DzActiviste.info Publié le mer 4 Juin 2014

L’Algérie, nos minorités religieuses et nous.

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لكم دينكمPar Salim METREF

Quand apprendrons-nous enfin à vivre avec tous les éléments constitutifs de notre histoire. A revisiter cette  Algérie à l’hospitalité légendaire qui a vu se déployer en son sein tant de communautés et tant de populations et qui aujourd’hui est plus que jamais terre d’Islam ? Quand regarderons-nous avec lucidité et intelligence ce qui nous entoure ? Notre passé est ainsi jalonné de séquences qui ont vu vivre Juifs et Chrétiens en Algérie.  Ils y ont laissé une présence, des traces, des vestiges et même un patrimoine immatériel encore aujourd’hui partagé. Pour ne relater que les épisodes les plus récents, qui se souvient du Cardinal Léon-Etienne Duval, archevêque d’Alger jusqu’en 1988, de son charisme, de sa proximité et de son soutien à la cause algérienne qui lui ont valu menaces de mort de la part des ultras de l’Algérie française qui le surnommèrent «Mohammed Duval» et sous le règne duquel ont été cédées de nombreuses églises qui ont été transformées en mosquées.

La présence en Algérie de l’église catholique est très ancienne. Saint-Augustin l’Algérien, l’enfant de Souk-Ahras, en constitue l’une des figures emblématiques dont les enseignements et la sagesse légendaires rappellent parfois Confucius.

La communauté protestante est elle de constitution plus récente notamment dans sa composante algérienne. Cette dernière est souvent le fruit de conversions de musulmans, fragilisés socialement et désemparés, qui cèdent au prosélytisme et à l’activisme d’évangélistes notamment américains dont tout le monde connait la ferveur pour Israël et la proximité avec les organisations sionistes.  Contrairement aux catholiques, les protestants n’ont pas d’histoire avec l’Algérie profonde ni d’ancrage et encore moins de proximité avec l’arrière pays.

La communauté juive d’Algérie a quant à elle rejoint dans sa très grande majorité la France en 1962. Elle était la plus importante d’Afrique du Nord et lorsque ses membres encore vivants se rencontrent aujourd’hui dans l’hexagone, discutent où évoquent l’un des leurs, ils disent souvent à son sujet qu’il est du Maroc où de Tunisie mais rarement d’Algérie. Ceux d’Algérie sont les plus discrets car la séquence historique algérienne ne ressemble pas à celle du Maroc, ni à celle de Tunisie et aura été la plus mouvementée. Durant la colonisation française, les juifs d’Algérie ont été faits français grâce (où à cause c’est selon) au décret Crémieux qu’ils ont négocié et obtenu. Ils se sont distingués et par conséquent désolidarisés des autres algériens musulmans et ont pris fait et cause pour la France coloniale.  Certains firent même subir les pires sévices aux algériens notamment ceux qui collectèrent des fonds où militèrent pour l’OAS. Mais  d’autres ont fait cause commune avec le peuple algérien et combattirent pour l’indépendance de l’Algérie. Certains ont aussi utilisé leur célébrité et leur notoriété d’intellectuel, en France et dans le monde, pour dénoncer la torture en Algérie où refuser la conscription. La douleur du souvenir de l’Algérie existe encore chez certains notamment en France et aux Etats-Unis. Ils étaient en Algérie, Instits, étudiants, fonctionnaires où commerçants comme ceux qui avaient leurs boutiques rue Bab Azoun, à Alger, où qui exploitaient le commerce de négociants dans les fameuses voûtes de la pêcherie. Si certains suscitent volontiers la sympathie et se lient facilement d’amitié, d’autres provoquent la méfiance et l’exaspération car fervents sionistes et inconditionnels d’Israël. Si les premiers demandent  souvent de savoir ce qu’est devenu leur quartier d’enfance, surtout les plus âgés qui avec leur parlé algérois et leur façon particulière de se dire  «Ya Tchoutch» peuvent vous emmener revisiter l’Alger d’autrefois aux senteurs de menthe,  de jasmin et d’oranger, d’autres par contre continuent de clamer que l’Algérie n’a jamais existé et n’est qu’une invention de la France coloniale.  Un jour, un ami me raconta que revenant de la mosquée de Paris, il décida de faire une promenade du coté de la rue des Rosiers, célèbre artère commerçante de Paris située dans le quartier du Marais. Ce lieu célèbre est connu pour abriter de nombreux artisans et des boutiques appartenant à des juifs algériens. En rentrant dans l’une d’entre elles pour voir de plus prés les petites sculptures en argent ornées de pierres et de corail qui y étaient exposées, il fut accueilli par un homme, la soixantaine passée portant Kipa et bretelles, qui lui expliqua que les modèles étaient faits mains et étaient uniques. Il me précisa qu’en discutant avec lui, un autre monsieur surgit de l’arrière boutique et lui dit «tu as le grand bonjour de ceux de là-bas». Les propos qu’ils échangèrent entre eux révélèrent qu’il s’agissait de  proches  à eux vivant encore en Algérie.

