DzActiviste.info Publié le lun 20 Août 2012

La nuit du doute (leilat echak) dans le pays de tous les doutes

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Zineb Azouz, 18 août 2012
In http://www.algeria-watch.org/

Comme à l’accoutumée, et pour nous infliger un autre cérémonial désuet, nous imposer leurs cadres enturbannés et leur chaîne de télévision abominée, perpétuant leurs rites et entretenant le doute jusqu’au dernier moment, pour le plaisir de garder et de regarder ce peuple en haleine à propos d’un croissant invisible à l’œil nu.

Le tout étant de préserver tout procédé contribuant à laisser les Algériens en sursis et suspendus à ces signes, ces décrets, ce pouvoir et bien sûr son bon vouloir.

Peu importe, toutes les occasions sont bonnes dans cette Algérie pour entretenir le doute, l’attentisme et les intrigues de tout genre.

Erik Orsenna disait que le subjonctif était le mode du doute de l’espoir, je me permettrais de faire remarquer que chez nous, il est le mode de la désinformation et du désespoir.

On spécule ainsi sur la durée du Ramadan qui pourrait être de vingt neuf jours au lieu de trente et on doute de tout et de rien, tant le plus invraisemblable côtoie nos quotidiens et le plus ubuesque bouscule sans pudeur notre visibilité ; on boursicote sur le prix de la pomme de terre comme on table sur des coupures d’électricité qui risqueraient de durer deux à trois jours, on pense que les vaccins seraient périmés, que l’insuline frelatée et que les graines de soja seraient vitales, on doute de ce qu’on sait et on se doute des autres, on guette le moindre racontar sur la santé du président, sur la fortune de son clan, sur les juges suisses, et même sur les volleyeuses voleuses.

Le statu quo semble si bien entretenu en ces moments de grands bouleversements que tous les doutes sont en effet permis dans un pays qui « fonctionne » depuis les fameuses élections du mois de mai SANS gouvernement, lequel hypothétique gouvernement est devenu, comme tout ce qui fait le pays, source prolixe de spéculations, de rumeurs, de noms monstrueux avancés et de flottements dont on pourrait penser à tort, encore une fois, qu’ils sont l’expression de déchirements ou d’incertitudes au sein des groupes tenanciers de l’Algérie. Le pouvoir a obéi aux feuilles de route, il a organisé des élections, féminisé son parlement, muselé la rue, limé l’opposition. Il n’a rien à craindre et peu importe au fond qui sera ou ne sera pas ministre tant que les affaires courantes sont gérées de la même manière et que les dividendes de la rente sont rétribuées par les mêmes canaux, à quelques nouvelles bifurcations et ramifications près.

Les journaux maquillent leurs colonnes par des pseudos querelles et diatribes directes ou interposées entre hauts diplômés en jachère, conteurs d’histoires et autres philosophes-devins autoproclamés ; le tout pour, encore une fois, entretenir le doute sur la cohérence et la cohésion d’un pouvoir plus soudé que jamais, à tel point que vainqueurs ou vaincus des élections, tous marchent au pas et à tête baissée dans une république sans gouvernement.

L’opposition, prise au jeu des promesses douteuses et des chuchotements subliminaires d’outre mer, s’est majoritairement prise au piège des arènes du pouvoir où tous ceux qui s’y affrontent ne sont que des gladiateurs qui s’ignorent.

Tels des crocodiles perdus dans la bourse mondiale des tanneurs, nos opposants ont tâtonné, tergiversé, se sont accusés, insultés et sont aujourd’hui coincés et obligés de nager dans les bassins de l’éternel pouvoir.

Evitant les sujets qui fâchent et dont personne ne doute qu’ils sont la chasse gardée des maîtres, comme l’affaire Nezzar, l’affaire Khalifa, l’Africom ou Sonatrach, nos opposants qui pensent que l’exacerbation suscitée par l’inflation démoniaque, l’incompétence et l’incurie des institutions, les coupures d’eau et d’électricité ou la criminalisation des chômeurs, suffisent à nourrir une identité et à insuffler le changement. Réduits au silence, pacifiés, ils se sont soumis aux lois de la temporisation, des ouï-dire et des marmonnements, se contentant de relayer les souffrances de ces milliers d’anonymes, ils ne savent même plus désigner contre qui ils se battent, contre un système ou contre un ministre.

Aveuglés par les succès de l’empire atlantiste sur les dictateurs arabes, ils font fantasmer le peuple sur une chute éminente, logique et irréfutable du pouvoir, mais le peuple, lui, a des doutes sur tout ce bel univers, car qui sait le plus, doute le plus ! Et le peuple en sait déjà trop sur tout le monde et ne veut plus s’offrir en chair à canons, surtout pas à ceux qui se moquent de sa souffrance et de son intelligence, ceux dont l’agitation ne fait que renforcer les pratiques sadiques du pouvoir.

Fuyant la vérité, les témoignages, les confrontations, les enquêtes et les bourreaux, contournant l’histoire et la science (une science qui, au passage n’a plus aucun doute sur le cycle lunaire et sur son croissant), le peuple est condamné à carburer au doute et à s’alimenter des chimères de lendemains meilleurs et des vœux pieux de l’Aïd « Koul Sana wa antoum Bikheir » ; pendant ce temps, les gangs qui ne connaissent pas le doute, armés de couteaux et de containers, s’accaparent de tous nos espaces, nous imposant leurs lois, leurs prix, leurs goûts, leurs calendriers, leurs mœurs et leur moralité.


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