DzActiviste.info Publié le sam 5 Avr 2014

La sainte famille

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FrançalgérieOuas Ziani

Le conseil d’administration du Congrès juif mondial a tenu sa réunion semestrielle lundi passé à Paris. Il s’est félicité des mesures prises contre Dieudonné et Anelka, notamment, qu’il recommande de durcir après avoir entendu une communication de Jacques Attali, pondeur émérite d’hommes et de femmes politiques de l’hexagone qui se sert de l’économie comme d’autres se servent d’une sangle et, nolens volens, fournisseur de fatwas aux Algériens.

Au début des années Mitterrand, le proconsulat d’Alger était tourmenté face à tant de défis. Il fallait des réformes et il y avait urgence mais toute la question était de savoir tirer le bon bout sans courir le risque de mettre à terre le château de cartes bâti avec un solide mortier : la peur. Penser le retoucher provoquait l’épouvante.

Le biberon commençait à se tarir, le pathos de Bendjedid ne suffisait pas à combler la crise du logos de Boukharouba, la rhétorique socialiste était en panne et l’expansion de la liturgie des islamistes risquait, à terme, de commotionner la très sainte famille révolutionnaire. Autant il fallait doper les frères, s’en servir pour mettre en déroute et tailler les croupières d’une gauche fossilisée par la police politique, autant, appréhendant la nocivité certaine de ce qui allait devenir l’intégrisme puis le ″fascisme vert″, il fallait lui préparer un contrepoison.

Et Jacques Attali, bien plus efficace que Mardochée et Esther réunis, est un  héraut de cette tribu-dieu qui excelle quand il s’agit d’anticiper les effets de ses propres recettes. Et à Alger, il a la chance d’avoir des pratiquants orthodoxes qui répètent en chœur : jacques a dit.

Jacques Attali avait fourgué au duo de fer, le général Belkheir et le colonel Bendjedid, une idée de génie : revivifier les marabouts. Ce fut chose faite et avec une application de fourmis. Une force d’inertie d’une puissance inégalable tant elle produit des effets euphorisants dans une communauté imbibée de superstitions. Habituée à ne s’émancipe d’un fétiche qu’après s’être emparé d’un autre, elle a fait du progrès au saute-sidi un rituel ! Depuis, nous avons des sidis par cohortes. Hiérarchisés dans des confréries cloisonnées, ils dispensent rokya, promotion, stabilité, sorcellerie et paix sociale. Dans une grande discrétion, ils complètent le maillage confié aux industriels de la félicité, les dealers et les marchands de sexe. Ils surveillent la communauté, palpent ses artères et prennent le pouls, apaisent les angoissés et cooptent les serviteurs les plus qualifiés.

 

Le concept, livré clefs en mains, était d’une efficacité redoutable tant par la valeur de l’idée que pour la qualité du mode d’emploi. C’est qu’Attali n’est pas n’importe qui et ne fait pas n’importe quoi. Il était à la fois l’Esther et le Mardochée de Mitterrand comme il l’est avec François Hollande et est enceinte de manuel Valls. Cet homme ne pond que des androïdes aux qualités pratiques irréprochables.

Pour que la recette de cet industriel ait pu connaitre le foudroyant succès qu’elle a eu, il lui fallait trouver des attelages robustes, les meilleurs sur la scène, pour tirer le gros de l’élite vers des mausolées pour des pèlerinages initiatiques. Ce sera la famille du colonel Bendjedid en personne, suivie par les prétendants aux hautes fonctions de l’état et les aspirants aux assemblées élues. Commence alors le sprint vers des tombes fraichement peintes par des walis qui virent là de solides escabeaux puis la grande mutation où l’on voit Mouloud Hamrouche lâcher le cigare et s’emparer d’un chapelet. La transition est réussie.

Autour d’une pierre, d’un mur, d’un couscous, des palabres sur les bienfaits d’un sidi ou d’un autre, rythment d’incessantes ziaras. Progressivement, les grades sont attribués, un sidi est un général, un autre est major alors qu’un troisième se voit hisser au rang de maréchal. Les pauvres n’ont rien demandé mais que peuvent-ils faire contre l’ivresse des séides nouvellement convertis ? Là aussi, le mysticisme ne peut être que kaki puisque c’est le seul coloris organisé.

C’est ainsi que le charlatanât eut ses chars. Une idée, une voie de drainage qui a charrié tous les détritus, tessons, rognures et emballages en plastique empilés aujourd’hui dans ce bassin versant appelé faussement Etat. Un naufragé de naissance.

Depuis, en réseau parallèle, ce sont les sidis, vénérés comme intermédiaires  entre les croyants en quête de salut ici-bas et la sainte trinité, opportunément désignée par Mouloud Hamrouche, qui assurent la mobilité sociale et la stabilité des institutions par les élections, en attendant qu’une inondation emporte tous ces dépôts qui obstruent les passages vers le premier mandat.

http://www.voltairenet.org/article183124.html

 


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