DzActiviste.info Publié le jeu 30 Jan 2014

Le grand embarras de la gauche française !

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Quel chemin la France emprunterait-elle dans les 3 ans qui restent du quinquennat de François Hollande? Jusqu'ici, le locataire de l'Élysée n'en donne pas trop d'indices concluants, même si le 14 janvier dernier il a laissé échapper dans sa conférence de vœux à la presse quelques lignes d'une feuille de route pour le moins inédite dans l'agenda de la gauche française : le tournant social-démocrate ou le virage libéral.

Ce qui esquisse à gros traits un scénario de récession économique en perspective! A peine dévoilée, il se trouve pourtant que cette nouvelle stratégie ; dénommée en la circonstance "pacte de responsabilité" circule déjà dans la stratosphère politique hexagonale depuis le mois de décembre dernier. Calquée sur les modèles germanique, polonais et danois, elle est mise en route dès le 21 janvier. Elle consiste à supprimer 30 milliards de cotisations salariales d'ici 2017 en faveur du patronat et des entreprises afin de permettre à ceux-ci de relancer l'emploi et la machine économique à la peine. Un sensible allègement qui aurait mis du baume au cœur des premiers mais fait grincer des dents à certaines têtes de la gauche, lesquelles y ont perçu une remise en cause des idéaux socialistes, par essence, protecteurs de l'intérêt de la force du travail! Cependant, dès le lendemain, l'Allemagne d'Angela Merkel dont "la troisième voie" en matière économique, maillage du socialisme et du libéralisme, tracée par l'ex-chancelier Gerhard Shroder a déjà été balisée et suivie avec rigueur il y a quelques années en a pris acte et s'en est félicitée. La chancelière qui regrette fort l'ère d'un certain Nicolas Sarkozy porté sur le credo libéral trouve désormais en la personne de Hollande un allié de taille dans sa grande "famille social-démocrate" à visage libéral et, curieusement, Arnaud Montebourg, le chantre de la démondialisation dans le parti socialiste et l'actuel ministre du redressement productif espère, lui aussi, à la lumière de ce changement de cap à droite en récolter 2 millions d'emplois qui seront crées dans les 5 ans à venir, le patronat, lui, mise sur150 000 d'ici 2017, une vraie bataille de chiffres!

En fait, la courbe ascendante du chômage est devenue un larsen qui brouille la cadence du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, pour preuve, en 2013, plus de 5,7% de nouveaux chômeurs ont afflué sur le marché du travail et 10,5% de français sont touchés par le sous-emploi (chômage et précarité), l'éclaircie dans la grisaille hexagonale qu'a provoquée l'inversion de la courbe du chômage annoncée par le premier ministre J. M. Ayrault en mois d'octobre (environ 20 500 en moins) a vite été gommée par une hausse en décembre (0, 3%), (environ 10 200 de chômeurs en plus). La tendance actuelle marche vers une relative stabilisation et non plus l'inversion de ladite courbe. Mais qu'en est-il alors du pari de la croissance dont Hollande s'est fait l'inlassable héraut en 2012? Pour l'instant, force est de constater que l'approche "hollandaise" penche plutôt vers l'austérité qu'à toute autre chose et s'accorde en bien des points avec celle de son prédécesseur Sarkozy. Mais ce Hollande-là, ennemi juré de la finance a-t-il définitivement tourné la veste pour le monde de l'entreprise et du libéralisme en bradant l'héritage socialiste ou a-t-il agi de manière juste et efficace? Et puis, le slogan "le changement c'est maintenant" réclamé à cor et à cri par les socialistes serait-il un langage creux dans cette reconversion subite au dogme des libéraux? De toute évidence, le virage hollandais inquiète à gauche comme à droite, la première pour non-correspondance d'idéaux, la seconde, prise de court par la volte-face d'un président discret et mystérieux, assiste à la mise en œuvre de sa propre politique par le camp adverse! Tactique pour attirer l'électorat de droite à l'approche des échéances municipales de fin mars et les européennes de mai prochain ou passage obligé pour se sauver in extremis de ce cul-de-sac économique qui semble s'éterniser en fragilisant, par ricochet, toute la majorité de gauche au pouvoir? En effet, Hollande n'en livre pas tous les secrets mais des signes avant-coureurs d'incompatibilité de vision économique gênante entre le couple franco-germanique plaident plutôt pour la seconde hypothèse. C'est vrai que l'Allemagne, pionnière en matière d'efficacité économique et également en compétitivité a réalisé d'énormes prouesses grâce au modèle schrodrien mais n'en demeure pas moins qu'elle se soit donnée trop de la peine et des sacrifices pour y arriver au détriment des classes moyennes (plus de 100 milliards d'allègement de charges et de concessions accordées au patronat) que ceux que compte consentir Hollande dans sa feuille de route en cours! De plus, il semble que le locataire de l'Élysée tente de gagner une marge de manœuvre pour épargner un remaniement ministériel d'un gouvernement peu convaincant revendiqué de tous bords avant toute échéance électorale. Mais la grande question qui reste ouverte : les français seraient-ils prédisposés à subir les travers d'une politique économique peu dépensière et, sans doute, revenant à moyen et à long terme sur le principe de l'Etat-providence? Rien n'est moins sûr d'autant qu'en plus de ce revirement économique inattendu, le président français entend serrer encore les boulons aux secteurs étatiques et aux collectivités locales quant à la dépense publique (la ramener à environ 56,7% au lieu des 57,1% actuelles) afin de compenser cette baisse de charges qu'il a promise aux entreprises, jeu d'équilibriste qui n'augure rien d'une sinécure quand on sait les ondes de chocs auxquelles pourraient donner naissance en pareil cas des mesures d'austérité!

