DzActiviste.info Publié le jeu 8 Mai 2014

Le FLN ou l’histoire d’une confiscation algérienne (source LeMatinDZ)

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Le FLN ou l’histoire d’une confiscation algérienne (source LeMatinDZ)

Le FLN joue presque seul, grâce à l’administration, dans des assemblées (APN, Sénat, APW, APC), désormais décrédibilisée par le taux élevé d’abstention et les traficotages frauduleux de tous genres

Chacun y va de ses chiffres de l’officiel à l’officieux. On glose, chaque fois, sur la démission possible du chef du gouvernement ou premier ministre dont les pouvoirs se réduisent régulièrement comme une peau de chagrin à tel point que le «premier ministre» n’est souvent pas le "premier" et sur les noms des ministrables possibles, ils sont légion à avoir assumé cette fonction, omettant les questions essentielles de la posture réelle et de l’hypothétique légitimité de cet appareil dans le territoire social et politique national. Comme par le passé, le «parti» dominant voit les «militants» l’entourer et l’étreindre comme ce fut le cas pour le RND qui s’était transformé en un trop court laps de temps en un «parti» de «masse», pourvoyeur de postes et de privilèges possibles. Le parti n’est en fin de compte qu’un simple appareil qui semble avoir un ancrage relatif dans le monde rural, mais méprisé par les élites et apparemment absent de l’espace urbain. Les crises cycliques et les luttes entre factions ne sont finalement que l’expression de la misère de la composante de ce «parti» qui s’est approprié un legs historique commun qui aurait dû revenir à la communauté nationale juste après 1962, confirmant ainsi une promesse faite en 1954 aux partis qui devaient s’auto-dissoudre pour rejoindre le FLN qui, une fois l’indépendance acquise le "Front" devait disparaitre permettant à ces "partis" de se reconstituer. La constitution de 1963, adoptée à la hussarde, contre les jeux de la légalité, va mettre en œuvre un déni historique en consacrant le FLN, patrimoine commun de tous les Algériens, parti unique : "Le FLN est le parti unique d’avant-garde en Algérie". (Article 23). Le passage de «partis» en déclin à une structure proche du pouvoir est monnaie courante dans un pays où le déficit de débats politiques sérieux est flagrant. Le nomadisme politique est une spécialité dans les pays à régimes autoritaire. Ce phénomène n’est pas propre à l’Algérie, mais caractérise tous les pays anciennement colonisés. Les journalistes relèvent régulièrement l’omniprésence de discours redondants et récurrents puisés dans un champ lexical trop limité. Déjà, les choix lexicaux déterminent inévitablement les options idéologiques se caractérisant par un flou et une ambiguïté dictés par les conditions de production politiques du discours et de provoquer une «sorte de renouvellement du parti» pour rependre une expression en vogue dans les cercles de ce regroupement. Les congrès du FLN semblent se répéter sans profonds changements mettant parfois en scène des colères et des guéguerres provoquant des départs et des mises à l’écart, dénuées fondamentalement de conflits idéologiques évidents. Des clans entrent en conflit tout en se revendiquant du même parrain, le «chef de l’Etat» qui, souvent, n’accorde que très peu d’intérêt à cette structure caractérisée par l’incohérence de ses positions, l’opportunisme de ses dirigeants et l’absence de débats sérieux. On retrouve les mêmes pratiques, le même discours et les mêmes mentalités. Le refus d’Abdelaziz Bouteflika de prendre la présidence s’expliquerait peut-être par sa connaissance du poids réel d’un «parti» encore trop marqué par les jeux d’appareils. Qu’apporterait le FLN qui n’est qu’un simple appareil sans densité idéologique vivant essentiellement d’une histoire confisquée à un président dans ces conditions ? Connaissant le poids réel de ce regroupement et des hommes le composant, il deviendrait beaucoup plus un poids à supporter, c’est-à-dire pouvant décrédibiliser toute action possible. D’ailleurs, le fonctionnement frauduleux des «élections» donne raison au Président qui sait que les «partis» en place n’ont pas d’assise populaire. Ce désaveu pousse les présidents successifs à faire appel à de nombreuses compétences en dehors des structures partisanes officiellement minoritaires dans la société. Le FLN s’est toujours comporté comme un appareil du pouvoir, une sorte de simulacre d’un pouvoir le dépassant réellement, appelé à apporter une caution devenant parfois dérangeante et embarrassante. Le RND, par exemple, a plus gêné Zeroual dans la mesure où il lui manquait la cohérence et le fonctionnement d’un parti au sens plein du terme. Quand les responsables du FLN parlent de «moderniser le parti», ils se limitent au choix d’un nouvel organigramme (secrétariat exécutif, instance exécutive et conseil national) qui ne changera rien aux choses, ni à une mentalité de tribu en quête permanente d’un Cheikh. Toute disgrâce mène à l’oubli et flirte avec l’ingratitude. On se souvient des départs forcés de certains «patrons» comme Kaid Ahmed, Mohamed Salah Yahiaoui, Mohamed Chérif Messaadia