DzActiviste.info Publié le lun 9 Avr 2012

L’Algérie doit « mourir » un jour, un seul, pour renaître de ses cendres !

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Lounis Aggoun Le 9 avril 2012
In http://lequotidienalgerie.org

Rarement dans l’histoire récente de l’Algérie une conjoncture n’a rassemblé autant d’éléments avantageux pour permettre à son peuple – sinon de reprendre rapidement en main les leviers de son destin – de jeter les jalons d’une entreprise pour tisser ensuite patiemment la toile de son affranchissement. L’approche du cinquantième anniversaire de ce qu’on a coutume d’appeler « l’Indépendance » forcera les médias étrangers à briser la chape de plomb qu’ils imposent sur le pays et l’élection législative du 10 mai offre l’occasion de démontrer à la face du monde le rejet catégorique par le peuple de tout ce qui émane de ce pouvoir.

Dans le même temps, chaque jour qui passe complique la donne. La fenêtre favorable aux « révolutions arabes », en raison du cas libyen et des cahots qui en découlent, est sur le point de se refermer. À défaut d’agir vite, la révolution en Algérie deviendra impossible, le fracas des armes pour contrer le « péril salafiste » dans le Sahel rendant toute velléité politique ridicule face aux enjeux planétaires qui s’ancrent dans cette zone.

Les « révolutions » ne sont de surcroît viables que si elles disposent d’appuis extérieurs. Or, les Algériens sont désespérément seuls. Ils n’ont rien à offrir aux USA, pour lesquels les généraux ont ouvert sans limite le sous-sol national. Ils peuvent attendre en vain le soutien des Français, tenus par un secret mortel qui les met dans l’impossibilité d’intervenir, ne serait-ce que par la parole. Un secret qui gît dans les archives de la guerre d’Algérie et de la décolonisation. Un secret mortel, qui démontrerait l’inféodation à la France des différents pouvoirs qui se sont succédé depuis 1962, celui de Ben Bella, celui de Boumediene, celui de Chadli, celui de Zeroual, celui de Bouteflika. Au point que la France subit un terrorisme spectaculaire sur son propre sol, voit ses religieux décapités, ses ressortissants enlevés, ses intérêts économiques lourdement menacés sans oser lever la voix, devant même offrir un blanc seing et garantir l’impunité aux assassins et aux terroriste avec lesquels certains de ses services collaborent étroitement.

Tous ces éléments et bien d’autres font des trois mois qui s’annoncent une période inédite et qui ne se reproduira pas de si tôt. Voilà en quelques mots pourquoi il est pertinent d’agir maintenant et, surtout, pourquoi c’est maintenant ou jamais.

Pour faire de ce cinquantième anniversaire l’an 1 de l’indépendance de l’Algérie, deux conditions sont nécessaires. Que le peuple algérien en manifeste d’abord le désir de façon explicite. Qu’une voie de sortie viable soit ensuite offerte à ceux qui ont voué ce pays aux gémonies. C’est ce premier point qui sera débattu ici. Le second volet de cette problématique n’est en effet pertinent que si le premier réussit. D’autre part, la moindre proposition clairement énoncée s’expose aux snipers du régime passés maîtres dans l’art de torpiller toute initiative qui sort de son germe.

