DzActiviste.info Publié le mer 20 Mar 2013

Le donneur universel encerclé par le demandeur universel

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By Kamel Daoud in le Quotidien d’Oran

L’effet domino de la «demande» va être puissant: des Algériens veulent aujourd’hui marcher et demander et exiger et obtenir comme les gens de Ouargla. Les chômeurs de Ouargla sont rentrés chez eux, pour une semaine, mais c’est ailleurs que d’autres chômeurs précaires, demandeurs en colère, sortent et se rassemblent. Il sera difficile d’y répondre partout et en même temps et selon les doléances. Cela s’appelle donc une crise. Sa raison en Algérie ? Le populisme. Le régime s’est installé dans le rôle unique de «donneur» universel, le peuple y répond par un statut de demandeur universel à son tour. Qui travaille ? Qui produit ? Qui invente ou augmente ? Personne et personne ne veut en débattre. Il ne s’agit pas de réaliser un essor dans ce pays: le but n’est pas le Japon mais la gratuité universelle. Demander un emploi, se rassembler, s’unir et contester est un droit. Pour le chômeur comme pour la mère du disparu ou le garde communal. Et cela est évident. Sauf que l’Algérie est mal partie: elle peut offrir des salaires mais pas des emplois. C’est une économie fictive. Ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence de l’injustice de l’accès à la rente, du populisme, de l’étatisme, de la culture dévalorisée de l’effort, de la déconnection entre salaire et emploi. Le bon peuple qui n’a rien trouve normal de demander et le régime négocie ce qu’il donne pour des sursis. Cela n’a aucun sens en économie et n’est pas la relance ou l’enrichissement ou la création de l’emploi. On est dans des équations de corruption politique. On achète les voix mais aussi le calme et le silence. 


Les effets de foule aujourd’hui, et qui ne font que commencer, prouvent que l’Algérie est une caserne populiste et c’est tout. On ne parle pas encore de l’effet repoussoir que ce cycle fermé entre rente/populisme/salaires gratuits a sur l’image internationale de l’Algérie, sa viabilité pour les flux d’investissements étrangers ou même nationaux privés. Et c’est la faute du régime: à la place d’un Etat régulateur, on a un détenteur illégitime de la richesse, provocateur de la colère et de l’exigence du «quota». 

On dit qu’Abdelmalek Sellal est un homme qui essaye de faire mieux; il le fera avec cinquante ans de populisme, de dépeuplement des idées, de déstructuration de l’économie et de démantèlement des valeurs du travail et de la justice sociale. Il ne peut pour le moment que se faire le régent d’une nouvelle distribution alimentaire entre donneur universel et un demandeur universel. Il va payer la facture d’Ouyahia et de tous ceux qui l’ont précédé. Tous ceux qui ont poursuivi, avec pertes et dépenses, le mythe d’un secteur public fort et gâté au détriment d’un secteur privé qui a fait ses preuves, et ceux qui ont gouverné l’économie du pays avec des logiques populistes de Souk El Fellah ou de gestion d’un immense bien-vacant. 


On a inventé un peuple sans compétences et sans CV et sans maîtrise et on ne peut aujourd’hui que le payer pour le calmer, le subir ou le réprimer. Et le comble est que ce peuple a raison de demander sa part puisqu’il ne s’agit pas d’une économie nationale mais du silo de nos ancêtres. 


En Algérie, on sait qui fait grève et qui demande un salaire. Mais on ne sait plus qui travaille vraiment. 


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