DzActiviste.info Publié le lun 11 Nov 2013

L’Algérie n’est pas sortie du colonialisme

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L'Algérie n'est pas sortie du colonialisme

La nation algérienne a perdu ses repères et sombre dans l'inconnu.

L'imposture a commencé dès l'indépendance.

Elle est assignée par la force des armes à évoluer sur des mythes puisés dans des idéologies et des influences extérieures au mépris de ses propres réalités et de son histoire. Par manque de vigilance ou pour d'autres raisons, même les courants patriotiques ont leur part dans ce naufrage. Il est temps de prendre conscience que la question nationale est loin d'être résolue et qu'un travail de déconstruction devient vital pour la remettre à l'ordre du jour.

L'Algérie sous domination idéologique

On peut être parfois prisonnier des concepts idéologiques et des symboles comme on l'est des préjugés, les mêmes effets s'observent dans ces cas: une perception déformée du réel, de fausses certitudes neutralisant tout esprit critique et une pensée stérile condamnée à tourner sur elle même sans jamais pouvoir concrétiser ses prétentions. C'est le cas de le dire pour une bonne partie du potentiel conceptuel opérant chez les démocrates algériens.

Il ne s'agit pas dans ce modeste article d'en faire l'inventaire, mais d'attirer l'attention sur la nécéssité d'un véritable aggiornamento de cette pensée prisonnière d'un nationalisme étriqué sur-idéologisé, loin de toute réalité historique, sociologique et culturelle du pays. Le monde que nous bâtissons est piégé dans le virtuel, saturé de faux symboles comme autant d'interdits et de tabous qui se dressent face à toute pensée constructive.

La société algérienne est au carrefour de toutes les influences qu'elle absorbe sans discernement jusqu'à perdre son identité et ses propres voies d’émancipation. Si ce phénomène découle essentiellement de la politique de dépersonnalisation et anti -nationale menée de main de fer par un pouvoir illégitime, avec l'appui des forces rétrogrades et des puissances étrangères, il n'en demeure pas moins que notre part de responsabilité en tant que démocrates ne doit pas être occultée.

Au mépris des réalités algériennes, nous puisons nos repères dans des corpus idéologiques élaborés par des étrangers qui nous sont souvent hostiles. Qu'ils soient d'inspiration socialiste ou libéral, occidental ou oriental, ils participent à consolider le système en place et à nous mettre en porte à faux avec nos plus sincères aspirations voire à alimenter le capital de propagande de ceux qui veulent faire de l'Algérie une province nourricière de l'orient et/ou de l'occident. 

La paresse intellectuelle, le mépris de soi, l'esprit de soumission, le confort doctrinal, l'opportunisme (parfois, bassement matériel) le refus de l'autocritique et le manque d'audace, constituent, me semble t-il , les sous bassement déterminants de cette dérive. En croyant diriger le canon du fusil sur nos ennemis et ceux de l'Algérie, c'est vers nous mêmes et notre pays déjà meurtrie que nous le pointons. Force est de constater que l'aliénation est devenue notre seconde nature. Sitôt nous proclamons nos idéaux, sitôt nous les brûlons. Nous claironnons nos convictions patriotiques avec l'assurance qu'elles nous mettent de facto à l'abri de l'erreur fatale, mais nous les déployons avec zèle dans des visions idéologiques qui les vident de leur substance et les détournent vers des objectifs inverses. Nos réalités sociales, culturelles, économiques et historiques nous rappellent tous les jours qu'elles n'adhèrent nullement à des conceptions manufacturées au Caire, Riyad, Beyrouth, Moscou ou Paris. Cependant, nous nous entêtons à vouloir leur imprimer nos lubies héritées d'une longue histoire de luttes vécues par des algériens mais théorisées par d'autres avec forte prégnance d'idées préconçues, ou plus insidieusement une volonté de nous dominer et de nous effacer de l'histoire.

L'Etat nation : un alibi

Notre pensée est en faillite. Elle n'a pas su juguler les offensives extérieures et nous rendre une réelle visibilité de notre histoire et de notre société, afin d'amorcer une dynamique de dévoleppement et d'émancipation calée sur nos réalités, loin de l'influence du despotisme oriental et de l'impérialisme occidental.

Prenons le cas du 1er Novembre. Date hautement symbolique. D'aucuns y voient l'acte de naissance d'un "Etat Nation". Quelle signification recouvre ce concept ? A-t-il vraiment une réalité? N'est-il pas à l'origine, une construction idéologique qui reflète les intérêts exclusifs d'une seule classe sociale, en l'occurrence ceux de la bourgeoisie française en pleine conquête du pouvoir au XVIIIe siècle? Soucieuse d'entraîner dans son combat contre la monarchie toute la nation française en planifiant l'exclusion de la majorité qui la compose des fruits de la révolution, elle a inventé ce concept qui prétend superposer les intérêts d'un Etat de classe avec ceux de toute la nation. L'histoire retiendra que l'Etat-Nation est une construction théorique, une chimère qui procède plus de la démagogie que d'une réalité socio politique. En pratique, il met le voile sur une politique de discrimination et d'exclusion touchant divers domaines et segments de la société. Sa concrétisation n'est avérée ni dans l'histoire ni dans le monde contemporain. C'est un leurre.