Afficher à la face du monde et sans équivoque le désir des Algériens

Un mouvement visant à se servir de cette élection du 10 mai 2012 comme élément mobilisateur est en gestation au sein de la population. Cet embryon de révolte pacifique se donne pour objectif de mettre ce régime à nu. De quoi s’agit-il ? De montrer à la face du monde, via un boycott massif, qu’il ne représente que la cohorte des êtres malfaisants qui le composent. Si le fait est connu, ce pouvoir a joué sur la confusion, et sur l’incapacité des Algériens à s’exprimer. Jusqu’ici, leur communication était sévèrement verrouillée et confiée à une brigade de propagandistes pour lesquels les plateaux nationaux et internationaux ne refusent rien. C’est l’avènement d’Internet qui change la donne, un outil dont les jeunes ont fait une arme, et dont ils se servent avec talent comme porte-voix que nulle censure au monde ne peut enrayer. L’Algérie d’aujourd’hui est faite d’une écrasante majorité de jeunes. Ceux-ci lancent leur révolution avec leurs outils. Ce sont eux qu’il faut aider. Non pas en se substituant à eux, ni en appliquant des recettes de vieux qui ont eu un demi-siècle pour afficher leur incapacité à terrasser la dictature, mais en leur fournissant du conseil, pour leur éviter les écueils qui les guettent.
Pourquoi ce mouvement pourrait être l’amorce de la révolution des Algériens ? En cela qu’il peut en quelques semaines ébranler les consensus lâches qui justifient leur aliénation. Montrer à la face du monde et sans équivoque que ce régime est illégitime. Mais si ce boycott de l’élection est nécessaire, est-il suffisant ? Seulement si on l’assortit des leviers de son efficacité. Or, le seul boycott sera facile à contourner. Les Algériens n’ont-ils pas toujours massivement boudé toutes les élections depuis « l’Indépendance » ? Pour tout dire, le seul véritable scrutin qui a mobilisé ce peuple de façon massive – et que l’on peut de ce fait qualifier d’à peu près libre – a été le référendum du 3 juillet 1962. Les chroniqueurs nationaux et internationaux n’en ont pas moins toujours conclu que le pouvoir monomorphe qui a découlé de ces élections frelatées a été l’expression de la volonté populaire. L’élection de Bouteflika a réuni moins de 25 % d’électeurs et celle, réputée un tant soit peu sérieuse, qui a porté Zeroual à la Présidence en 1995 n’en a pas mobilisé davantage. Pourtant, les chiffres officiels qu’entérinent les rédactions du monde entier oscilleront entre 75 et 99 % entre participation et suffrages à l’élu. En d’autres mots, le boycott en soi ne suffira pas. Le pouvoir mise sur la complicité des observateurs, des élites françaises et de leurs supplétifs algériens qui constituent la petite armée des ondes à son service. Ceux-là balaieront d’un revers de main, non sans une moue paternaliste, tous les griefs et les manquements qu’ils qualifieront de mineurs, à mettre sur le compte d’une « démocratie qui se construit et qui se trouve encore dans sa prime jeunesse ».

Comment contrer cette manœuvre prévisible ? Faire d’une pierre deux coups !

C’est cela l’enjeu de ce scrutin à venir. Il faut que le boycott ait lieu, mais qu’il se déroule de façon spectaculairement ostentatoire. Au point que les chiffres qui seront présenté aux rédactions du monde paraîtront ridicules et impossibles à accréditer. C’est pour cela que le boycott des urnes devra êtres assorti du boycott des rues, ce jour-là.

Pour être efficace, cette opération devra se combiner avec une vaste campagne d’information, pour laquelle les réseaux sociaux doivent servir abondamment de relais. Car il restera toujours le matelas de 10 % de rentiers du régime, les faux anciens maquisards, les faux politiques, les faux industriels, les faux intellectuels, les faux journalistes, les faux pieux, les faux laïques, les faux agents de l’ordre, une cohorte de quelque 1 million d’affairistes qui n’ont strictement aucun intérêt à ce que ce régime tombe et qui lui servent de couverture. Ceux-là, qui font mine de partager les aspirations du peuple, ce ne sont pas de sombres individus cachés dans des tours d’ivoire. Non, ils comptent parmi nos propres amis, nos voisins, nos proches, nos connaissances, nos camarades de travail, nos partenaires de distraction. Ceux-là, qui pratiquent le double jeu, qui gagnent à préserver le régime militaro-mafieux tout en s’en prétendant les opposants acharnés, il s’agit de les mettre en situation de s’afficher publiquement. Ou ils sont partie prenante du pouvoir et doivent l’assumer à tout jamais ; ou ils en sont les opposants et doivent en fournir les gages et assumer définitivement la rupture. Ce jour de vote, où les rues sont désertées par tout algérien patriote, ils devront choisir soit de rester chez eux en solidarité au boycott, soit se rallier à la petite meute que les militaires réuniront pour lui faire échec. Ce jour-là, qu’il soit dit que quiconque se trouvera dans les rues autrement que sous la menace d’une arme collabore à l’imposture, que ceux qui seront vus dehors sont complices de ce régime et en sont donc objectivement les membres.

