DzActiviste.info Publié le lun 28 Avr 2014

La patrie : Et …

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La patrie :
Et moi écœurant jusqu’au reniement
Quelle sera l’offrande suprême ?
Où se trouve le remède à ma souffrance ?
L’angoisse me pertuise, habite mon cœur ;
Mon corps est flétri, mes membres desséchés,
J’ai vu la corruption dévorer ma souche.
Ce sont les penchants de ma progéniture
Qui me ravagent le cerveau ;
Chacun selon ses prêches.

Le révolutionnaire :
Ce sont les idées de ta progéniture
Qui te ravagent le cerveau ;
Chacun selon ses prêches.

À chacun ses prêches ;
La mer de la tromperie,
Nous y sombrons ; en réchapperons-nous ?
Ils ont enduit notre patrie de malédiction,
Elle agonise en pleurs
À voir les sots régner sur son sort.
Ce n’est pas par les bondieuseries
Qu’elle effacera sa souffrance
Mais par le savoir, la fraternité et le droit.

Ceux que j’interroge me disent :
Ils sont exilés ou bien défunts,
Les vaillants qui affrontaient la mort.
Ceux qui ont survécu à la guerre fondatrice
Se sont engraissés et ont eu leur content
Comme des grives au printemps.
Eux repus, nous affamés,
Ils ont englouti l’histoire
Et trainé notre terre vers le gouffre.

Serait-ce que les temps ont changé
Ou bien que nous nous sommes égarés ?
Il est difficile de trouver la juste mesure.
Le malfaisant qui décampe
Nous lègue un couvain de poux
Dont les lentes écloses prolifèrent.
Épouvante !
Je crains que se soient ceux qui ont semé de dévastation
Qui reviennent toujours ;
Avec eux nous nous heurterons aux temps.

La patrie :
Ce sont ceux qui ont semé la dévastation
Qui aujourd’hui reviennent ;
Avec eux vous vous heurterez aux temps.

Pour que je sache aimer le révolutionnaire,
Dressez-vous et allez en quête de sa trace ;
Est-il tel qu’il fut jadis ? La noblesse de cœur
Coule-t-elle toujours dans ses veines ?
Interroger-le, dites : nous sommes défaits.
L’ennemi avance son en-marche ;
Sa réponse vous laissera hagards ;
Et chacun d’interroger son compagnon.

Le peuple :
Vers toi nous venons, enseigne-nous :
Qu’en est-il de nos épreuves ?

Le révolutionnaire :

Cette prairie d’où vous cheminez,
Je l’ai connue pénible pente à gravir.
Ces ennemis que vous avez suscités,
Comme eux j’ai épuisé mes forces.
Comment voulez-vous que flotte notre drapeau,
S’il ne mérite pas le respect de nos yeux ?
Comment un foyer serait-il paisible,
Si ses membres s’entre-déchirent ?

Je le sais, vous êtes savant, vous avez lu ;
Vous avez lu les dures souffrances,
Vous les avez lues sans vivre dans vos chaires,
Vous ne les avez pas endurées, non.
Lorsque les temps vous visiteront
Avec une once de ce que nous avons souffert,
Vous saurez qu’il est bien amer,
Le bouillon de la révolution.

J’eusse pu agir à votre semblance,
Du temps que les jours étaient lisses ;
J’aurai fertilisé tous mes desseins, mais
À la fin je craindrais de me salir les mains.
Je sais ce qu’en va ma volonté je veux ;
Je veux le camp des opprimés ;
Bien que je sois ainsi dans un coin, exténué,
Je ne regrette rien de ce qui advint.

Recherchez les racines de l’inimitié,
De crainte qu’elle ne pousse parmi vous ;
Retrouvez-les avant que le temps soit passé,
Le temps n’est pas votre allié.
Si l’indigestion vous frappe,
Ruminez comme font les moutons ;
À qui vous interroge sur l’essence de la clarté
Dites : des bras en lutte dans l’union.

À moi de vous interroger à présent,
Répondez-moi, ô frères,
Ma route fut salébreuse ;
Aujourd’hui, je suis cloué en ce lieu.
Dites-moi, le nom d’Amazigh, est-il
Compagnon de Liberté et de Révolution
Ou bien, comme je le médite et le vois,
Vers les hautes places la marche se hâte-t-elle ?

Le peuple :

Nous interrogeant, nous nous comprenons,
Nous comprenons à quoi nous ferons face.
Notre appel jaillira des ténèbres,
Tous les êtres l’entendront.
Ah ! Nous gardons l’espoir d’une ère nouvelle,
De quelque lieu qu’elle accoure.
C’est nous qui épanchons la beauté de notre drapeau,
C’est nous qui sommes de digne naissance.

Toi, notre appel, imprègne les villages,
Et fasse qu’Ils se souviennent du passé,
Du temps qu’Ils incendiaient les oliviers
Du temps où Ils terrassaient les foyers.
Ah ! Donne le courage aux femmes
Devenues veuves en pleine jeunesse !
Qu’elles nous répondent par des youyous,
Qu’enfin nous brisions les congères de la terreur.

Le sillon qui est en friche,
Nous le ferons fertile,
Notre appel est appel de solidarité
Nous prendrons possession de notre quête.
Bien que nous nous entre-déchirions
Dans les errements nous ne tournerons pas
Sans fin ; affamés ou pieds-nus !
Nous nous ne piétinerons pas la Fraternité.

(Extrait "Lounès Matoub, Mon nom est COMBAT" de Yalla Seddiki, 2003.)


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