DzActiviste.info Publié le mer 28 Jan 2015

L’amendement Hamel bouleverse la Constitution

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el_hamel_algerie (1)par Abed Charef, Le Quotidien d’Oran, 23 janvier 2015

Le général Abdelghani Hamel, promu émissaire à In-Salah, supplante le gestionnaire traditionnel de ces conflits, le DRS. Il efface les partis et le Parlement, ce qui donne une révision radicale de la Constitution.

Le Président Abdelaziz Bouteflika a procédé, à la mi-janvier, à une profonde révision de la constitution. En désignant le général Abdelghani Hamel, patron de la police, comme émissaire chargé de prendre langue avec les populations du sud hostiles à l’exploitation du gaz de schiste, le chef de l’Etat a consacré de fait un nouveau dispositif légal, radicalement différent de ce que prévoient la lettre et l’esprit de la constitution. Les partis, relais politiques et sociaux traditionnels entre opinion et institutions, ont été balayés. Le parlement, pompeusement considéré comme second pouvoir, a été ignoré. Ne restent donc, dans l’oued, que ses pierres : l’appareil militaire et sécuritaire, seule base sociale d’un pouvoir qui, en retour, ne s’adresse plus qu’à ce fragment institutionnel qui a l’immense privilège de détenir les armes.

Peut-être que l’histoire rendra hommage au président Bouteflika. Le chef de l’Etat a en effet décidé de ne plus faire semblant. Il limite la sphère de la décision aux seuls cercles militaires et sécuritaires. Il a totalement dépouillé les partis, qui n’ont plus d’utilité. On savait depuis longtemps qu’ils n’avaient plus la capacité de traduire la volonté du peuple en vote, ni traduire l’aspiration des Algériens en actes de gestion. On sait désormais qu’ils ne peuvent même plus servir de vaguemestre pour transmettre les doléances du peuple au pouvoir, ni de transmettre la réponse. Une mission aussi délicate passe désormais pas d’autres canaux, plus sérieux, plus fiables. Et ce n’est plus le DRS qui mène ce type de jeu.

Faut-il parler du parlement ? L’assemblée Nationale et le Sénat auraient pu s’arroger un rôle, en créant des commissions parlementaires, dont l’utilité est évidente dans ce genre de dossier. Une commission parlementaire permet de débroussailler le terrain, de gagner du temps, de faire mijoter la question, d’engager un débat interne entre différents protagonistes au sein du pouvoir, et de présenter des recommandations qui permettent de légitimer en douce la décision du pouvoir. Les deux chambres du parlement ont failli. En les ignorant, comme il l’a fait depuis son accession au pouvoir, le chef de l’Etat a consacré une situation de fait, et rayé les deux institutions du dispositif constitutionnel.

EQUILIBRES

Ce faisant, M. Bouteflika révèle ce qu’est sa vision de la politique. Elle se limite à l’appareil militaire et sécuritaire. Selon lui, le jeu politique ne consiste pas à bien gérer le pays, à respecter la constitution, à favoriser le fonctionnement des institutions, à consacrer la liberté et les droits des citoyens ou à assurer la croissance. Non. La politique consiste à maitriser l’équilibre des forces entre les différentes composantes de l’appareil militaire et sécuritaire, de manière à ce que cet équilibre lui soit toujours favorable, y compris en situation de crise grave, comme ce fut le cas à la veille du quatrième mandat. Ce n’est pas le FLN, le RND ou la société civile qui auraient pu le maintenir au pouvoir à l’été 2013. Ce sont les appuis qu’il s’était ménagé au sein de la hiérarchie de l’armée qui lui ont garanti de rester au pouvoir.

Sur le fond, le président Bouteflika a raison. Il a été porté au pouvoir par un consensus au sein de l’appareil militaire et sécuritaire. C’est là que se situe le principal centre de décision du pays. Il n’a donc pas de souci du côté de la population, des partis, des syndicats et de la société civile. Ceux-ci ont développé une grande capacité à obéir et à suivre. A défaut, ils seront mis à la marge. C’est donc vers le cœur du pouvoir qu’il faut porter toute son attention. Veiller à ce que ceux qui détiennent les armes lui restent favorables. Y compris en maoeuvrant pour réaménager les équilibres internes du pouvoir.

REHABILITER LE GENERAL HAMEL

Le président Bouteflika a aussi tiré profité de l’affaire In-Salah pour remettre en selle le général Hamel, sérieusement ébranlé par la mutinerie au sein de la police, il y a deux mois. Celui-ci est désormais le porteur de la bonne parole, l’homme qui ramène les bonnes nouvelles, pas seulement le chargé de la répression. Ce qui semble confirmer le nouveau dispositif du pouvoir : avec Abdelaziz Bouteflika déclinant, une nouvelle équipe se met en place pour organiser la succession. Le « cœur atomique » du pouvoir algérien, le DRS, n’a plus le monopole. Il n’a même plus la préséance. Il est si affaibli qu’il a été attaqué par un homme aussi vulnérable que Amar Saadani.

Ce fragment de pouvoir perdu par le DRS est passé, dans un premier temps, à l’état-major de l’armée. Mais dans un pays qui veut donner l’apparence qu’il se « normalise », ça fait désordre de voir l’armée en première ligne. L’état-major de l’armée est donc invité à se faire un peu plus discret, au profit de la DGSN, dont le patron est à la fois un général de gendarmerie, un membre du premier cercle du chef de l’Etat, un adepte des fameux préceptes de « la gestion démocratiques des foules », et un homme de la nouvelle génération, celle supposée assumer la charge de la gestion du pays durant la prochaine décennie.

Le général Hamel peut aussi trouver de vrais arguments pour se mettre en avant dans la gestion de la contestation au sud. Après l’échec des émissaires traditionnels, bureaucrates et réseaux, il peut taper sur la table dire que si l’agitation se poursuit, ce sont ses unités qui devront la gérer. Et l’Algérie ne sait pas gérer ces situations. Pour lui, les choses sont donc claires. L’échec de Ghardaïa pousse à éviter de créer un nouvel abcès. Quitte à désavouer les bureaucrates, de type Yousfi ou Sellal.

Le scénario est d’autant plus séduisant pour le général Hamel qu’il lui permet de se replacer au centre du dispositif, au moment où le président Bouteflika prend une décision radicale, celle de restituer la décision aux vrais centres de pouvoir, l’appareil militaire et sécuritaire. Ce que vient de consacrer le président Bouteflika en désignant le général Hamel comme émissaire pour le sud.

Serait-il présomptueux de demander de qu’est devenu M. Abdelmalek Sellal dans cette affaire ?


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