DzActiviste.info Publié le ven 23 Nov 2012

Le drame des malades mentaux au Djurdjura.

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Par Said Radjef
Tizi Ouzou 23 novembre 2012

Contester le démantèlement de l’Etat social relèverait de la psychiatrie. Sur fond de crise économique, de violences terroristes, de mondialisation et du démembrement du tissu industriel au Djurdjura, la santé mentale des kabyles est-elle en train de se dégrader ? Telle est la question que l’on peut se poser au vu de l’afflux des maladies mentales dans la région. La précarisation croissante des emplois a entrainé une aggravation des problèmes de santé mentale dans toute la région. Partant de ce constat plus qu’alarmant, une élection est-elle possible dans un climat de schizophrénie collective très avancée?

Par maladie mentale, on entend les dépressions graves et les troubles maniaco- dépressifs établis par un diagnostic médical. Selon différentes sources hospitalières, le nombre de personnes souffrant au Djurdjura de maladies mentales a considérablement augmenté au cours de ces dix dernières années. Or les structures d’accueil sont pratiquement inexistantes. Hormis l’hôpital psychiatrique de Oued Aissi dont les capacités d’accueil restent largement insuffisantes, les malades livrés à eux-mêmes, finissent par établir leur espace dans les rues, au milieu de la ville. Un abri comme il en existe tant dans les environs de la vallée du Djurdjura. Le son obsédant qui vous interpelle, les gémissements et pleurs venus de l’intérieur, est une scène qui a fini par avoir sa place dans le décor kabyle. La maison de Rabah établie tout prés d’un café maure, ressemble plutôt à un abri souterrain. Tout autour du périmètre on peut constater des flaques d’urine, alors que l’intérieur est meublé de quelques couvertures déchirées et souillées. Ses cris s’arrêtent lorsque le serveur du café lui offre un lait chaud et un gâteau. Il ne peut pas s’exprimer ni faire part de ce qu’il ressent. Il est seul dans son monde de cris et d’agonie. « On ne sait pas d’où il vient. Il est ici depuis quatre ans. Il a perdu l’usage de la parole », explique Hamid, le propriétaire du café. Et d’ajouter : « On a saisi la police et les pompiers, mais personne n’est venu le récupérer. »

Chaque jour, de nouveaux cas arrivent d’une destination inconnue sur les places publiques au Djurdjura. Certaines villes restent particulièrement débordées par le nombre de ces malades mentaux. Inutile d’alerter les services concernés par l’arrivée de ces nouveaux cas: personne ne viendra s’enquérir de leur détresse. Des adultes pour la plupart qui ne présentent aucun signe d’agressivité. Certains ont été chassés par leurs propres familles. Il faut dire qu’ici, les personnes atteintes de maladies mentales « font honte à la famille et aux voisins. » La responsabilité de l’Etat dans ce drame reste cependant entière. Les négligences et l’incompétence des autorités locales qui affectent des sommes colossales dans des projets fictifs, ont aggravé la situation des personnes souffrant de ces maladies considérées à tort par la société comme tabous. Les hôpitaux confirment que les maladies mentales sont une priorité majeure, mais réclame des budgets plus conséquents de la part du gouvernement. « Nous manquons cruellement de ressources. Notre intention n’est pas d’abandonner les malades mentaux, mais notre marge de manœuvre sur les budgets des services de santé est très réduite », nous explique t-on au CHU Nadir Mohamed de Tizi Ouzou.

« Comment voulez que sans infrastructures et sans budget d’aide aux personnes atteintes on puisse accomplir convenablement notre rôle ? » , s’interroge un psychiatre qui enchaine : « Comment voulez vous que les choses aillent convenablement lorsque l’Etat affecte deux sous de son budget à la santé, alors qu’une grande partie des consultations à l’hôpital ou à la clinique sont imputables aux maladies mentales et autres traumatismes psychiques. ».


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