Pour mener à terme son plan, Hollande entend créer "le conseil stratégique de la dépense publique" (regroupé autour du premier ministre, des ministres du travail, du budget, de l'économie, des affaires sociales et des réformes d'État), organe qui sera chargé du contrôle, de l'évaluation des politiques publiques et de l'identification des potentielles économies dans chaque ministère. S'étant déjà impliqué dans cette dynamique au tout début de son mandat puisqu'il s'est mis à réduire de façon symbolique tant l'effectif que les dépenses de la présidence et des postes ministériels, Hollande semble être cohérent avec ses idées de base. D'ores et déjà, il compte reconquérir par cette nouvelle politique le secteur de la sécurité sociale qui, à l'en croire, connaît un record de consommation en raison de la multiplication des actes médicaux! Ainsi, de la période qui va de 2015 à 2017, au moins 50 milliards d'euros devraient être économisés (75 milliards d'euros sont fixés pour toute la période du quinquennat). Vœu pieux ou projet réel? Pour l'opposition, urgence est de s'atteler à des réformes structurelles et non à ces "grattages" sur des secteurs sensibles, pour "le président normal", l'économie dépensière rationalisée et rééquilibrée à laquelle s'est conformé jusque-là l'État, lequel représente le tiers de la dépense publique (34%) est là pour servir d'exemple. C'est en fait une dose d'austérité de plus à une croissance des plus stationnaires (les économistes s'attendent à une croissance de 0,6% à 0,9% en 2014, déjà presque nulle en 2013, ce qui serait insuffisant pour résorber l'hydre du chômage, au moins (1%) y est nécessaire et 1,5% pour créer de l'emploi, voir à ce sujet l'article de Patrick Roger, comment économiser 50 milliards, journal le Monde, 26-27 janvier 2014). En tout cas, Hollande a opté pour la plus moins mauvaise des solutions mais pas certainement la meilleure. Tandis que la classe politique le pousse à mettre des bouchées doubles, en baissant les impôts et en mettant de l'ordre dans la sécurité sociale, Hollande, lui, s'entête à pénaliser les riches! Mais à part cette mesure-phare de "pacte de responsabilité", y-aura-t-il une tout autre alternative, le président français répond par l'affirmative : revoir la carte géographique de la France et se mettre, séance tenante, à la réorganisation territoriale, passer de 22 régions à 15 permet une meilleure maîtrise administrative et une économie de dépenses. C'est l'un des points du rapport Balladur, déjà remis à Nicolas Sarkozy en 2009 et jeté, depuis, dans les tiroirs que Hollande a su bien dépoussiérer et lancer au-devant de l'actualité bien que celle-ci soit noyée de faits à la limite de l'insolite. De la quenelle d'un Dieudonné aussi trublion que protestataire et son bras de fer avec l'omnipotent et l'hypermédiatisé ministre de l'intérieur Manuel Valls aux rebondissements des "love-datings" Élyséens, révélés au grand jour par médias interposés et qui dépassent les embardées d'un Sarkozy "bling-bling" dans un contexte social très difficile où à titre d'exemple environ 1178 employés de la société Redoute furent menacés de licenciements, la France en rade ne cesse de s'abreuver à satiété aux sources d'une réalité peu reluisante, fade et remplie d'incohérences. Ce qui ne manquerait jamais de donner du fil à retordre aux socialistes!

Néanmoins, en plein milieu de la tourmente, Hollande est tout tranquille, zen, toujours souriant, hésitant et entreprenant à la fois, tel un anti-héros donquichottesque qui ne lâche pas bride mais qui ne fonce pas trop aussi. Un président qui est devenu, actualité oblige, "trop normal", avançant à petits pas dans l'orage d'une crise économique qui en dit long sur le malaise français de ces dernières années et dont l'épilogue n'est pas nécessairement pour demain. Que fera-t-il pour remonter une cagnotte fiscale déficitaire, dépêtrer l'Europe de l'impasse où elle s'est engouffrée, soulager une armée prise entre deux feux à Bangui, parer au choc des élections qui, de loin, hululent déjà le syndrome d'un cuisant échec pour la majorité? Et puis a-t-il des solutions-miracles de nature à redresser les torts causés par une conjoncture économique peu amène? Et la gauche se laissera-t-elle emporter dans le flot du libéralisme et s'attirer les foudres de masses de plus en plus lésées par les affres d'une crise sans nom? Une chose est sûre en fin de compte : François Hollande a vraiment du pain sur la planche…

Par Kamal Guerroua, Le Quotidien d'Oran


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