DzActiviste.info Publié le jeu 17 Avr 2014

L’après-17 avril…

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Mardi 15 avril 2014
Abdelaziz Bouteflika
L’éditorial de Ali Bahmane

Depuis l’indépendance, jamais élection n’a suscité autant de peur chez les Algériens, y compris celle de 1991 qui vit le FIS tenter d’investir le Parlement par la ruse et la force. A cette époque, le pouvoir n’était pas du côté des destructeurs, mais cette fois-ci il l’est et c’est cela qui inquiète lourdement. Jamais l’invocation « Allah Yestor » (que Dieu nous protège) n’a été autant murmurée par les citoyens convaincus que la galaxie Bouteflika, gagnante ou perdante, attaquera dès le lendemain du vote ses adversaires et n’épargnera pas la population qui, cette fois-ci, n’a pas déroulé de tapis rouge.
La première des violences est la confiscation du bulletin de vote au profit du président-candidat. Tous les scrutins, depuis 1999, ont eu affaire à la fraude à large échelle, se sophistiquant de vote en vote pour perdre ses aspects grossiers et devenir une technique parfaite, voire une science. Nul n’est dupe : le 17 avril ce sera elle qui fera « gagner » Bouteflika. La chasse aux sorcières ? Dès le lendemain du vote, elle sera à l’ordre du jour, la cible première étant à l’évidence Ali Benflis, candidat le plus redouté. Vers la fin de la campagne électorale, il a été violemment attaqué par le staff de Bouteflika, y compris par ce dernier qui l’a traité indirectement de «terroriste». Leurs relais ont été largement mis à profit. La chasse aux sorcières aura la particularité d’être sous-traitée.
Mercenaires
Seront de la partie les « baltaguia », mercenaires à la solde des puissants que la crise égyptienne a fait connaître au monde entier. Par la violence physique ou la pression psychologique, ils complèteront le « travail » des structures étatiques, par exemple les impôts et la justice. Des dossiers pourront être montés de toutes pièces pour « punir » les associations, les organismes, les hommes d’affaires, les personnalités, tous ceux de la société civile qui se sont opposés au « quatrième mandat ». Comme de tradition, les plus visés seront les médias de la presse écrite indépendante mais seront épargnées les télévisions privées qui ont versé dans la « promotion » du quatrième mandat. Quelques-unes se sont particulièrement distinguées par la violence de leur campagne, alliant l’invective à la désinformation la plus totale. Benflis a été particulièrement sali. Dès le 17 avril, si le candidat-président reste au palais d’El Mouradia, ces chaînes seront en première ligne dans la chasse aux sorcières.
Mais la pire des violences pour les Algériens réside dans le discrédit de leur pays auprès de l’opinion publique internationale. Celle-ci n’a pas été avare en critiques et en moqueries devant les images d’un chef d’Etat âgé, sérieusement affecté par la maladie, à l’origine du désastre économique du pays et du désespoir de sa population. Et qui a la prétention de conduire le pays pendant encore cinq années. La campagne politico-médiatique de l’extérieur redoublera de férocité dès le lendemain de la « réélection » de Bouteflika, saisissant l’occasion pour régler son compte à cette Algérie historique glorieuse qui a tant dérangé, un temps, les appétits extérieurs.
Mais le quatrième mandat ne sera pas un long fleuve tranquille. Le fameux « printemps arabe » a brisé les chaînes de la peur, même s’il n’a pas encore apporté la démocratie. Les Algériens ne redoutent plus les pouvoirs politiques et militaires, y compris celui des services de sécurité, tant craint par le passé mais mis à nu depuis quelque temps par la guerre au sommet des clans. Pour dire non à la violence, aux règlements de comptes et aux instrumentalisations des administrations, les citoyens disposent d’une arme efficace : le recours à la rue.
C’est elle qui a arraché au régime quelques réformes sociales et a rétabli dans le monde du travail les injustices antérieures en matière de salaires et de statuts. C’est par la rue que le mouvement Barakat et les étudiants ont pu mobiliser contre la forfaiture du quatrième mandat et c’est par ce biais que les Mozabites ont alerté les opinions publiques nationales et internationales sur leur drame et les Chaouis crié leur colère contre le mépris du Premier ministre. Gare donc au nouveau président et à son entourage s’ils remettent à l’ordre du jour la répression et la hogra, s’ils ouvrent les vannes de la corruption et rééditent les méthodes de régie des trois derniers mandats.
Ali Bahmane


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