DzActiviste.info Publié le sam 19 Oct 2013

L’algérien n’est pas éligible au bonheur, un statut réservé à une caste.

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C’est le titre qu’ a donné Fella Bouredji à l’interview que je lui ai donnée et qui est parue aujourd’hui dans le quotidien national El Watan de ce jour samedi 19 octobre 2013. Cette journaliste a réalisé un dossier pour tenter de comprendre le pourquoi de l’accroissement du passage à l’acte violent dans notre pays, l’Algérie. Voici cet entretien.

1 – La violence gagnent tous les espaces de la société (rapports de force entre administration et citoyens, violences verbale et physique…), les faits de criminalités sont de plus en plus banalisés (la semaine dernière une jeune fille de 19 ans a été poignardée par son père parce qu’elle refusait de porter le Niqab, par exemple).

Indéniablement, la société algérienne est aujourd’hui à bout de nerf et les algériens ont très facile le passage à l’acte violent. Mais il serait une erreur de penser que c’est là une spécificité algérienne, un atavisme, une espèce de fatalité propre à notre société. L’algérien n’est pas de naissance agressif, violent ou encore dangereux, comme il est répété ici ou là. Les circonstances, la vie qu’il mène, l’ont conduit à le devenir.

Vous faites allusion dans votre question à des  rapports de force entre le citoyen et l’administration. Vous me donnez là l’occasion de rebondir sur ce « conflit historique » qui existe entre ces deux protagonistes et qui empoisonnent la vie de l’algérien. Chacun connait la bureaucratie qui gangrène l’administration dans notre pays, le premier ministre lui-même vient, à l’occasion de la tenue de la tripartite, de le reconnaitre. Voilà une violence institutionnelle, une violence d’Etat, infligée quotidiennement, et depuis toujours, aux administrés. Quel citoyen n’a pas eu affaire à l’administration de notre pays et qui n’a pas été exaspéré, révolté, au moins une fois par ses pratiques bureaucratiques. Une espèce de piège que l’individu appréhende d’emblée mais auquel il ne peut échapper parce qu’il y a nécessairement recours. Poussé à bout, celui-ci explose et passe à l’acte violent. Rien de plus normal, car face à une telle souffrance – il s’agit de cela -, celui qui ne manifeste pas sa colère met en danger sa santé. En effet, certains individus, pour des raisons liées à leur histoire personnelle, s’extériorisent et réagissent avec agressivité, d’autres au contraire, introvertis, subissent et, en battant en retraite, se font violence et ainsi retournent contre eux-mêmes cette agressivité.

Mais cet exemple de violence institutionnelle – la violence administrative – n’est pas seule responsable de cette situation, de cette facilitation du passage à l’acte violent. En réalité, plusieurs facteurs s’additionnent, potentialisent leurs effets et font de la société algérienne une cocotte en permanente ébullition, avec le risque imminent de son explosion.

L’histoire tourmentée de notre pays et la violence qui a prévalu durant ces quinze ou vingt dernières années, la pauvreté grandissante du peuple et les inégalités sociales, l’injustice – la hogra -, la corruption à tous les échelons de la société et dans la sphère du pouvoir, mais aussi la nature du système politique qui préside aux destinées de notre pays depuis l’indépendance – un système qui bâillonne le citoyen, le prive de sa liberté, entrave son désir de s’organiser et de participer à la construction du destin commun -, sont les principaux éléments à prendre en compte pour bien comprendre le pourquoi de l’émergence et de la banalisation de la violence dans notre pays.

2 – Comment définiriez-vous la violence qui gagne la société algérienne? Comment évolue-t-elle? D’où vient-t-elle? Comment se décline-t-elle dans l’esprit des Algériens? 

La violence qui a gagné la société algérienne n’est pas une fatalité comme elle n’est d’ailleurs pas un épiphénomène. Elle fait écho à la violence insidieuse infligée au citoyen algérien par la vie qu’il mène. Une violence imperceptible parce qu’elle se confond avec son quotidien ; une violence qui a pris possession de son être et qui lui est devenue familière ; une violence presque naturelle, en somme normale.

Pauvreté et misère, chômage et manque de loisirs notamment pour les sujets les plus jeunes, mépris (hogra) et injustice sociale, détérioration du cadre de vie, climat permanent d’insécurité, voici les principaux éléments qui caractérisent le quotidien du citoyen algérien. Ce dernier n’est pas heureux dans son pays. Il a le sentiment qu’il n’est pas éligible au bonheur, un statut réservé à une caste, à des privilégiés, aux enfants du système. Mais il a aussi conscience qu’il n’a aucune emprise sur son destin parce qu’il ne vit pas dans un pays de liberté et qu’il est exclu de la décision politique. Il ne peut pas exercer son libre arbitre et être l’artisan de son bien-être, comme il lui est interdit de contribuer à bâtir le bien-être commun. En somme, il n’existe pas. Une condition d’indignité, une violence – institutionnelle, faut-il le souligner ? – qui s’exprime donc par des règles établies, acceptées et auxquelles chacun se soumet. Une violence inapparente, symbolique – selon le terme utilisé par P. Bourdieu – qui s’impose au citoyen et qui le ronge de l’intérieur. Une violence intériorisée, présente dans les esprits, dans l’inconscient collectif et qui empêche les sujets de s’accomplir, de se réaliser, de seulement exister.

Cette violence symbolique est une entrave au développement humain et parce qu’elle rend impossible l’accomplissement personnel, elle démantèle le lien social et délabre les mécanismes régulateurs qui président à l’ordre social. Voici réunies les conditions propices à la violence sociale. Pourquoi ? Parce que l’individu forcé à des conditions de vie humiliantes et indignes est inévitablement dépouillé de son humanité. Il rumine son désespoir, sa rancœur, son ressentiment. Ses capacités de discernement sont annihilées et les interdits sociaux n’ont, pour lui, plus de signification. Incapable de raisonnement et d’émotions, il réagit à l’instinct. Envahi par la haine, il est alors amené à adopter des comportements agressifs, violents, extrêmes. Ce désespoir se mesure au nombre d’embarcation de fortunes qui quittent les côtes algériennes à destination de l’Europe, les harragas, à celui grandissant des candidats à la mort volontaire notamment par immolation par le feu devant les institutions de la République, à l’accroissement de l’abus des stupéfiants (les toxicomanies) ou encore aux dizaines voire aux centaines de milliers de jacqueries qui émaillent la vie sociale et politique de notre pays. Mais ce désespoir se mesure aussi aux nombres d’incivilités, un euphémisme, ou encore à celui des agressions caractérisées qui se produisent quotidiennement dans notre pays. Des passages à l’acte extrêmes qui témoignent de la banalisation de la violence mais qui soulignent aussi l’intolérable indignité dans laquelle les algériens sont immergés. Une manière inadaptée, certainement inappropriée, de revendiquer une vie décente, du travail, plus de loisirs et de liberté mais également la possibilité de participer à la décision politique et de contribuer à la construction du destin commun. En somme une existence normale, une vie de citoyen.

 3 – Vous avez déclaré dans l’un de vos articles,


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