Rapporté au 1er novembre, ce concept devient une contre- façon qui relève moins du mythe que d'une volonté d'escamoter la configuration sociologique, culturelle et historique du pays au seul profit de la vision idéologique arabo-musulmane. Le caractère centralisateur qui lui est consubstanciel exprime cette volonté, renforcée par "les valeurs arabo-islamiques" arbitrairement imposé par la force toute nue. Si le premier novembre marque par son insurrection le sursaut d'une nation contre la domination coloniale, il ne consigne pas pour autant la naissance d'un Etat, sa déclaration ne l'ayant pas formulé au delà du principe.

Il a fallu attendre 1956 pour qu'un embryon d'Etat algérien jette ses bases au congrès de la Soummam. Le CNRA et le GPRA en constituent les organes dirigeants fondés sur le principe de "la primauté du politique sur le militaire". Aucune référence à l'islam ou à la configuration de l'Etat indépendant et à l'identité du peuple algérien ne fut retenue à ce congrès, laissant le champ libre aux débats ultérieures et à l'union de tous les algériens qui n'adhèrent pas à la domination coloniale (amazighs, arabes, juifs, pieds noirs, musulmans, chrétiens, animistes et athées). L'Etat algérien est né en pleine guerre dans un esprit d'ouverture et de tolérance qui voulait donner à la Nation, une fois l'indépendance acquise, toutes les chances de son épanouissement dans le cadre respectueux des différences. 

Mais, c'est sans compter sur l'offensive des "infiltrés" de la France coloniale, du Caire et du Royaume chérifien qui déployent dès lors, tous les moyens y compris l'assassinat, pour en entraver le fonctionnement et lui assener le coup de grâce au congrès de Tripoli en 1962, en tête de pont, Ben Bella et l'Etat major de l'armée des frontières, sous le commandement du colonel Houari Boumediene et ses services du MALG. L'acharnement qu'ont mit ces derniers à empêcher l'émergence de toute représentation civile et militaire dans le pays pendant et après la guerre en dehors des forces qu'ils représentent mérite d'être médité. Se limiter à n'y voir qu'une course au pouvoir mue par des ambitions personnelles est une diversion quand on connait les liens étroits que ces personnalités entretenaient avec les dirigeants égyptiens, marocains et français. A-t-on oublié ou feignons nous d'ignorer que Nasser a fourni un imposant armement pour soutenir l'armée des frontières contre l'armée de l'intérieure durant la crise de 1962 ? Ce crime qui frappe l'Algérie au cœurs, se solde par un millier de victime parmi les combattants qui ont porté tout le poids de la guerre à l'intérieur du pays. La complicité de l'Egypte, de la France et du Maroc dans cette affaire pour faire accéder Boumediene et Ben Bella au pouvoir doit être intégrée comme un des éléments déterminants de la nature du régime algérien.

Dès l'indépendance, les consciences sont étouffées ou détournées par un discours nationaliste de fausse facture, laissant aux seuls appétits prédateurs et aux mercenaires de l'idéologie arabo musulmane toute la latitude d'asseoir leur hégémonie sur la société.

 Le pouvoir avec ses dirigeants successifs s'est employé à mettre en place des instruments de domination.

L'Etat algérien ne survit pas à la guerre de libération

La crise de 1962 ne débouche pas sur la construction d'un nouvel Etat algérien mais sur la suprématie des "infiltrés" acquis aux influences étrangères opposées à l'irruption d'une grande Nation algérienne. Ils investissent, munis de leur idéologie arabo-musulmane, l'Etat légué par la France coloniale. Un Etat de nature coloniale de par sa configuration, ses structures, ses mécanismes de fonctionnement et son rapport à la société, conçus pour la dominer et la réprimer. 

L'idéologie arabo-musulmane et cet Etat colonial sont alors associés dans la même volonté de briser l'élan des algériens vers la construction d'une grande Nation et d'un Etat de droit.

S'ensuit naturellement une agression caractérisée contre toute forme d'expression de la société algérienne touchant toutes les couches et classes sociales dans les divers domaines : économique, social, culturel et politique. Comment s'étonner soixante ans après l'indépendance que cet Etat n'ait pas réalisé le progrès et la démocratie tant espérés, alors que sa nature leur est incompatible ?

