DzActiviste.info Publié le sam 5 Juil 2014

L’Algérie face au «risque d’appauvrissement»

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23430f88 (1)GUILLAUME ALMERAS, CONSULTANT À JFC CONSEIL

El Watan, 3 juillet 2014

L’Algérie court un «grand risque d’appauvrissement» en dépit des réserves de change couvrant trois années d’importations, prévient Guillaume Almeras, consultant indépendant associé au groupe d’analyse JFC Conseil.

L’économie du pays offre «un véritable cas d’école du fait de sa simplicité : une pure économie de rente où les hydrocarbures assurent (directement) 35% du PIB, 97% des exportations et 60% des rentrées fiscales», écrit M. Almeras dans une analyse publiée sur econostrum.info, un site dédié à l’actualité économique en Méditerranée. D’après lui, cette situation n’a pratiquement pas changé depuis au moins vingt ans. «Malgré un assez fort soutien public, l’investissement productif s’est réduit à rien. L’Algérie importe plus que jamais la plupart de ses biens manufacturés (télés, voitures, médicaments, …) et une bonne part de ses denrées alimentaires (céréales)», relève-t-il, soulignant que «toute baisse de la demande ou du prix des hydrocarbures étant à même de rapidement dégrader l’excédent commercial, comme l’année dernière (-48,5%), les importations doivent être contenues.»

Par conséquent, c’est l’économie qui prend un sérieux coup. «Il n’y a pas là seulement une ‘‘confiscation’’ de la rente au profit de quelques privilégiés, comme on le dénonce souvent, mais une contrainte économique plus large», explique encore ce consultant. Le problème, à ses yeux, tient «tout à la fois de la volatilité des prix des exportations algériennes et de la proximité géographique et culturelle des populations algérienne et européenne, conditionnant des aspirations à un niveau de vie qui ne peut être atteint pour l’essentiel de la population et que les équilibres économiques vont rendre de moins en moins accessible».

Guillaume Almeras impute «la faille» de ce système de rente à l’euro. «Sa création a représenté une très mauvaise nouvelle pour l’Algérie, ses principaux fournisseurs européens se retrouvant dotés d’une monnaie forte par rapport au dollar, la devise dans laquelle ses exportations sont payées, provoquant un renchérissement équivalent de ses importations. C’est là une réalité qu’ont totalement refusé de voir les thuriféraires de l’Euromed», avance-t-il.

Face à cette situation, l’Algérie a commencé à se détourner de plus en plus de l’Europe en se rabattant sur la Chine, devenue son premier fournisseur depuis l’année dernière. Cependant, «à terme, cette solution ne changera rien», juge le consultant de JFC Conseil. Pour étayer son argumentaire, il soutient que «la Chine investit d’abord à travers ses exportations, ce qui signifie que l’Algérie devra payer la montée en gamme des produits chinois, ne pouvant que difficilement leur trouver des substituts bas de gamme. Dépenser plus pour consommer moins ou consommer moins bien : l’appauvrissement».

Pour le consultant, face à un tel scénario, il est difficile de juger comment s’en sortir tant «le pays est étrange !» Alors que la hausse des prix du pétrole créait un afflux de richesses «inespéré», l’Algérie a choisi de réduire «drastiquement» son endettement extérieur et a mis «précautionneusement» ses excédents commerciaux en réserve, s’imposant ainsi «une austérité que le FMI n’aurait jamais osé exiger de la Grèce», s’étonne-t-il. Pour conclure, il affirme que le problème n’est pas économique. «L’Algérie ne manque ni de ressources ni de besoins. Pour lancer l’investissement productif, une cellule psychologique serait sans doute plus utile, pour soulager de son anorexie un pays qui refuse apparemment de grossir, de grandir», note Guillaume Almeras.
Hocine Lamriben


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