ou Abdelhamid Mehri, Boualem Benhamouda et Ali Benflis qui vécurent seuls leur marginalisation, abandonnés par leurs anciens fidèles qui se précipitèrent dans les bras du nouveau chef tout auréolé d’une récente aura. Jamais, depuis l’indépendance, le FLN n’a réellement pratiqué le pouvoir parce qu’il était tout simplement considéré par les vrais décideurs comme un simple faire-valoir, une police spéciale. C’était un appareil aux pouvoirs trop limités. Ses différents chefs ont tous fini par se faire taper fortement sur les doigts. Chérif Belkacem et Kaid Ahmed ont pris les chemins escarpés de l’exil, Yahiaoui, Messaadia, Mehri et Benflis ont fini par emprunter, chacun à son tour, la voie étroite de la porte de secours. Du temps de Ben Bella, le FLN occupait le strapontin dans un pays marqué par le diktat de la tradition orale. Déjà, en 1964, au moment où ce qu’on appelait à l’époque la «gauche» du FLN rédigeait le texte qui allait devenir, par la suite, la charte d’Alger, les coulisses, espace des véritables décideurs, étaient sérieusement animées. Ni la charte d’Alger ni les deux chartes nationales de 1976 et de 1986, même formellement parrainées pour la forme par le FLN, ne furent rédigées par des militants du FLN. Certes, ce mot prêt-à-porter de "modernité" jamais défini, encombre aujourd’hui le discours de nombreux responsables algériens. A t-on entendu les responsables de cette structure évoquer les questions politiques et sociales et la mise en œuvre d’assises idéologiques claires et cohérentes pouvant orienter le "parti" ? Cette "modernisation" illusoire est l’expression d’un vide reflété par un langage au degré zéro du sens et révélant un sérieux déficit en matière de programme et de projet. Cette obsédante quête du Chef obéit essentiellement à des considérations sociologiques, mais elle est également sous-tendue par le désir d’avoir la caution du centre du pouvoir. Le FLN est un appareil servant surtout à apporter son soutien au Président qui a la possibilité de distribuer avantages et postes de responsabilité. Mais ce type de « partis » dépourvus d’une ligne idéologique claire pullulent dans des pays souffrant de sérieuses carences au niveau du jeu démocratique. Les cas de l’Egypte, de la Tunisie et de la Syrie (où le Baas fonctionne tout simplement comme un appareil policier, ayant rompu avec son discours originel),par exemple, sont patents. En Afrique Noire également, les choses ne sont pas différentes. Le Rassemblement démocratique africain (R.D.A) ou d’autres regroupements partisans ont disparu avec la disparition des chefs sans grande incidence sur le parcours normal du pays. D’ailleurs, les dirigeants de ces formations, essentiellement fondées sur des bases claniques et ethniques, s’étaient recyclés et réadaptés avec les nouveaux dirigeants. On ne peut comprendre le fonctionnement et le discours ambigu et ambivalent de ce type de «partis» si on n’interrogeait pas les conditions ayant présidé à la découverte de la structure partisane et son adoption par les élites de l’époque, vivant une sorte de fascination-répulsion et un extraordinaire déchirement marqué par la nécessité d’emprunter à l’Autre (l’Européen) ses structures et par la volonté de s’en libérer en s’accrochant à ses propres racines. Ce qui engendre des comportements et des attitudes syncrétiques paradoxales juxtaposant les formes et les structures de deux ensembles culturels tout à fait différents, obéissant à deux modes de pensées distincts, sinon antagoniques. La situation du FLN est plus complexe dans la mesure où il est né à la suite d’une profonde crise qui a secoué le mouvement national et cette organisation syncrétique arrivée à épuisement. Au lendemain de l’indépendance, cet appareil s’articulant autour d’un mensonge originel vidé de toute substance après la guéguerre opposant l’EMG (l’Etat Major Général) et le GPRA consacrant l’échec du congrès de Tripoli et la victoire des gens de l’extérieur, trop armés, allait favoriser la suprématie de l’armée et la marginalisation de l’appareil du FLN qui se voit déjà lors de son congrès de 1964 occuper tout simplement un simple strapontin. Certes, des rédacteurs ont rédigé une charte restée lettre morte. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, ni durant la période de Boumediene qui n’ jamais pris au sérieux l’appareil du FLN qui n’est guère arrivé à définir une ligne cohérente, trop marquée par les espaces clientélistes et claniques et le caractère foncièrement opportuniste de son discours et de ses pratiques. Les luttes des uns et des autres depuis l’indépendance suivant le défilé de ses «patrons» (Cherif Belkacem, Kaid Ahmed, Yahiaoui, Messaadia, Mehri, Benhamouda, Benflis et Belkhadem) ne mettaient nullement en avant les débats et les orientations idéologiques trop occultées dans le fonctionnement de cette structure partisane, prisonnière d’attitudes rurales et de comportements relevant le plus souvent de postures attentistes et archaïques. Le FLN d’aujourd’hui est renié par ses propres fondateurs encore en vie. Ait Ahmed et Ben Bella, et le défunt Boudiaf considéraient le FLN comme