DzActiviste.info Publié le dim 25 Août 2013

Le ِِCongrès de la Soummam : une occasion ratée de démocratiser la révolution algérienne.

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Si Sadek DehilèsAit Benali Boubekeur

Une révolution, quelle que soit sa justesse, ne peut aboutir sans qu’il y ait une adhésion générale du peuple. Comme toutes les révolutions, celle du peuple algérien, entre 1954 et 1962, ne pouvait pas déroger à cette règle. Du coup, en 1954, l’initiative des neuf aurait échoué s’il n’avait pas été soutenue par le peuple algérien. Dans ce cas, que vaut le contrat moral, invoqué sans cesse par Ben Bella, en vue de délégitimer les grandes décisions de la Soummam ? Pour le commun des mortels, ces attaques dénotent une mauvaise foi et mettent en exergue sa soif pour le pouvoir.

En tout état de cause, à l’exception de Ben Bella, les allumeurs de la mèche n’entendaient pas faire de la révolution une propriété privée. En effet, avant le lancement de l’action armée, une rencontre nationale, censée évaluer le bilan de l’action armée, a été prévue pour fin janvier 1955. Hélas, l’absence du coordinateur national, Mohamed Boudiaf, sur le sol national, provoque le report sine die de cette rencontre. Néanmoins, bien que les conditions ne soient réunies pour pallier, dans l’immédiat, cette absence, la révolution enregistre l’arrivée dans ses rangs d’un organisateur hors norme, celle d’Abane Ramdane. Pour ce dernier, après avoir pointé du doigt le manque de préparation de l’action armée, se met tout de suite au travail afin de mettre la révolution sur les rails.

En un laps de temps record, le « Jean Moulin » algérien ne tarde pas à donner une orientation claire à la révolution. Pour ce faire, Abane Ramdane entreprend une démarche consistant à rassembler toutes les forces politiques au sein du FLN (Front de libération nationale). Soutenue par des figures de proue, telles que Larbi Ben Mhidi, cette démarche aboutit à l’adhésion de la quasi-totalité des courants politiques, en 1956, au FLN, à l’exception du MNA (mouvement national algérien), fondé par Messali Hadj en décembre 1954.

De toute évidence, malgré les embûches tous azimuts, le groupe d’Alger, piloté par Abane et Ben Mhidi, parvient à tenir le congrès tant attendu, à Ifri, le 20 aout 1956. Le programme entériné définit alors les priorités de la révolution et pose les jalons de la future nation. Pour se prémunir contre les coups de force, les rédacteurs de la plateforme estiment que la révolution doit échapper à l’emprise du commandement militaire. Pour eux, le militaire doit obéir à l’autorité politique, laquelle autorité émane bien sûr de la volonté populaire. Et si tous les dirigeants de la révolution mettaient l’intérêt du pays au-dessus des leurs, ils devraient œuvrer dans ce sens.

Mais, paradoxal que cela puisse paraitre, certains initiateurs de la lutte armée, parmi eux Ben Bella et Boudiaf [pour des raisons surement différentes], rejettent, dans le fond et dans la forme, les résolutions du congrès de la Soummam. En tout cas, sur les cinq chefs historiques emprisonnés, seul Hocine Ait Ahmed apporte son soutien aux décisions arrêtées à la Soummam. Dans ce cas, l’équipe dirigeante, issue du congrès de la Soummam, a-t-elle les moyens de préserver cette ligne politique ? Si dans le premier temps l’équipe est restée soudée autour de deux personnages emblématiques, Abane et Ben Mhidi, le départ du CCE (comité de coordination et d’exécution), amoindri par l’arrestation et puis l’assassinat de Ben Mhidi en février-mars 1957, à l’extérieur perturbe la direction.

Peu à peu, les manœuvres de Ben Bella commencent à apporter leurs fruits. Allié d’Abane en 1955 et 1956, Krim Belkacem change alors le fusil d’épaule. Avec Ben Tobbal et Boussouf, Krim organise le pouvoir en s’appuyant sur les colonels. Ainsi, une année après l’adoption des principes de la Soummam, les 3B les annulent uniment. Bien qu’Abane ne soit pas écarté de l’équipe dirigeante, issue du CNRA (conseil national de la révolution algérienne) du Caire, tenu du 20 au 27 août 1957, la direction de la révolution est désormais sous le contrôle des colonels.

En guise de conclusion, bien que la plateforme de la Soummam soit dépouillée de l’essentiel, à savoir la primauté du politique sur le militaire, les 3B préservent les institutions provisoires créées à la Soummam. En 1962, lors de l’adoption des préaccords avec la France, le GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne), successeur du CCE, les soumet naturellement au CNRA. Cela dit, à la même période, les colonels de 1957 sont considérés comme étant des politiques. Ainsi, bien que Krim dénonce sans vergogne le chantage de Boumediene, chef d’État-major général (EMG), depuis la renonciation aux principes de la Soummam, le pouvoir politique est détenu par le noyau dur de l’armée. Enfin, malgré le demi-siècle qui nous sépare de l’indépendance, c’est encore le commandement militaire, notamment les services secrets, qui fixe toujours les règles. Pour les sceptiques, la préparation de la succession du chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, en dehors du peuple, en est l’exemple patent.

Ait Benali Boubekeur


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