DzActiviste.info Publié le lun 2 Juin 2014

l’Algérie s’est trompé de RCD.

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l'Algérie s'est trompé de RCD.

Sous le titre problématique de « Construire un rapport de force avec l’ensemble des forces vives et saines », le mouvement Barakat, aile « dialogue » avec la classe politique, vient de rendre publique une déclaration où il décline l’invitation de la conférence isalmo-démocrates. Cela n’empêche pas les rédacteurs de saluer « le courage des partis et personnalités politiques qui ont su surmonter leur différend ».

Au-delà de la difficulté manifeste à expliquer la position arrêtée, la déclaration est un témoignage vivant du caractère tumultueux du mouvement Barakat dans ses différentes composantes. La nature citoyenne et autonome du mouvement, son caractère transpartisan, sont avancés comme arguments pour expliquer que Barakat « ne peut s’engager dans une démarche politique, aussi importante soit-elle ». Pourquoi ? Parce qu’il semble que la démarche est de rechercher une impossible unanimité. « L’existence d’autres pôles, entre autres des partis et des personnalités d’opposition, les syndicats autonomes, les associations libres, et notamment de larges franges de la société, aspirant à la transition démocratique et au changement pacifique, et avec lesquels les efforts de convergence demeurent nécessaires (…) »(sic). Approche confirmée dans cette conclusion : « la nécessité d’un consensus est d’une importance primordiale dans l’élaboration d’une transition démocratique, et la convergence des luttes est l’unique salut pour changer de système pacifiquement et sur des bases saines. » Essayons de comprendre.

La collusion islamodémocrate est à saluer ; mais son poids arithmétiquement réduit son importance et ne lui donne pas suffisamment d’attrait. Pourtant, le forcing engagé au sein du mouvement, au prix d’une division dommageable, semblait témoigner d’une urgence à lier langue avec les appareils partisans.

Plus loin, la déclaration part sur une approche dont on ne sait si elle procède d’une grande naïveté ou d’une totale inexpérience politique. Il est attendu de la conférence islamodémocrate « un travail de mémoire sur les années 1990 » et une implication pour un travail de vérité et de justice ! Les rédacteurs de ces lignes connaissent-ils les approches respectives de la période suscitée dont sont porteurs les protagonistes auxquels ils s’adressent ? HMS, Nahda, Djazballah, d’un côté et le RCD, de l’autre ; en plus de vouloir se coaliser, pour ce fameux – fumeux !– rapport de force, seraient porteurs de la même lecture de notre Histoire récente ; grand dieu ! Qui des deux pôles est dans le reniement ?

En agissant ainsi, Barakat Bouraoui-Belarbi, ne fait que mettre à nu la forfaiture de la conférence islamodémocrate. À supposer que les deux parties puissent s’entendre sur une « lecture commune », celle-ci ne saurait être autre chose que la résultante déjà formulée par le système en place : « La tragédie nationale ! ». Dès lors, comment attendre qu’une telle lecture puisse amener les « responsables et les coupables des évènements sanglants des années 1990 (…) à résipiscence, autrement dit les obliger à reconnaître leurs fautes et proclamer publiquement leur volonté de s’amender. » ? Il y aurait une explication possible à ces passages de la déclaration. L’intitulé de la conférence islamodémocrate se confond dans l’approche des Barakat Dialogue avec le sigle du RCD. Or ce parti est, jusqu’à plus ample informé, ultra-minoritaire dans cette initiative et ne semble pas avoir d’autre rôle à jouer que celui de caution « démocratique ».

La déclaration multiplie les références à des analyses que l’opinion n’a pas la chance de connaître. Si ces analyses lumineuses étaient rendues publiques, nous comprendrions peut-être comment Barakat-Dialogue arrive à extirper la classe politique actuelle à sa responsabilité solidaire avec le pouvoir dans la crise. Ne serait-ce qu’à considérer  la conférence isalmo démocrate – il serait juste de l’appeler Benbitourienne – nous nous retrouvons en présence de plusieurs partis de pouvoir – participer à un gouvernement n’est pas être un parti de pouvoir, ou des partis non reclus dans l’opposition comme certains d’entre eux le disaient-.

Avec de telles analyses, nous saurions aussi que sont ces « forces patriotiques acquises au projet de la IIe République. » et espérant vivement que n’y figurent pas les phalanges de l’internationale des frères musulmans. Espoirs incertains, d’autant qu’il n’y a aucun mot de responsabilisation ou de dénonciation de l’islamisme. Ce courant antipatriotique se trouve absous de tous ses péchés.

Le procès fait à la réconciliation Bouteflikienne et aux velléités d’amnistie générale que nourrit le régent seraient à saluer s’ils n’étaient lestés de ces approches lénifiantes dont le RCD assume l’entièreté de la responsabilité. Le parti de Said Sadi s’est rallié, armes et bagages au Benbitourisme, et ce faisant il renoue avec une errance qui en 1991 lui avait fait entrevoir la mort. Dans un sursaut instinctif il s’était écrié que la mort on en fait l’expérience qu’une seule fois, même si dans le même élan il avait déclaré excessif « s’être trompé de peuple ». Or, aujourd’hui ce n’est pas le peuple qui veut de la mort, ce n’est pas le peuple qui remet les islamistes, de HMS au fis, en selle. Donc finalement, il serait peut-être juste de dire que l’Algérie s’est trompée de RCD.  


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