DzActiviste.info Publié le sam 11 Mai 2013

Le destin tragique des présidents algériens

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Par Said Radjef

presidents-algerieVictime, il y a à peine deux semaines, d’un accident vasculaire cérébral, le président Bouteflika, 79 ans, avait déjà été opéré fin 2005 à l’hôpital du Val-de-Grâce, d' »un ulcère hémorragique à l’estomac. Depuis les bruissements et les rumeurs sur sa mort et sa succession ne cessent de s’amplifier. Pour mémoire, Bouteflika est le 9eme président de l’histoire de l’Algérie, depuis 1958 à ce jour. Son absence du « devant de la scène » depuis plusieurs mois, a alimenté toutes sortes de rumeurs sur la place publique algérienne. La dernière rumeur en date fait état de la succession de Bouteflika par le puissant homme d’affaire Issad Rabrab, proche des cercle de l’armée, alors que les pistes de Benflis, Ouyahia, Sellal et Reda Hamiani sont souvent évoquées par la rue algérienne. Ballons de sonde ou manipulations, il reste que le destin des présidents algériens depuis 1958 à ce jour est des plus tragiques. Déshonorés et humiliés par l’ANP, ils ont tous fini par quitter leurs fonctions sur la pointe des pieds devant une opinion nationale crédule et manipulable à souhait.

Ferhat Abbas (1889-1985), est le premier président du gouvernement provisoire de la république algérienne GPRA de 1958 à 1961. Homme de culture et de la science, il sera sollicité par Abane Ramdane dés 1955, pour composer le noyau politique de la révolution. Par son rayonnement personnel, par la coalition politique qu’il a rassemblée autour de lui, il a donné à la révolution un rôle qu’elle n’avait encore jamais tenu et qu’elle a conservé jusqu’aux Accords d’Evian, en 1962. Cependant, dés l’assassinant de Abane en 1957, il sera broyé par des militaires à peine lettrés et au fait de l’exercice politique. Accusé d’avoir pris le train en marche, il sera sacrifié sur l’autel du mensonge, par d’illustres parvenus. Il sera écarté et placé en résidence surveillée après l’indépendance, jusqu’à sa mort.
Benyoucef Benkhedda, né le 23 février 1920 à Berrouaghia et décédé le 4 février 2003 à Alger, , fut le successeur de Ferhat Abbas (1961-1962). Ce pharmacien de formation et ancien militant du MTLD (centraliste), fut décapité comme son prédécesseur, alors que son apport à la cause indépendantiste reste majeur. Sans doute a-t-il eu des lacunes, des illusions et des échecs. Mais, par son style, ses méthodes et ses idées, l’insurrection du 1er novembre 1954 a pris une dimension internationale. Humilié et sali au congrès de Tripoli durant l’été 1962, cet autre protégé de Abane sera écarté de la vie politique et assigné à résidence surveillée jusqu’à la fin de sa vie. Une réclusion de laquelle il ne se relèvera plus.

Ahmed Ben Bella, né le 25 décembre 1916 à Maghnia près de Tlemcen en Oranie, au nord-ouest d’Algérie non loin de la frontière marocaine et mort le 11 avril 2012 à Alger, est le premier président de l’Algérie indépendante. Il sera l’un des principaux architectes du 1er novembre 1954 à côté d’Ait Ahmed et de Khider. Cependant, son manque de charisme a été une aubaine pour les militaires qui n’ont pas hésité à le faire passer pour un tyran et un dictateur aux yeux de l’opinion nationale algérienne. Il sera catalogué d’anti berbériste et de panarabiste à la solde de l’Egypte. Il est destitué de son trône le 19 juin 1965 alors qu’il tentait de réamorcer une sortie de crise en prenant contact ouvertement avec les forces politiques du moment. Il connaitra le même sort que ses deux adversaires qui l’ont précédé aux fonctions de président de la république.

