DzActiviste.info Publié le mar 24 Sep 2013

La sulfureuse sœur Agnès contre-attaque

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agnes_mariam_de_lacroix-13SYRIE Un livre met la religieuse en cause dans le meurtre d’un journaliste français

Sœur Agnès Mariam de la Croix a déposé plainte à Paris pour diffamation la semaine passée contre les auteurs d’un livre qui la met en cause. Franco-libanaise d’origine palestinienne établie en Syrie, sœur Agnès fait parler d’elle depuis l’automne 2011, depuis qu’elle a commencé à organiser des voyages du côté du régime pour des journalistes occidentaux (des Belges ont été les premiers à « bénéficier » de ses services). Le procès pourrait être un moment passionnant.

Le livre qui suscite son courroux, Attentat Express (paru au Seuil en mai dernier), a été écrit par trois plumes, celles de la photographe Caroline Poiron, et des journalistes suisses Sid Ahmed Hammouche (La Liberté) et Patrick Vallélian (L’Hebdo). La première est la compagne et mère des deux enfants du reporter de France 2 Gilles Jacquier, mort à Homs le 11 janvier 2012.

Tous trois accompagnaient le Français lors de ce reportage funeste. Le livre est le fruit d’une enquête minutieuse sur le décès de Jacquier, qui montre de manière saisissante que la thèse d’une attaque ou d’une bavure des rebelles claironnée par le régime ne tient pas debout. La thèse de l’ouvrage est au contraire celle d’un vrai guet-apens tendu par les services du régime pour tuer, précisément, le reporter de France 2, une chaîne « coupable » d’avoir diffusé fin 2011 deux reportages réalisés côté rebelles.

Le nom de mère Agnès apparaît très souvent dans le livre, et tout un chapitre, intitulé « Une mère pas très catholique », lui est consacré. Les auteurs posent nombre de questions à son sujet. Mais les faits qu’ils présentent mènent à penser que la nonne a sans doute joué un rôle, volontairement ou non, dans le piège tendu à Gilles Jacquier.

L’avocat français qui a déposé plainte au nom d’Agnès Mariam de la Croix, Jacques Trémolet de Villers, a expliqué que sa cliente contestait « avec une violence qu’on peut comprendre » son implication dans ce que les auteurs du livre présentent comme « un montage », et qu’elle « ne veut absolument pas que cette diffamation perdure » (même si, curieusement, la plainte a mis quatre mois pour être déposée).
Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian ne se montrent pas effrayés par la perspective d’un procès en diffamation contre lui et les deux autres auteurs du livre. « Sœur Agnès nous reproche de l’avoir diffamée. Mais nous on ne pose que des questions. On demande pour qui elle travaille, qui l’a mandatée. C’est une religieuse ou plus que ça ? Cette personne jouit d’une facilité d’accès à tout en Syrie, elle nous a obtenu des visas, chose peu aisée. Une fois à Damas elle nous a mis une pression énorme pendant deux jours pour qu’on – et surtout Gilles Jacquiers – aille à Homs, ce qui n’était pas son but de reportage. Elle nous accompagnait partout sauf à Homs, où elle n’était pas en sécurité, disait-elle, mais elle y était dès après la mort de Gilles pour donner des interviews à la télévision syrienne ! Et on continue à l’entendre : elle s’est exprimée sur les armes chimiques et le ministre russe, Lavrov, l’a citée ! Et toujours pour appuyer les thèses du régime. »

L’activisme exalté de la religieuse, higoumène (supérieure) du monastère de Saint-Jacques-le-Mutilé à Qâra, en Syrie, ne fait pas de doute. « Bien sûr que mère Agnès est une femme du régime », avait dit à Genève devant les auteurs le père Paolo Dall’Oglio, italien d’origine, qui a disparu à Raqqa cet été, enlevé par un groupe jihadiste. Agnès s’en cache mal. A un Jean-Pierre Elkabach, sur Europe1, qui lui demandait tout de go si elle travaillait pour les services secrets syriens, elle avait répondu, en bafouillant, « C’est à dire… Vous savez que la moitié du pays est dans les services secrets ».

Pour Sid Ahmed Hammouche, le procès pourrait permettre d’y voir plus clair. Et de se demander pourquoi la justice française n’a jamais songé à interroger la religieuse. Quant à la hiérarchie catholique, elle semble bien peu prolixe sur ce sujet. Seule trace d’une critique : une lettre que Le Soir avait révélée le 2 février 2012. Mgr Philippe Brizard, qui l’a connue quand il fut directeur général entre 2001 et 2010 de l’Œuvre d’Orient, une association française qui a pour vocation d’aider les chrétiens d’Orient, lui avait en effet écrit une lettre le 23 janvier 2012. « Mon avis, lui dit-il, est que vous devez prendre distance par rapport à tout ce qui s’est passé et par rapport à un certain engagement de votre part dans le conflit qui déchire votre pays. L’image que vous donnez de vous-même en France est une image trouble du fait qu’on ne sait plus bien si vous êtes religieuse ou partisane du régime en place ».

Le procès en diffamation n’aura pas lieu avant 2014. Sœur Agnès Mariam de la Croix réclame des dommages-intérêts d’un million d’euros.

BAUDOUIN LOOS

LE SOIR, BRUXELLES, MARDI 24 SEPTEMBRE 2013


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