DzActiviste.info Publié le jeu 14 Fév 2013

L’Algérie, le laboratoire de la France ? Après les essais nucléaires, le gaz de schiste !

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Fayçal Anseur

 

Pas de repentance de la France pour ses crimes coloniaux en Algérie, mais une reconnaissance, à Alger, du président François Hollande « des souffrances que la colonisation a infligé au peuple algérien ». En toute évidence, le voyage officiel du chef d’Etat français en Algérie, se voulait un moyen de consolider cette idée que  les deux pays souhaitent mettre en veilleuse la sempiternelle polémique sur le passé colonial, et ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre Alger et Paris, qui sera tourné vers l’avenir. Soit. Que demandent de plus les deux peuples algérien et français, sinon la paix et la prospérité.  Laissons donc l’histoire  aux historiens et soyons constructifs. L’Algérie est pour la France une riche opportunité en ces temps de crise ; et la France représente pour l’Algérie une solution pour son développement. (1)

 

Voilà en substance ce que l’on peut retenir du message du représentant du gouvernement socialiste français, François Hollande.

 

Il y a anguille sous roche !

 

Dans une déclaration à TV5, le ministre des affaires étrangères français Laurent Fabius a souligné le caractère «économique » de la première visite d’Etat de François Hollande dans un pays étranger. Il sera question « de jeunesse et d’investissements » en Algérie, avait-il dit. Sans pour autant préciser la nature des ces investissements, ni de ce qui va être négocié dans les coulisses.

 

Le magazine Le Point (2) a percé un secret en publiant une information capitale, qui a provoqué  l’indignation des internautes algériens et qui risque de perturber le fragile consensus qui est entrain de prendre forme entre l’Algérie et la France.

 

Selon l’hebdomadaire français «  la France  et l’Algérie vont prochainement signer un accord permettant des recherches françaises sur le territoire algérien dans le domaine de l’exploitation des gaz de schiste. ». Le journaliste tient ce scoop de la bouche Laurent Fabius himself. En France, une majorité écrasante de la population rejette l’exploitation du gaz de schiste. Selon un sondage Ipsos, 72 % des français s’y sont opposés (3).

 

« On sait le sujet sensible et capable de fâcher tout rouge l’allié écologiste. Les quelques permis d’exploitation à des fins de recherche délivrés sur le territoire national sont en effet considérés par les Verts comme des chevaux de Troie, prélude à l’exploitation tout court. Mais le gouvernement ne renonce pas à l’idée d’un mode d’exploitation moins dangereux pour l’environnement que la fracturation hydraulique, le seul disponible actuellement. C’est donc en Algérie que ces recherches seront menées» selon le journaliste du Point. Avant de conclure son article par cette phrase étonnante : « Les Algériens, eux, ne risquent pas de râler ». Ce qui est totalement faux. Depuis l’annonce par Sonatrach, sans aucune forme de concertation de l’opinion publique, de l’éventualité de l’exploitation du gaz de schiste, la société civile algérienne est montée au créneau pour dénoncer le danger écologique d’une telle industrie, notamment à travers la création du Collectif national pour les libertés nationales (CNLC).

 

Les essais nucléaires dans la Sahara algérien

 

C’est grâce à l’Algérie colonisée que la France a pu entrer dans le groupe très fermé des pays détenteurs de l’arme nucléaire.  Le premier essai nucléaire français, baptisé Gerboise bleue, est effectué le 13 février 1960 sur le site Reggane dans le Tanezrouft, au centre du désert Sahara, sous la présidence de Charles De Gaulle (4).  Il fait de la France la quatrième puissance nucléaire, après les États-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni.

Entre essais aériens et souterrains (dans le Hoggar), la France aura détonné 17 bombes nucléaires dans le sud algérien sur une période de six ans (1960-1966). L’Algérie continuera de servir de laboratoire à la France bien après son indépendance, proclamée le 5 juillet 1962. Une clause secrète dans les accords d’Evian autorisait les militaires français  à continuer leurs  essais d’armes chimiques et bactériologiques jusqu’à 1987.

 

Des séquelles encore visibles

 

Reggane est une ville irradiée. Des maladies comme la leucémie et le cancer de la tyroïde, inconnues dans la région avant la catastrophe « Gerboise bleue », touchent de nombreuses personnes chaque année dans la région. « Près de 85 cas confirmés de cancer ont été dépistés entre 1996 et 2009, selon les statistiques de l’hôpital de Reggane qui font état d’une moyenne annuelle entre 5 et 10 cas, dont la majorité des sujets dépassant l’âge de 15 ans. » (5).

 

D’autres victimes  essayent en vain de faire établir le lien entre leurs maladies et les essais nucléaires français en Algérie. Fin 2012, la commission mise en place  à la faveur de la loi Morin pour étudier cette éventuelle corrélation a rejeté « 32 dossiers de civils algériens revendiquant la reconnaissance du statut de victimes des essais nucléaires français dans le Sud-algérien, entre 1960 et 1966, et des indemnisations qui en découlent. »(6)

Pour l’association « 13 février 1960 »,    « la question aujourd’hui n’est point une affaire d’indemnisation des victimes irradiées par les essais nucléaires français de Reggane, mais plutôt celle de la reconnaissance des crimes commis contre des populations innocentes et leur pays, et de la réhabilitation d’une région meurtrie dans les tous les secteurs ».

 

 

Du bougnoule au cobaye

 

Quand l’Algérie était française, l’algérien n’était pas français. Il était l’indigène. Devant  la grandeur de la France nucléaire et son droit de veto à l’ONU, l’intégrité physique du bougnoule importait peu, comme son désert peuplé de dromadaires.  De Gaulle « a compris les algériens », au point de les irradier.

 

Quand l’Algérie est devenue algérienne, l’algérien s’est transformé en cobaye dans un pays pris en otage. Hollande nous refait le coup du «je vous ai compris », avec le sourire,  version post-indépendance. Il a surtout compris cette équation : la France fait jouer ses intérêts dans un pays dirigé par un pouvoir qui joue sa survie.

 

Fayçal Anseur

 

(1) http://www.liberation.fr/monde/2012/12/20/france-algerie-le-temps-des-relations-apaisees-est-venu_869011

(2) http://www.lepoint.fr/confidentiels/exclusif-gaz-de-schiste-la-france-va-explorer-en-algerie-20-12-2012-1604170_785.php

(3)http://www.francetvinfo.fr/les-francais-rejettent-majoritairement-l-exploitation-du-gaz-de-schiste_139835.html

(4) http://www.piedsnoirs-aujourdhui.com/realisa13.html

(5) http://www.algerie360.com/algerie/temoignages-les-essais-nucleaires-de-reggane-les-plus-atroces-crimes-coloniaux/

(6) http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/france/dossiers_rejetes.htm


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