DzActiviste.info Publié le ven 18 Jan 2013

L’ATTAQUE SUR LE SITE D’AIN AMENAS ET LA LOI SUR LES HYDROCARBURES

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18/01/2013 http://arezkiderguinidepute.wordpress.com

Effets immédiats et effets différés. Les commentateurs de l’actualité se gardent de se situer dans la visée des stratèges, aussi ne s’occupent-ils que des effets immédiats de l’évènement. Au moment de l’action, la décision ayant été prise, leur justification n’est pas d’éclairer l’opinion publique de sorte qu’elle soit souveraine, il est bien trop tard pour ce faire, mais plus efficacement de contribuer à son alignement sur la stratégie retenue qui se dévoilera progressivement.
Quand le savoir et le pouvoir, le monde académique et  le gouvernement, sont au service de la puissance nationale (on remplace souvent par mode de vie et pouvoir d’achat) mais pas de la liberté, la connivence du monde de l’information est acquise. Où trouverait-il ses sources ? Mais ce rapport du monde l’information à ces deux pôles, tient aussi d’un autre rapport bien plus fondamental : celui du public à l’information. Quand le public « consomme » de l’information plus qu’il ne l’investit (dans des espaces de souveraineté), l’autonomie du monde du savoir duquel le monde de l’information tire sa substance, ne peut être établie. Cette « tripolarisation » des fonctions entre monde du savoir, gouvernement et monde de l’information, et qui définit la fonction des médias (construire l’opinion publique) permet ainsi au monde occidental dominant, en temps de guerre, de gérer ses contradictions sans en être la victime.
Guerre et négociation. Le régime algérien pris à son piège : pour ne pas laisser planer le doute au sein de la société dominante, afin que cela ne soit pas la débandade, il a du rester droit dans ses bottes. Certains pourront prendre le soin de faire croire que ce même message est adressé à de tous autres destinataires. Cela n’est pas contradictoire. Il était donc prévisible, on savait que le gouvernement algérien ne négocierait pas avec les preneurs d’otages, les terroristes et leur fait accompli.  Ce n’est donc pas là qu’il a été frappé. Le ministre algérien de la Communication, Mohamed Saïd, qui s’exprimait hier à la télévision algérienne n’omettait pas ce point. Il avait déclaré : « l’attaque est l’œuvre d’une multinationale terroriste qui vise à impliquer l’Algérie dans le conflit malien, déstabiliser l’Etat algérien, et détruire son économie qui tire son financement des recettes des hydrocarbures. »
Le nerf de la guerre. Les otages qui ont été tués lors de l’attaque du site d’Ain Amenas seront considérés comme des dégâts collatéraux. Ce qui est en cause maintenant c’est la sécurité dans ces sites. Le nombre de victimes aura-t-il été d’autant plus élevé que l’effet pourra être amplifié. C’est donc aux sources du pouvoir, aux revenus gaziers, que l’on s’est attaqué, au moment précis où le gouvernement algérien se préparait précisément à voter une loi sur les hydrocarbures pour attirer les investissements étrangers dans le secteur. Mais connaissant la nature rentière du régime, son type d’insertion internationale et la stratégie définie par les puissances occidentales vis-à-vis de l’Iran, de Gaza, la guerre au Sahel et à l’Algérie, pouvait-elle être autrement ? Si guerre il y a contre l’Algérie, on devine la forme qu’elle peut prendre : son talon d’Achille résidant dans sa dépendance économique externe, c’est au blocus économique que l’on recourra.
Stratégie et guerre asymétrique. On aurait tort de lire l’action des groupes terroristes d’un point de vue non stratégique. Le savoir qui est accumulé sur ces groupes n’est pas ignoré par les services des puissances. Preuve à l’appui : on parle continuellement de la « fabrication » de ces groupes. Aussi les lectures qui se concentrent sur les effets immédiats de l’action des groupes terroristes peuvent être considérées comme volontairement trompeuses. La manipulation des groupes terroristes a toujours fait partie de l’art de la guerre. Aujourd’hui cet art particulier y occupe une place singulière avec la notion de guerre asymétrique. Il faut donc chercher ailleurs les objectifs que recherchent une telle action.
Opinions publiques et multinationales occidentales. Celui  qui me paraît particulièrement pertinent est celui qui veut dresser les opinions publiques occidentales contre les intérêts des multinationales (BP, Total et bien d’autres) que le régime, avec sa politique de « partenaires privilégiés » qui lui a coûté bien des déboires, comptaient bien engager. Nous demandons aujourd’hui au régime QUID de l’attractivité de l’investissement aujourd’hui avec la guerre au Mali ? Quid des ressources futures du pays, de ses équilibres financiers ? Pourra-t-il faire éviter à l’Algérie le sort d’Etat failli ? Si un certain Occident doit tolérer un Qatar insidieux, il doit pouvoir écraser une Algérie rebelle, pour garder le moral !
Catastrophe programmée et sursaut national. Cette agression qui accélère notre marche vers une catastrophe programmée est aujourd’hui l’occasion d’un sursaut pour éviter au pays un tel devenir ! Pour qu’un tel sursaut survienne, il faudrait que certaines faiblesses puissent être retournées en avantages. Il devra en être ainsi de l’impréparation du pouvoir et du choc de la surprise au sein de la société dominante. Si la réponse « brutale » du pouvoir algérien aux terroristes a colmaté une brèche, la diffraction du choc et les erreurs de calcul peuvent accroître les brèches sur d’autres lieux. Je suggère une action plus efficace : que le site d’Ain Aménas soit consacré à la consommation nationale, il permettrait de marquer bien autrement une victoire psychologique de la société et du pouvoir sur l’impérialisme et ses convoitises.
DERGUINI Arezki


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