Les opportunismes de la 25e heure et les élites silencieuses

Un demi-siècle que ce régime sévit en Algérie. Cela paraît irréel tant jamais durant ces longues années il n’a obtenu l’adhésion du peuple. Comment s’y prend-il ? En fait, les seuls moments délicats pour lui se comptent sur les doigts de la main, et le temps qu’il lui a fallu pour surmonter ses difficultés ne cumule pas en tout la durée d’une saison. Il lui a suffi de gérer les moments de transition, une élection rendue nécessaire pour donner le change, quelques campagnes pour faire entériner par le peuple et la diplomatie internationale les choix opérés dans des conclaves secrets, etc. Et puis faire le dos rond, ne rien dire, et rappeler au bon souvenir de « l’ancien colonisateur » les tortures et les crimes qu’il a commis naguère pour lui intimer de s’occuper de ses affaires. Des périodes de turbulences qu’il n’aborde d’ailleurs qu’après avoir pris le soin méticuleux de baliser le terrain. Comme toujours en pareil cas donc, le régime prend ses devants et parvient à trouver des biais par lesquels il subvertit l’opinion mondiale. Une personnalité, une organisation, un parti, qui présente à l’instant donné une particularité qui offre aux propagandistes de produire un discours lénifiant pour neutraliser le temps d’antenne, écœurer les opposants. Après quoi ils jalonnent le quotidien d’une avalanche de problèmes insurmontables pour instaurer une torpeur à laquelle le peuple algérien ne parvient à s’extraire que pour subir dans la solitude une éprouvante répression. Un désert médiatique que le monde entier considère comme le cours normal d’une démocratie qui se construit, une illusion qu’une presse retorse entretient depuis 20 ans. Un théâtre, où les acteurs s’entendent sur leur rôle, sur leur score, et où le héros s’avance vers une victoire promise en feignant même l’anxiété et l’incertitude. À chaque élection, sa victime expiatoire, sa farce et son dindon, volontaire ou non. En 1992, les généraux aux abois avaient tiré de sa paisible retraite Mohamed Boudiaf à qui Khaled Nezzar promit la soumission sans condition de l’armée. Il était clair qu’il s’agissait simplement de passer le cap du coup d’Etat et de faire avaler la couleuvre à l’opinion. Passé ce moment délicat, tel un kleenex qu’on jette après usage unique, Mohamed Boudiaf était condamné. Son assassinat pouvant de surcroît avoir des vertus pédagogiques pour d’éventuels empêcheurs de posséder un pays en rond, alors les faux généraux n’ont pas hésité à l’offrir en spectacle à la presse mondiale friande d’images chocs.

Boudiaf aurait-il succombé à la manœuvre si des intellectuels avaient alors contribué à le mettre en garde, si des hommes et des femmes en qui il avait du respect l’avaient prévenu du traquenard dans lequel il s’engageait ? Nul ne peut réécrire l’histoire. Mais imaginons simplement qu’il ait refusé ? Cela n’aurait certes pas empêché les généraux de mener leur coup d’État. Mais cela se serait produit dans un peu moins de confusion. Un pouvoir d’essence coloniale, dirigé par d’anciens faux déserteurs de l’armée française aurait eu moins de latitudes à dérouler son programme meurtrier. Combien de vies auraient alors été épargnées ? Nul ne pourra jamais le dire. Mais faut-il toujours que vingt ans soient passés pour déplorer que 200 000 personnes, en quasi majorité des civils innocents, sans défense, des vieillards, des femmes apeurées, des nourrissons, des jeunes perdus dans une tourmente incontrôlable, aient péri ? La mission d’un intellectuel est-elle de prévenir les drames, d’anticiper les coups, de démonter les manipulations avant qu’elles ne déploient leurs dards empoisonnés, ou bien est-ce de dresser des bilans déplorables vingt ans après ?

