DzActiviste.info Publié le ven 10 Jan 2014

L’Algérie serait-elle donc ce pays qui a si peur de ce qu’il est ?

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MokribaSaïd RADJEF

Depuis le 1er novembre 1954, le régime se succède à lui même, les hommes restent les mêmes. Cette permanence plus intrigante, est plus forte que le changement auquel chacun de nous appelle de tous ses voeux. Pourquoi ? L’Algérie serait-elle donc ce pays qui a si peur de la réalité ?
Les algériens auraient-ils tous trouvé leurs comptes dans le système actuel, dans cet univers de mensonges, de haine, de pillage, de corruption, de l’imposture généralisée, de trahison, de ruse et de faux semblants où la vérité, la confiance de l’autre et la sincérité sont strictement rationnées ?
A cinquante ans, je découvre à mon insu, avec stupéfaction, que les algériens en dépit de tout ce qui les unit les uns aux autres depuis des siècles, préfèrent se haïr et vivre pour servir leurs ennemis. D’années en années qui s’écoulent en domestiquant ma fougue de garçon fou et idéaliste, j’apprends que j’appartiens à une race qui adore vivre dans un univers privé d’innocence, où la paranoïa ambiante, la schizophrénie aux allures insoupçonnées et le populisme oscillent entre l’absurde et le burlesque. Et comme ça, dépité et outré, je me pose la question suivante : comment avec autant de tares et de défauts que nous traînons depuis que le monde est monde nous avons été capables de chasser la colonisation ? Comment avons-nous été capables d’un tel acte d’héroïsme et de solidarité ? Comment avons-nous été capables de mettre de coté nos petites différences et ressusciter les liens qui nous unissaient les uns aux autres depuis des siècles, Est-ce un accident de l’histoire ?
En lisant chaque matin la presse, en parcourant les sites et les réseaux sociaux et où que j’aille à travers notre pays, l’odeur du séparatisme si fermenté réveille mes angoisses. Dans le temps, à l’époque de la colonisation, c’était l’ennemi qui nous dressait les uns contre les autres, qui nous divisait pour nous affaiblir et nous mettre sous sa botte. Et aujourd’hui ? Sommes nous nés pour nous haïr, pour être de vulgaires domestiques ?
Tamazight, l’Islam et l’Arabe sont associés à toutes les sauces dans une guerre des identités qu’on a fini par engendrer une haine de soi sans précèdent. On nous a fait oublier et haïr cet élément rassembleur qu’est l’Algérie. Pour un rationaliste, un énoncé scientifique est vrai s’il correspond à la réalité du monde. Pour un relativiste, il est réputé vrai s’il fait l’objet d’un consensus parmi les chercheurs à un moment donné. Pour les tenants et les dépositaires autoproclamés de l’arabité, de l’amazighité et de l’Islam aucune vérité scientifique, aucune certitude indiscutable, aucune loi anthropologique et biologique ne sont vraies si l’une de ces identités ne chasse pas définitivement les autres. Pourtant, durant tous ces siècles de domination et d’asservissement, la colonisation n’a pas fait de distinction entre arabe, amazigh, musulmans pour nous exploiter, piller nos richesses et bafouer notre dignité d’êtres humains. . .

Aujourd’hui ,même si vous apportez des éléments qui prouvent de manière définitive que l’Algérien est un africain qui a adopté de son propre gré l’Islam comme religion et que Tamazight et l’Arabe se complètent, ces éléments ne seront définitifs tant que l’arabe n’aura pas effacer l’amazigh, et vice versa . Comme s’il n’y a pas suffisamment de place pour tout le monde, comme si les splendeurs et la richesse de ce pays si vaste ne sont utiles qu’a alimenter nos haines primitives et à servir celles et ceux qui nous considèrent comme une sous race juste bonne pour être fouetter comme un animal par les maîtres de l’univers.
Certains doivent comprendre que par leurs attitudes mesquines, plus que failli au serment de celles et de ceux qui ont cru en cette Algérie, qui se sont sacrifiés sans contre partie aucune pour sa liberté, nous ont fait haïr la démocratie, la liberté. Plus j’entends leurs voix, plus j’ai honte d’être un Algérien.


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