Mohamed ben Brahim Boukharouba, dit Houari Boumédiène, né le 23 août 1932 à Aïn Hassainia située près de Guelma et mort le 27 décembre 1978, est le deuxième président de l’Algérie indépendante (1965-1978). Contrairement aux rumeurs accablantes qui courent encore à ce jour à son sujet, le colonel Boukharouba fut en dépit de ses limites intellectuelles un meneur d’hommes et un chef d’Etat. Son ascension, il ne la doit qu’à un coup de la providence, lorsque les trois « B » ont échoué dans leur tentative de porter le colonel Si Nacer à la tête de l’état major unifié. Il faut préciser que c’est le colonel Si Nacer qui a décliné la proposition de Krim Belkacem. Tout comme ses prédécesseurs, il sera décapité à sa mort, dans sa tombe, par les militaires dont il fut un chef exemplaire. Bien avant sa mise sous terre, ses cendres furent dispersées à travers toutes les contrées de l’univers pour qu’aucune trace de Boukharouba ne survive à sa mort. C’est durant le deuil de sa famille que les services secrets algériens lancèrent la rumeur selon laquelle le président Boumedienne est détenteur d’un compte secret à la Chase Manhattan Banque.

Chadli Bendjedid (colonel), né le 1er juillet 1929 à Seba’a, dans la commune de Bouteldja dans la région d’El-Taref, nord-est de l’Algérie, et mort le 6 octobre 2012 à l’hôpital militaire de Aïn Naâdja d’Alger, est certainement le président auquel l’armée a fait le plus de tort. Décrit tantôt comme un homme stupide et tantôt comme un Don Quichotte, Chadli à cependant le mérite d’être le président de la décrispation. Aux plus hautes destinées du pays de février 1979 à janvier 1992, il avait été à l’origine de la démocratisation des institutions algériennes, notamment par la promulgation d’une constitution pluraliste en février 1989. Ses tentatives de se réapproprier une certaine légitimité par une véritable ouverture démocratique, lui coûtèrent sa place. Il sera humilié par ses propres ses généraux, ceux là mêmes qui l’ont préféré à un certain Bouteflika lors d’une réunion marathon à l’ENITA…

Mohamed Boudiaf, membre fondateur du FLN, un des chefs historique de la guerre d’indépendance algérienne et membre du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), au poste de ministre d’État de 1958 à 1961 puis vice-président jusqu’en 1962, il entre en opposition contre le régime militaire qui a pris de force le pouvoir, et s’exile durant près de 28 ans. Rappelé en Algérie, en 1992 en pleine crise politique, à la tête de l’État (HCE), en tant que président du Haut Comité d’État, organe en charge provisoire de la gestion de l’État, du 14 janvier 1992 jusqu’au 29 juin 1992, suite à son assassinat par les généraux qui l’ont courtisé durant des mois, lors d’une conférence des cadres à Annaba.
Liamine Zeroual (général) et ministre de la défense), est le 4eme président de la république algérienne indépendante. Le retrait du président était prévisible dans la mesure où son désaccord avec le chef d’état-major, le général Mohamed Lamari, était devenu public. Durant l’été 1998, la presse écrite avait reproduit invectives et menaces proférées par les deux camps. L’étalage au grand jour des divergences entre le pouvoir réel (l’armée) et le pouvoir formel (présidence et gouvernement) a eu, comme il fallait s’y attendre, un aboutissement logique : l’effacement du titulaire du second s’inclinant devant la puissance du premier.

C’est sous la pression des généraux Mohamed Lamari et Tewfik Mediene, le chef de la toute-puissante Sécurité militaire (SM), alors dans un climat de guerre civile, que le président le plus estimé des algériennes et algériens a décidé de mettre un terme à son mandat de chef de l’Etat en 1999.

L’armée reste une institution clandestine au-dessus de la présidence, et elle refuse au gouvernement l’autorité nécessaire à la direction de l’Etat et à la gestion du pays, et ce depuis le 1er novembre 1954. Il faut rappeler que tous ceux qui ont cherché une autonomie et une gestion démocratique des institutions de la république, ont été comme l’indique si bien le sort tragique réservé à Med Lamine Debaghine et Abane Ramdane, après le congrès de la Soummam, effacé d’un revers de la main par des caporaux incultes, seulement soucieux de leur carrière personnelle.


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Displaying 1 Comments
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  1. radjef said dit :

    Un ami d’Ait Ahmed m’a fait cette remarque: « l’option pacifique a montré toutes ses limites et la violence n’est pas la solution, alors que le pays a besoin d’un vrai changement. » Que faire?

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