La question n’est pas de pure rhétorique, elle est brûlante d’actualité. Car le problème se repose dans les mêmes termes aujourd’hui. Cette fois-ci, c’est le FFS qui offre ses services au régime pour rééditer sans coup férir son exploit de 1992. Alors que l’évidence frappe tout le monde sur l’imposture de la pluralité politique algérienne, les différents partis en lice s’étant assidûment démontrés comme des officines du DRS, le FFS se propose d’aider les généraux à franchir sans accroc cet obstacle de l’été 2012. Laissera-t-on s’inaugurer sans réagir un second demi-siècle de servitude du peuple algérien ? Évidemment, disent les porte-parole du FFS, promis, juré, craché, ce sera en tout bien tout honneur. Le FFS bénéficie depuis plus de 20 ans de beaucoup de mansuétude, eu égard au respect que chacun doit à un vieillard qui a passé sa vie dans l’opposition. Non pas que son parcours soit absolument irréprochable – cette opposition a été totalement stérile –, mais simplement par une sorte de relativité. Il y avait pire, dont le frère ennemi Saïd Sadi, et son RCD enfanté dans les bureaux de Larbi Belkheir. Comment adresser des critiques au FFS quand tant d’autres acteurs politiques algériens s’adonnent au crime avec délectation ?

Entendons-nous tout de suite, le FFS a le droit de participer aux ripailles du Club des Pins. Il peut aussi ajouter la confusion à la confusion, tenter de faire prendre au public des vessies pour des lanternes. Cela a quelque chose de choquant, mais les Algériens ne sont pas à une félonie près. Il importe seulement que ceux qui suivent Aït Ahmed de bonne foi sachent dans quoi il les engage. Espérer que le DRS va se saborder de lui-même sous la poussée de quelques députés FFS au Parlement, cela relève d’une fausse naïveté pour tout dire malsaine, écœurante. Il est notoire que Aït Ahmed est totalement déconnecté des réalités algériennes et que cet ultime retournement de veste doit sans doute beaucoup à des « conseillés » intéressés, pour offrir à quelques opposants désenchantés l’occasion de fouler de nouveau les travées du pouvoir. Rentré en Algérie en 1990 pour réformer le champ politique anéanti par le FLN, Aït Ahmed en a épousé quasi tous les travers.

Quel talent inouï a-t-il découvert et mis en avant ? Aucun ! Et les rares compétences qui l’ont approché un temps ont vite pris le large, dégoûtés par une pratique féodale de la politique dont ils n’avaient que faire. Ne s’attardent autour de lui que des opportunistes, des agents du DRS qui pullulent dans son environnement immédiat, des affairistes de tous ordres.

Quelle révélation fracassante, qu’elle avancée spectaculaire, quelle proposition mémorable le FFS a-t-il, depuis 1990, mise en avant ? Aucune. Incapable de produire quoi que ce soit, il en est réduit à attendre que naissent des initiatives louables pour tenter de les reprendre à son compte si elles sont dociles, de les torpiller si elles se rebiffent . Le FLN, c’est, outre un parti, une école, qui trouve ses racines dans le Mouvement national. L’école du pire ! Or, l’Algérie d’aujourd’hui n’a rien à voir, ni du point de vue sociologique ni politique, avec les temps immémoriaux de la période coloniale. Immémoriaux d’ailleurs en raison de l’incapacité qu’ont eue les acteurs de cette époque à nous les relater de façon quelque peu intelligible.

Et l’une des leçons de l’école du FLN est la culture de la déloyauté. Un demi-siècle au cours duquel tout le monde constate que la trahison paye, qu’il n’y a même que la trahison qui paye. Les traîtres d’hier ont à peine achevé de se faire les supplétifs des forces ennemies que d’autres, plus virulents encore se font jour, dans une spirale infernale qui fait apparaître les traîtres d’hier comme des enfants de chœur en comparaison des traîtres d’aujourd’hui. Et les membres du FFS, à leur tête Aït-Ahmed, ont bien le droit, ma foi, de se joindre aux ripailles, sachant que ceux qui les remplaceront demain pousseront l’histoire à les réhabiliter, par la dure loi l’amnésie, de la relativité. Chaque décennie qui passe inaugure le pire. Et les corrompus de la veille, ayant achevé de s’engraisser, fatigués et vieillis, s’improvisent opposants au régime qui les a nourris, ne dédaignant pas à replonger à l’occasion, à s’octroyer quelque déloyauté vénielle qui se présente, persuadés que demain étant forcément pire, nul ne viendra leur rappeler le détail de leurs compromissions éhontées. Des officiers supérieurs de la SM et du DRS à la retraite se présentent même comme des alternatives au système pour lequel ils ont consacré leur vie active. La confusion dans toute sa splendeur.