un "patrimoine commun à tout le peuple" et qu’il ne devrait pas être monopolisé par une partie trop restreinte d’Algériens. Cet appareil est voué à vivre des crises successives, pouvant mener à sa disparition pure et simple. Ainsi, cette structure syncrétique reste encore l’otage de schémas archaïques, malgré l’usage de quelques mots donnant l’impression d’une possibilité d’une transformation positive. Mais sa genèse, ses conditions de production et son processus de fonctionnement appuyant son caractère syncrétique, trait commun à tous les regroupements politiques algériens issus d’une sorte d’«hypothèque originelle», représentée par sa naissance, c’est-à-dire les années 20 qui ont permis l’adoption des formes partisanes de type européen. Déjà, L’Etoile Nord-Africaine, première organisation politique, née dans le sillage de l’adoption des formes de représentation européenne, au contact de la France et après la loi Jules Ferry qui a permis à certains autochtones de fréquenter l’école primaire et les syndicats européens, recourait à des pratiques tirées de la structure confrérique. Ce fut donc le cas de Hadj Ali Abdelkader et de Messali el Hadj qui furent à l’origine de la mise en place de cette structure, constituée au départ d’éléments généralement recrutés dans l’Ouest du pays. Certes, le parti qui allait prendre la même hiérarchisation que la SFIO (parti socialiste, section française de l’internationale ouvrière) semble correspondre aux mêmes schèmes que le parti français, mais était plutôt prisonnier des réalités algériennes en porte-à faux avec le système partisan européen. Ainsi, le parti va emprunter, certes, l’enveloppe externe, mais, souvent de manière inconsciente, le fonctionnement va reproduire la structure groupale «traditionnelle» qui s’impose essentiellement au niveau décisionnel et hiérarchique. Tout reposait sur le chef de la tribu qui arbitrait les conflits et qui n’avait pas les attributs d’un responsable de parti, mais d’un chef de zaouia ; ses décisions sont sans appel, incontestables. Ce n’est pas pour rien que toute tentative de briser cette structure est vouée à l’échec d’autant plus que cette composition syncrétique marque la société entière. Dans ce type de structure, la «tradition» orale occupe une place importante. Ainsi, le fameux CNRA de Tripoli (juin 1962), jamais clôturé à cause des conflits de personnes qui l’ont émaillé a montré les limites de la structure partisane en Algérie. Il ne reste que la plate-forme de Tripoli, texte en porte-à- faux avec la situation réelle du congrès, rédigé par Mostefa Lacheraf, Rédha Malek, Abdelmalek Temmam, Mohamed Seddik Benyahia et Mohamed Harbi. Le parti ou le hizb n’est jamais arrivé à s’imposer comme entité politique et idéologique. D’ailleurs, lors des travaux du CNRA de juin 1962 et ceux du congrès du FLN de 1964, même si on avait confectionné une plateforme et une charte d’Alger que trop peu de congressistes ont pris la peine de feuilleter. Le vrai pouvoir partisan n’est pas réellement issu de joutes électorales. D’ailleurs, souvent, le jeu électoral réel est absent des territoires partisans trop allergiques à tout comportement excluant la désignation unilatérale et le droit d’allégeance, attributs, par excellence de la zaouia et des chefs de tribus. Le parti-zaouia s’inscrit beaucoup plus dans une perspective utilitariste et immédiate évacuant toute dimension prospective. Son souci majeur, c’est de mettre en place une sorte d’équilibre consensuel, évitant de profondes secousses susceptibles de faire imploser un "parti" artificiellement soudé par les intérêts des uns et des autres et un minimum d’entente. Dans cette formation hétéroclite où plusieurs discours se rencontrent tout en s’excluant, l’expression orale reste le terrain privilégié de toutes les joutes et l’argent trop suspect constitue l’élément-clé de cette structure. L’espace syncrétique mettant en situation deux instances culturelles, l’une acquise (la forme de représentation occidentale) et l’autre, originelle («populaire») engendre ce type de comportements et met en branle une sorte de "viol" des attitudes dites «modernes». C’est finalement, le propre de tous les regroupements politiques algériens qui, comme le FLN, manquent d’une organisation, d’un discours et d’une culture de parti de type «moderne». Cette situation risque de perdurer dans un pays encore peu pressé à interroger sérieusement ses espaces institutionnels et à mettre en place une nouvelle structuration correspondant aux réalités nationales, c’est-à-dire épousant en même temps les contours des sociétés dites « modernes » et les lieux privilégiés de la culture autochtone. Chaque congrès du FLN cherchait à régler la question de la légitimité de son propre appareil risquant, à force d’être instrumenté par les uns et les autres en fonction d’intérêts apparemment différents, de s’éroder et de freiner toute possibilité de mutation et de changement démocratique. Certes, ce «parti» connaît régulièrement des coups d’état permanents, des replâtrages et des situations ubuesques.


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