DzActiviste.info Publié le mar 9 Avr 2013

Laïcité «laïque» et laïcité «voilée»

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Paradoxalement, le voile montre précisément ce qu’il veut effacer, appuyant ainsi sur la différence sexuelle, fille et garçon, dans la vie, dans la rue, à la crèche, au risque de rendre cette différence obscure, opaque, irrémédiablement « différenciante », stigmatisante, distinctive, infériorisante aussi bien pour les petites filles que les petits garçons.

Le voile porte malgré lui, en germe, un système sexué de différenciation pouvant aisément ouvrir la voie à un avenir de discrimination, sous prétexte de reconnaissance de la différence culturelle, religieuse, et, en définitive, d’équivoque civilisatrice.     

Une laïcité dite « ouverte » ne saurait aller à l’encontre d’une laïcité « stricte » ; et, il en est de même pour une laïcité « stricte » à l’égard d’une laïcité « ouverte ».

Ce rapport intime entre les deux laïcités montre bien qu’il s’agit de ce qui touche à la loi « égale et valable pour toutes et tous » et non pas au simple désir de ce que nous sommes, chacune, chacun, par rapport à une loi commune définissant et proposant les cadres dans lesquels s’effectue le vivre ensemble dès le plus jeune âge.

Nul/le ne peut être extérieur/e à la loi commune à partir de son simple désir – pour autant que ce que définit la loi est lié à la valeur de la reconnaissance d’autrui afin que cet « autre », autrui, ne soit pas soumis au simple jeu, comme l’écrivit Françoise Dolto, du désir.

Laïcité « ouverte » et laïcité « stricte » peuvent trouver, si elles le désirent chacune pour l’autre, un chemin d’entente, à condition que l’inscription dans la loi ne soit pas le simple fait du désir corporel, spirituel, imaginaire, sensiblement idéologique, religieux, politique, comme tel, mais son remaniement pour un vivre ensemble, surtout si celui-ci concerne celui des enfants, filles et garçons, vivant, s’émancipant, se construisant – même si toute éducation-développement n’est pas facile– dans les lieux dits de « crèche ».

Tout désir est totalitaire, inconscient dans son fond, pouvant mettre en danger la vie de soi et celle des autres.

Si « respect est dû à la loi » et aux êtres humains petite/s et grande/s – faut-il ajouter – c’est dans la mesure même où celle-ci répond à la nécessité du remaniement de ce qui est inconscient dans le désir, parfois… souvent, sa tentative fantasmatique et totalitaire d’autorité et de soumission.

Le débat qui existe aujourd’hui autour de ce qui s’est passé à la crèche Baby-Loup de Chanteloup-les-Vignes rend évident ceci : c’est bien à l’éducation contre le désir totalitaire que la loi politique et sociale, dans un espace démocratique et aussi bien autre, est vouée afin d’éviter les dégâts psychiques, existenciels, meurtriers, de la relégation et occlusion différentielles.

Nabile Farès.

Psychanalyste, Paris.

   

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