DzActiviste.info Publié le mer 18 Sep 2013

L’ANP a-t-elle retrouvé le chemin de la légalité institutionnelle ?

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ArméeAmar Cheballah
En dépit de la maladie d’un président dont on dit qu’il est cliniquement mort depuis bien des mois, ne disposant d’aucune faculté pour gérer les destinées de la nation,  l’ANP qui détient la totalité du pouvoir tente de maîtriser ses tentations puschistes et   de vendre l’image d’une institution au service de l’ordre politique, citoyen et intellectuel.
Il est vrai que, dans ce pays où l’histoire est démesurément longue, longue en rebondissements, longue en trahisons, en forfaitures, en reniements, en lâchetés depuis la bataille de Zama  jusqu’à la décision unilatérale du 1er novembre 1954 qui  a annexé par la force la décision politique et mis sous la même bannière tous les courants du mouvement nationaliste,  on a toujours cultivé l’art d’avoir la mémoire excessivement courte. Par quel artifice les militaires qui  retiennent en otage l’Etat, qui confisquèrent dés 1957 la souveraineté du peuple et qui mirent à feu et à sang l’Algérie après l’arrêt du processus électoral en 1991 et la région du Maghreb quelques mois plus tard, se seraient-ils convertis à la neutralité politique ? D’après un certain discours, en vogue depuis quelques jours et distillé en filigrane aux esprits initiés,  les militaires algériens seraient redevenus des professionnels apolitiques au service de la nation. Si, à un certain moment, un petit nombre de généraux narcissiques ne voulait pas lâcher les « commandes » en faisant preuve de folles décisions, la faillite  de leur entreprise aura prouvé définitivement aux jeunes officiers en herbe que toute désobéissance au pouvoir politique et intellectuel ne peut qu’entraîner destructions nationales et discrédit pour l’armée. Mais qu’en est-il dans les faits, dans la vie quotidienne de tous les jours des citoyennes et des citoyens algériens ? L’environnement médiatique international aurait-il changé la façon de voir des jeunes officiers de l’ANP et remodeler la vision du peuple vis-à-vis de cette institution qui jusqu’ici a géré de façon paternaliste les destinées du pays ?
Khaled Nezzar n’est pas Ali Mellah et il ne peut pas l’être. L’Algérie de 2013 n’est pas non  plus celle du 1er novembre 1954 ou les jeunes n’avaient que la guérilla pour s’exprimer et montrer au reste de l’univers le visage hideux et inhumain de la colonisation. Nous sommes en présence d’une jeunesse qui refuse, contrairement à ses aînés, de s’accommoder de mythes révolutionnaires, qui rêve d’une vie meilleure, d’autant plus les réseaux sociaux et les nouvelles autoroutes de communication apportent chaque jour de nouvelles découvertes devant lesquelles le discours officiel prend les allures d’une vulgaire propagande…
Cependant, nous sommes en Algérie, c’est-à-dire, dans une société  bourrée de paradoxes ou le discours politique est peut-être plus intensément mystificateur  que dans le reste de l’Afrique et peut être dans le reste du monde. Tempérament méditerranéen oblige, nous dit-on. Pour ce faire, un certain mysticisme du verbe s’ajoute à l’opacité des rapports entre les états-majors politiques et la base des organisations. Il existe cependant un domaine dans lequel le discours dominant occulte presque entièrement la réalité où la politique réelle est l’inverse de la représentation qui en est donnée. Il s’agit de la question fondamentale des relations entre les forces armées et la politique. Cette opacité est renforcée par les agissements et les déclarations de certains représentants du « sommet » de la hiérarchie militaire, qui font étalage de leur ardent désir de servir le pouvoir civil et de défendre la démocratie, qu’elle soit  parlementaire ou autre au moment ou le président ne dispose plus de ses facultés physiques, politiques et morales pour gérer les affaires courantes du pays…
De nombreux observateurs avisés ont trouvé étrange l’attitude légaliste et républicaine de l’armée algérienne au moment ou certains de ses officiers les plus influents conspirent publiquement pour se débarrasser d’un président cliniquement mort depuis bien des mois et encombrant pour l’avenir de l’institution  qui a les clés de la maison entre les mains…L’armée  algérienne aura-t-elle décidé de rompre avec les méthodes musclées du passé et de reprendre le chemin de la légalité institutionnelle en se soumettant au pouvoir politique, citoyen et intellectuel ? L’armée est-elle comme le prétendent certains journalistes et autres chroniqueurs, à la merci d’un président agonisant ou bien partant des expériences du passé qui ont mené la nation à se débattre perpétuellement dans une crise sans issue et de ce qui passe dans la région depuis l’avènement du printemps arabe, a-t-elle délibérément renoncé à ses anciennes missions qui relevaient exclusivement de l’autorité politique ?


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