Au nom d'un socialisme de façade, le développement des classes sociales et des bases économiques qui les sous-tendent est entravé. Les consciences sont étouffées ou détournées par un discours nationaliste de fausse facture, laissant aux seuls appétits prédateurs et aux mercenaires de l'idéologie arabo musulmane toute la latitude d'asseoir leur hégémonie sur la société. Aucune catégorie sociale n'est épargnée par l'oppression des lois coercitives et scélérates accompagnées d'une répression omniprésente déployées par le pouvoir contre tous les algériens: Paysans, ouvriers, petits industriels, artisans, petits fermiers, femmes, intellectuels et étudiants, en somme toute les forces vives de la Nation.

L'Algérie s'est libérée du colonialisme pour tomber aussitôt sous la domination d'un régime qui en porte toutes les caractéristiques. La fameuse politique d'industrialisation au début des années soixante dix, la réforme agraire, les nationalisations des mines et des hydrocarbures sont estampillées d'une intention patriotique qui viserait à la souveraineté du pays et au bien être de sa population. Dès lors, Houari Boumediene et son clan passent pour les héros d'une cause qui n'est pas la leur. La cause du peuple algérien.

La gestion opaque des produits des mines, des hydrocarbures et les sommes engrangées servent à assurer des rentes et des comptes dans les banques étrangères pour la seule catégorie sociale qui émarge au service du pouvoir. La grosse industrie aplati le potentiel industrieux du pays et contrarie son développement. La "Révolution agraire" lamine l'agriculture.

En conséquence, une classe de rentiers, de bureaucrates et de prédateurs de tout acabit, émerge comme la base sociale que le régime s'est assigné par ses orientations économiques et sociales. Le reste n'est qu'illusion et propagande.

Aujourd'hui encore, le pays est entre leurs mains. Dans une large mesure ils ont modelée culturellement la société selon le principe du mépris de soi, qu'accompagnent le pillage et le transfert des richesses nationales vers l'étranger. 

Certains citoyens parmi les moins affectés ont le sentiment de ne pas être gouvernés par des algériens mais d'autres, atteints au plus profond de leurs consciences, s'identifient fièrement au statut de conquérants sur la terre amazigh et s'enorgueillent d'une affiliation plus que douteuse avec l'envahisseur arabe ou turc. L'arabisation et l'islamisation forcenées sont les deux instruments redoutables qui pourvoient à cette transfiguration identitaire entamée par le colonialisme français dès les premières années de la conquête. L'action éducative des "bureaux arabes" parrainés par la secte des saint-simoniens, le rêve de Napoléon III d'un sultanat arabe en Algérie, l'arabisation des patronymes et des lieux par le second empire poursuivie par la troisième république, L'inégalité de traitement entre l'émir Abdelkader et autres détenus de la résistance, la promotion médiatique du panarabiste Ben-Bella, la complaisance de la France dans l'aide militaire apportée par l'Egypte au clan d'Oujda et Ben Bella contre l'armée de l'intérieur alors qu'elle devrait assurer sa part dans la souveraineté du pays à travers le gouvernement provisoire, sont entre autres éléments à intégrer dans la continuité de la politique coloniale par le régime algérien. 

On érige des statues à la gloire des conquérants, sanguinaires, pilleurs, esclavagistes comme Oqba Ibn Nafaa au détriment des héros amazighs qui se sont battus héroïquement pour libérer le pays comme Dyhia ou Aksil. On s'entête au mépris des affirmations scientifiques à parler de "ruines romaines" là où chaque pierre porte la signature d'un autochtone. On détruit impunément notre patrimoine historique et culturel millénaires pour lui substituer une histoire cousue de fil blanc et une culture exotique qui dépayse l'Algérien sur son propre sol. On porte au pinacle l'émir Abdelkader, l'ami de la France coloniale ou Ben-Badis abusivement élevé au rang de savant, quand les plus méritants sont relégués au second plan sinon totalement gommés de la mémoire nationale. Bref, La liste de ces délits de trahison est trop longue…on y reviendra.

Le FLN de la guerre est une fiction, le FLN d'aujourd'hui, une imposture

L'insurrection du 1er Novembre n'a pas entraîné dans l'immédiat l'adhésion de la majorité des Algériens et pour cause, l'action militaire a précédé le travail politique. Les atermoiements du Mouvement national n'ont pas aidé à une prise de conscience large au sein de la population. Le groupe révolutionnaire qui s'en est détaché est minoritaire et peu préparé à construire une stratégie et une vision cohérente pour la conduite du combat. Le militaire prend déjà le pas sur le civil et le militant politique. Les courants politiques sont mis en veilleuse, le Front proclamé n'est d'emblée qu'un sigle sans contenu. Le congrès de la Soummam n'y changera rien malgré ses recommandations rendues caduques après l'assassinat de ses concepteurs Abane Ramdane et Larbi Ben M'hidi par Boussouf et Massu. Aucun travail n'est mené auprès des combattantes et des combattants pour élever la conscience populaire au niveau des perspectives de l'Algérie indépendante. Le peuple en lutte ne connait que l'ALN qui le mobilise au seul but final : l'indépendance. Cette situation est lourde de conséquences. Elle ouvre la brèche aux coups de force et entretient les archaïsmes de la société. Le rôle dévolu à la femme est édifiant sur ce dernier point. La guerre de libération nationale n'as pas de parti à sa tête. 