Le FFS mérite un large chapitre. Mais ce n’est point le propos ici.

Revenons maintenant à l’essentiel, ce boycott. Est-il absolument indispensable ? Soyons encore une fois clairs. L’Algérie ne sombrera pas demain si l’élection se déroule comme tous les mercenaires de la politique le voudraient. Elle poursuivra son cours certain vers le chaos. Il y aura autant de morts aussi précoces qu’inexplicables qui s’abattront sur le peuple. Il y aura autant de maladies étranges qui terrasseront des hommes et des femmes à la fleur de l’âge. Il y aura autant de bébés qui naîtront dans le silence avec d’étranges malformations et qu’on enterrera dans la solitude et la honte. Il y aura des drames et des drames qui accableront les Algériens. Il y aura leur pétrole, leur gaz, leur or, leur fer, tous les minerais que la nature leur a donnés qui prendront des chemins de traverse pour enrichir des prédateurs de tous les continents. Et nul n’ira demain réclamer des comptes à Aït Ahmed, à ses députés ou à ses conseillers et à ses thuriféraires anonymes. Non, cette Algérie-là a tenu un demi-siècle et elle tiendra autant encore si tel est le destin qu’acceptent de lui donner les Algériens. Non, cette élection est seulement une occasion que les Algériens peuvent saisir et ce boycott l’une des meilleurs armes dont ils aient bénéficié depuis 1962.

Le Boycott, premier acte d’une prise en charge de l’Algérie par son peuple

Un boycott qu’il ne faut pas rater. Parce que c’est une aubaine inouïe. Un boycott qu’il faut construire donc, en sommant quiconque aspire à l’indépendance de son pays de s’y rallier, sans quoi il se définirait de façon militante comme partie prenante de ce régime, et donc l’ennemi de son peuple. Car c’est bien cela la pire difficulté pour les Algériens, reconnaître leurs amis et identifier leurs ennemis, sans équivoque. C’est ce que ce scrutin peut leur permettre de réaliser sans grand effort de stratégie, sans morts ni risques inconsidérés, sans moyens exorbitants et en un temps record.

Pourquoi l’occasion est belle ? Parce que la mobilisation est cette fois-ci à l’envers des actions propices à la tyrannie. Le régime peut facilement empêcher les gens de se réunir, il peut difficilement les empêcher de ne pas se réunir. Il s’agit de parasiter la stratégie du DRS, l’état de siège permanent, mais à son détriment. C’est l’occasion de faire une révolution non pas en structurant avec difficulté une organisation fragile et exposée au détournement, ni en allant affronter les chars à coups de pierre, en bravant des militaires surarmés qui tirent à balles réelles et qui ont pour consigne de ne pas faire de quartier, mais en restant chez soi. Comment croire ceux qui prétendront mobiliser une résistance par les armes, par la structuration patiente dans un contexte de répression de d’état de siège permanent, alors qu’ils ne seront pas parvenus à mobiliser par le vide, par l’inaction ?

Secundo, démasquer les imposteurs est vital

Parce qu’un adversaire qui joue un jeu trouble, qui profite de la confusion, les faux amis, les faux opposants, les manipulateurs, les comploteurs, ce sont ceux-là les bourreaux certains de demain. Tous les révolutionnaires de la guerre de libération connaissaient les méfaits de Ben Bella, de Boumediene. Bouteflika est allé planifier la dictature dans la cellule voisine de celle d’Aït-Ahmed. On les a laissés faire, croyant qu’ils n’iraient jamais trop loin dans leurs projets funestes. Au prétexte que l’ennemi primordial, c’était l’armée française, la révolution a nourri des poisons en son sein et a, de ce fait, enfanté la dictature. Jusqu’à quand les leçons de notre histoire ne profiteront-elles qu’à nos ennemis ?
C’est donc là le principal défi qui se présente au peuple algérien, mettre fin à cette confusion. Le défi d’identifier ses amis, qui œuvrent sincèrement à sa liberté, et ses ennemis, qui sabotent toutes ses velléités pour relever la tête.

