DzActiviste.info Publié le ven 31 Mai 2013

La nauséabonde attaque contre Maamar Farah

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Algérie Patriotique est un journal en ligne, qui s’affirme libre, dont on dit qu’il appartiendrait aux fils de deux généraux-majors parmi ceux qui ont été les principaux acteurs de l’immense tragédie des années 90, et dont l’un reste, à ce jour, le grand patron de la police politique du pays.
Personnellement, je ne suis pas très d’accord avec cette qualification de police politique. Elle me semble très largement usurpée. Moi, je dirais plutôt du DRS qu’il est  l’homme de main, brutal et sans nuance, de gens qui ont fait main basse sur ce pays. Mais bon ! Nous n’allons pas nous colleter en spéculations de marché hebdomadaire, sur le sexe des hermaphrodites. Ce n’est pas l’objet de ce billet.

Il n’en demeure pas moins, donc, que nous avons eu droit, dans le même journal, des mêmes fils à leur papa chéri, à un pamphlet d’une rare qualité, contre un chroniqueur du même bord pourtant. Un des meilleurs, des plus fins, et des plus subliminaux. Qui sévit habituellement sur un très grand journal algérien. Un journal qui se dit du soir, et qui se vend le matin, et qui est lu par presque 0,2 % de la population algérienne adulte. C’est à dire un cinquième de 1 %. Excusez du peu ! Mais c’est comme ça !

Pardon pour les qualificatifs que j’ai utilisés, de grand journal, de grand chroniqueur, mais c’est comme ça ! On prend ce qu’on nous donne, et ce qu’on nous permet. Et, en l’occurrence, on n’a jamais eu un grand choix. On a eu les grands journaux, les grands journalistes, les grands chroniqueurs et tout le reste qu’on nous a permis d’avoir.

Notre presse, née d’un vaste détournement de nation, et plus particulièrement d’El Moudjahid, ce journal de la Révolution algérienne, d’où sont sortis tous les patrons de presse, et presque tous les grands journalistes, où un certain Naït Mazi, dans toute son outrageante présence, surfait sur les vagues du glorieusement correct, dont l’acte fondateur a consisté à dire de Abane Ramdane qu’il était tombé au champ d’honneur, sous les balles assassines de l’armée coloniale, alors qu’il avait été étranglé par ceux-là mêmes, faux moudjahidines, qui allaient voler la victoire du peuple.
Cet article, annoncé en manchette de Une, a donc annoncé la couleur. Il a préfiguré ce qu’allait être la presse algérienne. Cela ne se démentit plus jamais depuis, jusqu’à cet instant où je rédige ces lignes. Au début, du temps du boumedienisme triomphant, la presse a été minutieusement cadrée, confinée, réduite à sa portion congrue, sommée de déclamer, à chaque retour de chariot, son engagement indéfectible, et son militantisme militant, dans une sorte d’engagement qui se revendiquait furieusement révolutionnaire, socialiste et tout ce qu’on voudra, où seul le dithyrambe du guide, de son succédané de révolution étaient de mise.

Des talents immenses furent laborieusement étouffés dans l’œuf, passés à la trappe. Pendant que d’autres, à peine minables, se répandaient et se vautraient, et même qu’ils se roulaient d’aise, dans des journaux où le nombre d’invendus dépassait celui des tirés. C’est dire !

Puis vint le temps de la révolution programmée, dont on a rattrapé les effets pervers, dans les plus petits détails. Une nouvelle presse est  née des mêmes, pour les besoins de la cause. Elle sortit toute casquée du cerveau fumant des barons du régime. On la dota, on la finança, on lui ouvrit tous les chemins. Et ce fut tellement du cousu-main que tout le monde y crut, y comprit la nouvelle presse elle-même, qui ne rougît pas de se donner le titre pathétique, s’il n’était comique, de presse la plus libre du monde arabe. Quelle  pitoyable dérision ! Mais enfin !