Les tentatives de donner corps au sigle du FLN commencent lors de la crise de 1962 mais n'aboutissent pas. L'intervention musclée de Boumédiene et de Ben Bella avec l'aide de l'Egypte, du Maroc et de la France y met fin. Un nouveau Parti se construit sous le sigle FLN et la houlette de l'armée des frontières et du MALG. Parti unique dont la mission est d'assurer le contrôle policier de la société. La rente et les privilèges aidant, opportuniste, il passe allègrement du discours socialisant au libéralisme puis achève sa course dans un islamisme à peine voilé. Si comme certaines voix le font entendre, il faut mettre le FLN au musée, ce sera le musée de la trahison et de l'oppression.

Les origines du mal algérien

Si on peut évoquer l'usage de la langue arabe orientale en algérie à travers les dynasties berbères et les refugiés d'Espagne (juifs et berbères) en 1492, son impact reste toutefois très limité dans l'espace et dans la société. La langue tamazight est parlée dans tout le pays à la veille de la colonisation. Alors question : Pourquoi la France coloniale qui est au fait de nos réalités linguistiques, culturelles et historiques, se donne-t-elle pour mission de nous arabiser dès les premières années de la conquête? Pourquoi depuis et à ce jour nous assigne-t-elle à l'identité arabo-musulmane ? Il est difficile de croire que son objectif n'est pas de justifier sa présence conquérante auprès d'un autre conquérant sur le sol amazigh : l'arabo-musulman. De ce fait, sa conquête devient difficilement contestable par ce dernier. Les algériens devenant arabo-musulmans ne pourront plus faire valoir leur statut d'autochtone.

Cette manipulation identitaire, sous l'instigation du Royaume uni et de la France en lutte contre l'empire ottoman, prend racine au Moyen-Orient. Elle donne plus tard naissance au mouvement du panarabisme et du pan-islamiste qui vont déteindre sur l'Afrique du nord à travers l'influence non dénuée parfois de corruption exercée par leurs grandes figures sur les dirigeants nationalistes de la région. Il s'agit entre autres de Mohamed Abdou, Rachid Reda, Saïd Ramadan, Michel Aflak, Sati el housri, Chekib Arslan etc. Ces derniers ne sont pas Algériens, pourtant c'est à eux que revient la configuration politique et idéologique de l'algérie après 1962. Ils l'ont conçu sous les couleurs arabo-musulmanes tout comme la France coloniale avec un dédain voire souvent un racisme non dissimulé à l'endroit des amazighs qui peuplent majoritairement l'Afrique du Nord. Relayée par des franges du Mouvement National, cette vision reçoit un appui effectif de la part du président égyptien Nasser et des monarchies du Golfe. De nos jours, Des milliards de pétrodollars sont déversés chaque année par le pouvoir illégitime d'Alger et ses alliés extérieurs pour faire de notre pays ce qu'il n'est pas.

De la torpeur au sursaut

Il y a chez de nombreux démocrates algériens un virus qui déconnecte leurs pratiques de leurs discours à l'exemple de ceux qui prêchent l'émancipation de la femme et se conduisent comme des féodaux avec leurs femmes. J'en connais parmi les adeptes les plus affichés de la modernité. Certains, aux convictions athées bien arrêtées font la promotion de l'islam sans se soucier de la démesure de son poids dans notre paysage et sur nos consciences. On le fait valoir comme l'ossature de notre identité, celant ainsi toutes nos ambitions, nos espoirs et nos libertés dans un corpus religieux. Une manière à nous d'aller dans la gueule de l'ogre munis de pain et d'épices.

Sur le plan politique, les partis démocrates tournent en rond, ils ne se lassent pas de tourner en rond autour du vide. Loin d'un travail d'ancrage dans la société, ils se bousculent au portillon du pouvoir qui se joue d'eux comme avec des marionnettes. Toujours engagés dans des élections sans issues, ils ne se rendent même pas compte qu'on leur fait jouer le rôle d'amuseurs publics. Ils s'abreuvent des banalités médiatiques de l'occident et courbent l'échine devant les stupidités venues de l'Orient. Toutes leurs stratégies sont basées sur le désir de s'intégrer dans le système et non de le remettre en cause. L'Algérie est mise au carrefour des processus du pire. Un coup de fouet sur nos consciences est primordial pour nous réveiller de notre torpeur. 

Mokrane Gacem

 


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