Cette anecdote permet d’introduire le sujet qui nous intéresse et d’essayer de comprendre cette actualité hypercomplexe, récurrente en Algérie depuis de nombreuses années, provoquée à chaque fois par la supposée religion chrétienne où juive attribuée à telle où telle personnalité algérienne connue et les multiples réactions passionnées, déchainements sur les réseaux sociaux et autres débats ininterrompus qu’elle suscite toujours. Il faut préciser à ce propos qu’il faut savoir être prudent et ne pas décréter sous l’effet de la colère où de la passion où par un claquement de doigts ce qu’est chacun d’entre nous dans ses convictions religieuses les plus intimes. Et ne pas apporter du blé à moudre à ceux qui dans le monde font de la lutte contre l’antisémitisme l’alibi pour justifier toutes les horreurs qu’ils font subir au peuple palestinien, depuis sa dépossession de sa terre et de son histoire jusqu’à la négation même de son existence.

Il existe en Algérie de nombreuses personnes de confession chrétienne ou juive.  Ces dernières ne s’affichent pas publiquement et doivent peut-être et pour certaines d’entre elles pratiquer leur culte dans la discrétion où le secret. De nombreux algériens juifs comptent parmi les célébrités. Parmi eux, Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur, natif de Blida et qui vient d’être officiellement honoré en Algérie. Connu pour son soutien à l’Algérie lors de la lutte de Libération nationale, ce dernier a évoqué au cours de la cérémonie qui lui a été dédiée les maîtres qui, selon lui, l’ont aidé plus tard, «pour apprendre et comprendre ce qu’on peut  appeler l’arabo-islamisme » et a déclaré «Je tiens à prononcer leurs noms ici, par fidélité. Ce sont d’abord Charles André Julien, le professeur  Jacques Berque,  Charles-Robert Ageron et Maximo Vincent. Ces  noms ne vous disent rien, et c’est pour cela que je les prononce, pour que vous les reteniez, car ils sont à l’origine de ce que nous sommes ici ce soir, de ce que nous faisons». Myriam Ben, célèbre artiste peintre, était aussi juive.

