DzActiviste.info Publié le lun 27 Mai 2013

L’après-Bouteflika n’augure pas forcément d’un changement en Algérie

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MARIE VERDIER
in La-croix.com du 24/05/2013

Abdelaziz Bouteflika, le 8 octobre, aux obsèques de l'ancien président Chadli Bendjedid. M. Bouteflika a été admis au Val-de-Grâce, le 27 avril. Crédits photo : MOHAMED MESSARA/EPA/MAXPPP

Abdelaziz Bouteflika, le 8 octobre, aux obsèques de l’ancien président Chadli Bendjedid. M. Bouteflika a été admis au Val-de-Grâce, le 27 avril. Crédits photo : MOHAMED MESSARA/EPA/MAXPPP

Les militaires et les services de renseignement, détenteurs des clés du pouvoir, sont divisés sur la stratégie à suivre pour l’après-Bouteflika.

En raison de l’impréparation de la succession, ils espèrent mener le mandat présidentiel à son terme jusqu’en avril 2014.

Hospitalisé à Paris depuis avril, le président algérien Abdelaziz Bouteflika peine depuis longtemps à tenir les manettes du pouvoir. Aucun conseil des ministres n’a été organisé depuis le début de l’année. Le chef de l’État en a présidé trois en tout et pour tout en 2012. 

Son record d’assiduité remonte à 2003 avec 14 conseils des ministres. Abdelaziz Bouteflika a beau être très affaibli depuis 2005, le scénario d’un quatrième mandat du président aux commandes depuis 1999 pour l’élection d’avril 2014 prévalait il y a peu de temps encore, même s’il était contesté (1).

FAIRE DURER LE STATU QUO

Même diminué, le chef de l’État pouvait durer. « Il n’est qu’un élément du système, la réalité du pouvoir est largement ailleurs, entre les mains de la police politique (NDLR : la direction du renseignement et de la sécurité – DRS), les généraux de l’armée, et des hommes d’affaires liés à ce dispositif », explique Omar Benderra, économiste, proche du gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche (1989-1991).

« C’est précisément parce que le président a peu de pouvoirs qu’il a duré si longtemps », ajoute un observateur de la scène algérienne.

« Le quatrième mandat permettait le statu quo, sans démocratisation ni ouverture du champ politique », ajoute le politologue Mohamed Hachemaoui, chercheur invité à l’Institut pour la politique internationale et la sécurité à Berlin.

Preuve du peu d’entrain pour le changement, ce n’est qu’en avril qu’une commission a été chargée par le président d’élaborer un projet de révision de la Constitution, devant notamment étudier la question du nombre de mandats présidentiels, alors même que les promesses de réforme avaient été formulées dans la foulée des révoltes arabes au printemps 2011.

LES SPHÈRES DIRIGEANTES PAS PRÊTES POUR LA SUCCESSION

L’aggravation de l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika fin avril a pris au dépourvu les sphères dirigeantes. L’article 88 de la Constitution algérienne prévoit que le Conseil constitutionnel se prononce, à la majorité des deux tiers, sur l’état d’empêchement du président en cas de maladie grave et durable, permettant de confier l’intérim au président du Conseil de la nation pour une période de quarante-cinq jours.

Au-delà, ou en cas de décès du président, la vacance du pouvoir est déclarée, imposant la tenue d’une élection présidentielle dans les soixante jours.

« Les clans au pouvoir vont faire durer la situation actuelle le plus longtemps possible, car ils ne sont pas prêts pour la succession. Seule la mort du président provoquerait des élections anticipées », estime Rachid Tlemcani, professeur de sciences politiques à l’université d’Alger.

« Ils ont besoin de temps pour organiser une façade politique, donner des gages d’ouverture pour ne pas avoir l’air brejnévien », ajoute Mohamed Hachemaoui. Surtout les généraux aux commandes sont divisés sur la stratégie à adopter, et donc sur le nom du successeur à coopter.

« Les luttes de clans sont atroces », juge Rachid Tlemcani, entre ceux désireux de réformer en douceur pour éviter l’effondrement du système et les tenants d’une ligne dure sans changement.

UNE ÉCONOMIE DE RENTE

La course à la présidentielle a de fait démarré depuis de longs mois. Abdelaziz Bouteflika s’est trouvé au cœur de la tourmente avec la révélation d’affaires de corruption touchant le premier cercle présidentiel, dont son frère Saïd Bouteflika.

« En Algérie, il ne s’agit pas seulement d’affaires de détournements de fonds, la corruption est systémique, elle préside aux projets de développement », explique Mohamed Hachemaoui.

« L’Algérie est une économie de rente dans laquelle les réseaux de prédation sont aux commandes », ajoute Rachid Tlemcani. Omar Benderra rappelle que 300 milliards d’euros d’investissement avaient été programmés pour 2005-2014. « Deux tiers de la somme ont été investis, on se demande dans quoi, et le tiers restant n’a pas pu être dépensé. Ce n’est plus de la mauvaise gouvernance, c’est de l’incurie », juge-t-il.

La grogne sociale est une constante avec grèves, manifestations et même mini-émeutes, quasi quotidiennes. « Les appareils du régime parlent entre eux par journaux interposés », relève Mohamed Hachemaoui, pour qui« les attaques contre l’entourage présidentiel – dont les affaires étaient connues de longue date – ne sont que le signe de la bataille pour le pouvoir ».

(1) La Constitution a été réformée en 2008 pour autoriser un nombre illimité de mandats et permettre en 2009 la réélection de Bouteflika.

MARIE VERDIER


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