DzActiviste.info Publié le jeu 18 Avr 2013

L’Algérien a été rendu peu productif car il ne l’est pas de nature par Reghis Rabah

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Une étude internationale de l’organisme européen INSEAD effectuée fin 2012 a abouti à la conclusion que l’Algérien est très peu productif en comparaison aux autres nations.

En effet, selon les résultats de cette enquête, l’algérien produit à peine 6,2 dollars en une heure de travail alors qu’un sud coréen s’en sort avec 38 et un allemand avec 62.Il est clair qu’il
s’agit là d’un constat qui décrit une situation à un moment donné mais ne l’explique pas. L’algérien est- il viscéralement voire chroniquement fainéant ? L’analyse du comportement des algériens
dans l’entreprise est complexe parce quelle se conjugue avec son statut historique depuis les différentes occupations de l’Algérie et le mode de gestion auquel il a été soumis après son
indépendance. Si on synthétisait les chiffres fournis par cette institution par région du monde, on se rendra compte aussi que la productivité du travail reste intimement liée non seulement à la
culture de chacune des nations mais aussi à la perception que l’Homme fait de la notion du travail et de son importance dans la société à laquelle il appartient. Comment justement a évolué
l’algérien dans ce vaste modèle ? Pourquoi en est-on arrivé là ? Peut-on aujourd’hui y remédier ?

Première frustration de 1962 à mi 65

Cette période a été caractérisée par le départ massif des colons et la vacance des moyens de production. On l’avait baptisé, période de réorganisation de l’économie nationale. Pour passer cette
étape, la population Algérienne a dû consentir d’énormes efforts jusqu’à mettre leur économie voire même leur bijoux de famille dans une caisse dite de solidarité pour permettre au rouages
économiques de tourner. Qui en a profité ? Qu’est devenue cette caisse de solidarité ? Aucune réponse n’a pu être donnée d’où une première frustration mais la population a gardé espoir imputant
cela à une crise de démarrage logique. Il est apparu durant cette période une relation intime entre la masse populaire et l’Etat considéré comme seul protecteur des moyens de production communs.
Face aux différentes difficultés rencontrées par les entreprises autogérées, nombreux sont les travailleurs qui souhaitaient leur passage sous le contrôle de l’Etat (4)

Deuxième frustration

La période d’industrialisation allant des années 65 à la mort de Boumediene est apparue avec une idée fortement mobilisatrice. L’initiateur balaie tout et disait «Vous avez réussi à obtenir votre
indépendance politique, il vous faut maintenant une autre bataille pour celle économique». La population est séduite par ce discours qui parait à priori logique. Elle serre la ceinture, retrousse
ses manches et entame un combat qui s’est avérée après presque deux décennies vain. Donc, elle subira une deuxième frustration et pas des moindres mais il lui reste quand même un peu d’énergie.
Les spécialistes ont décrit les dégâts culturels durant cette période comme irrémédiables lisons ce que dit El Kenz « l’industrialisation n’est jamais uniquement une affaire technique et
économique. C’est aussi un vaste mouvement de transformation culturelle du fait de son caractère massif et accéléré. L’industrialisation prend en Algérie la forme d’une destruction rapide
systématique d’une culture et l’imposition d’une autre culture et il serait peut être pas exagéré de parler de véritable viol culturel » (05)

Troisième frustration

A la mort de Boumediene, des technocrates s’emparent du pouvoir pour dire d’une manière très succincte : «tout ce qui a été fait jusqu’à la fin des années 70 relève de l’erreur, car il a été
assigné aux principaux instruments économiques des objectifs politiques ceci est antinomique avec la rentabilité»(06) Une restructuration organique et financière toute azimute s’est opérée pour
en définitive mettre à terre toutes les potentialités économiques pour rendre encore une fois vains tous les efforts entrepris. C’est durant cette période que s’est instauré le partage de la
rente pétrolière et l’apparition de nouveaux riches et des dysfonctionnements sociaux pour la première fois en Algérie. L’éclatement d’octobre 88, n’est que cette goutte qui a fait déborder le
vase de la 3ème frustration.

La frustration fatale

Après les espoirs suscités par les soulèvements d’octobre 88, On empruntera un raccourci pour énoncer en vrac les maux sociaux : conflits sociaux, dislocation de la société, transition politique
et économique, désengagement lâche de l’Etat vis-à-vis du citoyen et des acquis économiques, fort développement des dysfonctionnements sociaux (gabegie, terrorisme, corruption etc.) qui n’ont
fait que renforcer les inégalités et la misère sociales.

Cette situation raccourcie à l’extrême, a fait que l’appareil économique est resté à terre et n’arrive même pas à décoller. La population qui devrait contribuer à pousser cet appareil est à
elle-même à terre. Elle vient de subir une quatrième frustration fatale et qui cette fois- ci paralysera ses membres. Globalement le système pédale à vide et ne génère aucun travail productif que
de la parlotte. Résultat ? Forte dépendance de l’économie nationale de l’extérieur. Toutes les richesses en milliards de dollars dont se gargarisent les dirigeants en place ne sont que le
résultat de l’augmentation du prix du baril de pétrole. La croissance économique en Algérie est du type extensif et ne s’appuie sur aucune créativité ou effort humain. Le champ politique est
verrouillé et monopolisé par un seul parti puisque les autres membres de la coalition ne sont que des satellites. Le RND et le MSP sont des tendances de l’ancien FLN. En fait il n’y a aucun
changement à ce niveau depuis 1962.La misère progresse et s’installe et fait grossir les couches défavorisées. La population qui la compose sent l’odeur mais ne voie pas venir la viande. Plus de
180 milliards de $ et autant de réserves en or mais très peu en bénéficie. Les artifices de la débrouillardise règnent à travers l’informel et la politique de tag al men tag s’y instaure.

Conclusion

Cette série de frustration a sonné, dérouté puis complètement écarté de ses références ancestrales le salarié algérien. Il ne partage pratiquement plus de valeur communes à part celles
religieuses avec la société et donc rien ne le motive pour travailler. Il est devenu narcissique et désintéressé du corps social. Le chamboulement de l’échelle de valeurs lui a fait perdre le
sens de la mesure. Il ne voit aucun lien entre le travail et la rémunération. Il veut gagner vite et beaucoup en peu de temps et donc plus il reçoit plus il en demande et rompt ainsi le dialogue
social. Alors ! Comment espérer le voir productif avec un tel comportement de toute évidence acquis ? Et c’est justement vers ces axes que le gouvernement devra orienter sa démarche pour remettre
les gens au travail et espérer ce décollage économique tant attendu.

* Consultant et Economiste Pétrolier

Renvois :

(01)- Rapport des Journées d’Etude Parlementaire (JEP) 2008.

(02)-IDEM. (03)- J.C MARTENS « Le modèle algérien de développement : bilan d’une décennie » Edition SNED 1973 P.77. (04)- S.Koulitchizky «L’autogestion, l’homme et l’Etat : l’expérience
algérienne» ; Edition Mouton 1974 P.32. (05)- A. El Kenz D. Guerid. S. Chikhi « Industrie et société : cas de la SNS Contrat CNRS/SNS 1978- 1982 P 180 et 388 (06)- A.BRAHIMI ²L’économie
Algérienne défis et enjeux ²2éme édition Dahlab Alger 1990 P-87-239

Remarque du bloggueur: Une vision réaliste quoique reprenant des clichés.


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