Le ressentiment qui existe en Algérie à propos d’Israël et du sionisme,  comme chez la majorité des musulmans dans le monde mais aussi de chrétiens, est extrêmement  lourd. Il est dans la façon dont est remise en cause l’existence de lieux de cultes appartenant à ces deux grandes religions monothéistes. Les musulmans disposent de lieux de culte sacrés en Palestine que les colons juifs extrémistes veulent détruire. Il est aussi dans la question palestinienne toujours non résolue, qui interpelle notre conscience et provoque notre solidarité. Et la spoliation et l’errance du peuple palestinien depuis 1948 sont identiques à celles  qu’ont subies les juifs et ne sont toujours pas achevées. Mais il ne faut surtout  pas être dupe, ni naïf et faire le jeu du sionisme dont la prétendue lutte contre l’antisémitisme à en réalité toujours constitué l’un des moteurs qui lui permet d’amplifier chaque jour son influence dans le monde et de conquérir jusqu’à même les esprits et d’influencer en permanence la pensée et la production intellectuelle. Ne pas oublier que des attentats ont été parfois organisés contre des synagogues pour justifier toutes les exactions infligées aux palestiniens. Mais ne pas oublier aussi que des Juifs ont été bannis par Israël parce qu’ils ont dénoncé le sionisme et que d’autres comme Jean-Pierre Elkabbach, juif algérien, a été un jour rejeté par les membres de sa communauté pour avoir  interviewé, il était le premier à le faire, Yasser Arafat sur un média français. S’agissant enfin de nous et de notre perception de notre vécu quotidien, il nous faut cesser aussi de toujours chercher des alibis ailleurs, ni de faux-fuyants d’ailleurs. Nous sommes les seuls responsables de notre situation actuelle et ceux sont souvent les nôtres, comme vous et moi, qui depuis des décennies ont malmené notre pays, pillé son économie, réprimé  les voix discordantes qui s’y sont exprimées et empêché l’émergence de l’Algérie qui aurait pu devenir cette  véritable puissance économique dont l’indépendance, faut-il encore le rappeler, a été chèrement reconquise. La réalité est aussi là et nulle part ailleurs et n’en cherchons pas une autre. Quand à ceux qui ont vraiment l’Algérie au cœur et qui le prouvent chaque jour par leurs actes et leurs attitudes, peu importe qui ils sont car nous n’avons pas de complexe à avoir. En Algérie, la population est musulmane dans sa plus grande majorité.  Armés de ce que nous enseigne l’Islam, rien ne peut nous faire peur. Et en la matière et s’agissant de nos rapports avec les Gens du livre, seuls les savants musulmans sont habilités à donner un avis éclairé. Et rappeler à ceux qui continuent de tuer les enfants palestiniens à Gaza et en Cisjordanie que les Juifs qui quittèrent un jour l’Espagne furent accueillis en Afrique du Nord, où ils trouvèrent refuge auprès des musulmans. Et relater aussi cet épisode significatif de la tradition de notre prophète, Paix et Bénédiction d’Allah sur lui, qui un jour ne voyant plus venir son  voisin Juif déposer comme de coutume  des détritus devant sa porte n’hésita pas à aller s’enquérir de son état de santé pour comprendre les raisons de son absence. Il le trouva malade et  lui fit prodiguer les soins nécessaires et le compta plus tard parmi les convertis à l’Islam.

Je me remémore aussi cet ami, diplômé d’une des plus grandes universités américaines, qui vit actuellement dans un pays du Golf,  qui me parla un jour de ses employeurs, autrichiens dont les parents ont fui le Nazisme et qui sont devenus citoyens des Etats-Unis. Je lui ai demandé de m’expliquer comment se fait-il qu’avec tout ce qu’il m’a appris et enseigné, il travaille pour des  employeurs qui financent peut-être Israël et la répression du peuple palestinien. Il me répondit que notre guide,  le prophète de l’Islam, Paix et bénédiction d’Allah sur lui, entretenait des relations commerciales avec des commerçants juifs et de conclure «comment pourrai-je prétendre moi, citoyen ordinaire que je suis, faire mieux que lui ?».

Alger est paisible. Notre Dame d’Afrique, cathédrale majestueuse et réplique de la basilique du Sacré-Cœur à Paris, surplombe le quartier de Bologhine (Ex Saint-Eugène) et la sublime baie d’Alger. Elle dédie ses prières en écho à celles de Sidi Abderrahmane aux marins et aux pêcheurs pour qu’ils reviennent sains et saufs dans leurs foyers et qu’ils ne soient jamais engloutis par les flots.

 


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