Et ainsi, malgré quelques couacs mémorables, qui y ont perturbé l’harmonieuse, et sanglante apothéose, la presse la plus libre du monde arabe parvint à réussir un exploit qui confirma ses origines, et sa nature, puisqu’elle poussa le cynisme jusqu’à mentir sur l’assassinat des meilleurs de ses propres membres. Tous les journalistes algériens ont vite et tout de suite su qui tuait qui, et qui tuait les journalistes, par dizaines. Mais presque personne, hormis quelques rares hurluberlus, ne rompît le deal. Des héros autoproclamés, s’inventèrent des odyssées, puis se murèrent dans une sorte de bulle, un corps étranger, et entrèrent en transes, à la satisfaction rigolarde de leurs officiers traitants. Ils inventèrent le vocables de Kitukistes, pour désigner ceux qui cherchaient à savoir qui tuait qui. Les journalistes algériens ne sont pas des ingrats. Ils n’ont pas mordu la main qui les a nourris, qui en a fait de grands et exclusifs journalistes.  Jusqu’à aujourd’hui, où les uns et les autres font assaut de disponibilité, pour un encart publicitaire de plus, pour un thé consenti par un baron du régime, pour un lot de terrain, pour tout et n’importe quoi, ces gens qui nagent dans l’autosatisfaction, et l’absence de critiques.

Mais l’un dans l’autre, comme on dit, dans ce nid de minables, de menteurs et de lâches, des exceptions surnagent. Des exceptions qui forcent le respect !
Des signatures parviennent à s’imposer. Des journalistes, dont nombreux n’ont pas connu le parcours du retors, font la preuve, chaque jour, que le talent existe, mais pas seulement. Ils nous disent, sans le dire de but en blanc, qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils sont tenus à une autocensure qui ne se dit pas, qu’ils sont les otages de patrons de presse dégueulasses, et qu’ils sont les braises vivaces d’un foyer que tout le monde croit définitivement éteint.

Les plus flamboyants de ces résistants d’un journalisme sous verre sont les chroniqueurs. Parce que cette forme d’expression use de sublimité, voire de subliminalité, pour dire les choses. Parce que le régime sait qu’elle ne s’adresse qu’à l’infime minorité de la minorité, et que cela ne le dérange pas outre-mesure. Et pour cause !

Les chroniqueurs algériens, et leurs pendants picturaux, les caricaturistes, sont donc devenus la saveur, le parfum, l’intention et l’essence de ce métier de journaliste. Ils sont les porteurs de flambeau, d’un métier qui se vautre dans l’ignominie. Dans la béate jouissance solitaire.

Pour en revenir à Algerie Patriotique, et à l’objet de ce billet, une plume chafouine, qui signe sous le pseudonyme de El Annabi, s’est attaquée, de façon lâche et sale, contre Maamar Farah, un chroniqueur du Soir d’Algérie. Il n’est vraiment pas le plus brillant, devant des jeunes qui cassent la baraque, et qui ne traînent pas de casseroles. Mais il a le mérite d’exister, de s’assumer, et de ne pas se dérober. Au point où il continue de se faire le champion de Boumediène.
Le plus étonnant est que le brûlot en question est d’une rare qualité littéraire. Sauf qu’on peut avoir une plastique d’Apollon et sentir la sardine pourrie. Le mercenaire talentueux, et nauséabond, ô combien, a poussé la chiennerie jusqu’à s’en prendre au père défunt de Maamar Farah. Parce que chez ces gens là, rien n’est rédhibitoire, lorsqu’on les sonne. Il sufit de les sonner, de les payer, et de leur donner un coup de tatane dans les gencives, de temps en temps, pour qu’ils sachent bien qui est le maître de céans. Et eux, ces manutentionnaires de la plume savent ce qu’il faut faire.  Il est tellement facile de bomber le torse par correspondance.

Maamar Farah ne m’a jamais défendu, même lorsque des chiens s’en sont pris à mon propre père, rabi yerhmou, mais cela ne m’a pas empêché de me sentir solidaire de l’attaque lâche dont il a été l’objet. Cela m’a permis aussi, je dois l’avouer, de gerber le peu de considération que je gardais pour cette curieuse corporation. J’ai été sidéré par l’absence de réaction à cette saleté. Qu’est-ce qu’ils attendent les journalistes les plus libres de la presse arabe ? Qu’on leur siffle une réaction ?

Fort heureusement, parce qu’il y a encore un semblant de conscience dans ce pays, malgré tout ce qui s’y passe, d’ignominies et de lâchetés, des consciences vives se sont manifestées, pour dire à Maamar Farah qu’il est infiniment plus sympathique, plus sincère, et plus authentique que ceux qui n’ont même pas le courage de signer leurs merdes de leur nom. Oulahdith kièss !

DB

NB: Un jour, j’étais avec un ami journaliste de Souk Ahras. Nous étions en virée à Annaba. Dans un bar fréquenté par des wled lebled, on nous apprit que nous avions raté de peu Maamar Farah. Dommage ! J’avais tellement de choses à lui dire…


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