Un seul slogan, boycott et rues vides. Un pays mort !

Quiconque refuse ce régime doit participer à un boycott massif. Avant l’événement, en diffusant le message auprès de ses connaissances, jusque dans les contrées les plus reculées, pour que le jour venu nul ne puisse arguer de n’avoir pas été avisé. Utiliser toutes les techniques nouvelles, les réseaux sociaux, le téléphone, les sites personnels, les blogs, les journaux, les émissions de radio, de télévision, auxquelles on a accès pour faire de l’Algérie ce jour de vote un pays mort. Les rues doivent être abandonnées aux chiens errants et aux clients du DRS. Tous les rentiers, les faux anciens maquisards, ceux qui occupent une fonction non en raison de leurs compétences mais de leurs accointances, qui touchent le salaire de la honte en tant que député, sénateur, responsable d’entreprise, qui détiennent des monopoles économiques non pas grâce à leurs qualités et leurs compétences, mais en raison de leur perméabilité à la corruption, tous ceux-la tenteront en vain de simuler un peuple. Auparavant, ils mobiliseront toutes leurs ressources pour discréditer l’initiative, la tourner en ridicule, feront des contre-propositions qui promettront la lune, lanceront des initiatives dilatoires, dans le seul objectif de semer la confusion, d’ajouter une année de plus aux 50 ans passés, dans une perspective où les années s’enfileront jusqu’à l’infini.
Qu’il soit dit clairement que quiconque contribue à la confusion, en participant à cette élection, en invitant à s’y joindre, en contrariant le mouvement de boycott, est un collaborateur objectif de ce régime. Il est de ce fait l’ennemi de son peuple. Quiconque aspire à devenir député d’une assemblée sous l’égide d’un régime mafieux, terroriste, criminel, traître à la cause de son pays, est a fortiori l’ennemi de son peuple.
Un jour pour l’Algérie !
Une fois ce premier acte accompli avec succès, la partie ne sera pas encore gagnée. Mais nous aurons franchi un pas substantiel. Nous saurons qui est notre allié et nous saurons qui sont nos ennemis. Nous pouvons même poser là le jalon d’une réconciliation à venir, une vraie, où seuls ceux qui contrarieront ce premier acte se couperont définitivement de leur peuple et s’excluront d’eux-mêmes de toute solution future.
Une fois la démonstration de rejet de ce régime brandie à la face du monde, il restera aux élites positives de ce pays de proposer des solutions. Ce peut être l’affaire de quelques mois. Faire enfin de l’Algérie le pays que chacun appelle de ses vœux, sans faire couler le sang des innocents, sans l’engager dans une guerre qui ne profite qu’aux rapaces, aux charognards, aux bêtes féroces.
Un acte fort donc, comme l’amorce d’une prise en charge du pays par son peuple. Un jour pour l’Algérie.
Le 10 mai 2012, un pays mort, un jour, un seul, comme un signal. Pour se donner ensuite les moyens de le faire renaître de ses cendres pour toujours.

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[1] En 2006, une tentative indépendante de création d’un site d’information sur l’Algérie, intitulé « Voix algériennes », a eu un destin très éphémère. Alors que j’en étais l’un des acteurs, animé par le désir de participer à une œuvre qui contournerait les interdits, j’ai au second numéro rédigé un texte qui faisait le point sur l’offre politique du moment, pour expliquer l’inertie ambiante, les partis étant soit des créations du DRS, comme pouvait l’être le RCD et toute une pléiade d’autres dont l’audience ne dépassait pas le cercle de leur direction, soit des coquilles vides, désertées par toutes les compétences qui s’en étaient momentanément approchées. J’ai été stupéfait d’entendre un des co-animateurs du site m’interdire de publier mon texte. Mon tort, d’avoir consacré un passage au FFS qui, selon lui, ne devait souffrir d’aucune critique. Je me retrouvais ainsi devant le paradoxe suivant : je prétendais offrir aux Algériens de tous horizons l’occasion d’exprimer leur pensées en toute liberté, et je me voyais moi-même interdit d’exprimer les miennes. J’ai gardé mes principes et j’ai quitté l’équipe, qui a produit un article à la gloire du FFS avant de procéder à la dissolution définitive du site.


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