurs noms dans les colonnes des journaux. Voire pire : la photo de leurs cadavres, mis pernicieusement en scène sous le titre « Un groupe terroriste abattu lors d’un accrochage avec l’armée ou la police » ! Sauf qu’à y regarder de près, les cadavres en question -d’une maigreur terrifiante avec cheveux et barbes hirsutes- avaient encore des traces de menottes au poignets et de sévices sur le corps. Ce qui ne laisse aucun doute sur le sort effroyable de ces malheureux : détention dans des lieux secrets dans des conditions inhumaines, avec à la clé tortures et pour finir « corvée de bois ». C’est-à-dire exécution extrajudiciaire, pour reprendre la formule d’usage du droit international ! Ensuite, le service du redoutable DRS algérien chargé des basses besognes, ne s’est plus embarrassé de prendre « des précautions légales ». La machine de mort était bien rodée ! Les personnes enlevées disparaissaient tout simplement, pour finir dans les charniers de la Mitidja ou d’ailleurs. Au total, plus de 20 000 disparitions forcées selon les estimations les plus fiables.

Malheureusement pour eux, les Égyptiens ont aussi leur DRS locale, Al-Amn Edawla (Sûreté nationale)… tout aussi redoutable ! Les témoignages publiés par Mada Masr ne laissent donc aucun doute. La machine de mort -dont l’efficacité pour éradiquer les opposants à grande échelle et terroriser la société a fait ses preuves en Algérie- vient d’être actionnée.
Yox
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Rédaction LQA :  http://www.algeria-watch.org/fr/mrv/mrvtort/machine_mort/machine_mort.htm


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