DzActiviste.info Publié le ven 24 Mai 2013

"Le martyre des moines de Tibhirine" n’a pas tenu ses tonitruantes promesses.

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Le film tant attendu, annoncé à grands frais, en manchette de Une de « Marianne », où on nous promettait que le documentaire allait nous apporter des preuves irréfutables que le carnage des moines avait bien été perpétré par le GIA, a fait pschitt.

Le documentaire est finalement passé à 23h00, après le film « Des hommes et des dieux ».
France 3 a donc pris le soin de le diffuser à une heure assez improbable, et a décidé de ne pas le faire suivre de débats. Ce qui aurait dû s’imposer, puisque ce reportage prend le contresens de ce que de nombreux témoins et observateurs affirment sans nuance, que l’enlèvement des moines a bel et bien été orchestré par des généraux du DRS, et que leur assassinat est survenu à la suite d’une mauvaise coordination entre les vrais organisateurs et leurs exécutants islamistes.

Nous avons attendu les preuves irréfutables jusqu’à la dernière image. Elles n’ont pas été au rendez-vous. A moins que le réalisateur et son « Marianne », ne pensaient que celles-ci résidaient dans les témoignages d’anciens membres du GIA, dont presque personne n’ignore en  Algérie qu’ils sont des agents appointés. A aucun moment, le réalisateur n’a cru rappeler que le GIA est la création du DRS, qu’il existe de nombreuses preuves qui étayent cette désormais évidence.

Le reportage traite certains sujets de façon tellement détachée, et si peu documentée, qu’il semble avoir ciblé un public qui ne connait ni l’Algérie, ni son régime, ni la terrifiante tragédie qui s’est abattue sur ce pays. L’orientation y est tellement criante qu’on aurait pu penser, si « Marianne » n’avait pas revendiqué la paternité de ce film, qu’il est commandité. Encore que l’un n’empêche pas l’autre.

Le réalisateur traite du rapt du couple Thevenot, en l’imputant exclusivement au GIA, alors que c’est aujourd’hui un secret de polichinelle, en Algérie et en France, que c’est bien le DRS qui l’avait fait exécuter par ses islamistes de service. La surprise fut telle, après la libération du couple de diplomates, lorsqu’on découvrit de qui ils étaient les otages, qu’ils furent affectés par le Quai d’Orsay aux antipodes de la France, aux îles Fidji, avec consigne très stricte de ne faire aucune déclaration sur les circonstances de leur enlèvement (Lien). L’affaire a été étouffée par l’Etat français. On ne voulait pas que le scandale remonte aux plus grands dignitaires du DRS. Des journalistes français de haute tenue, comme Jean-Baptiste Rivoire, nous ont apporté un éclairage très intéressant sur cette sombre affaire. Mais nous savons comment ce qui ne va pas dans le sens de certains cercles est étouffé dans l’œuf (Lien)

De la même manière, le réalisateur n’a pas craint de compromettre la vraisemblance de ce qu’il a cherché à nous fourrer, puisque il a réussi l’exploit d’interviewer Hassan Hattab, ex émir du GIA, et Chef du GSPC, qu’il avait infiltré, et dont il avait réussi a prendre la tête, à la demande de ses vrais patrons.

Hassan Hattab, tout le monde le sait, est l’invité très spécial du DRS. Condamné par contumace à plusieurs reprises, et convoqué, en vain, par la justice algérienne, cet homme n’est accessible que sur autorisation du DRS, qui a inventé une nouvelle disposition sécuritaire que pour ce très encombrant invité : « La mise en  résidence protégée ».
Il vit, avec sa famille, dans un lieu secret, et y jouirait d’un statut de haute personnalité. Aucun magistrat n’a été admis à l’auditionner. Mais le DRS l’a utilisé à plusieurs reprises, en lui aménageant des rencontres avec certains journalistes. Et à chaque fois, quel que soit l’objet de l’entrevue, Hassan Hattab s’est fait le VRP enthousiaste du régime algérien, qu’il a lavé, à chaque fois, des crimes qui lui sont reprochés.
Hassan Hattab ne fait jamais de nuances. Du haut de sa réputation d’ancien émir djihadiste, il affirme mordicus que ce sont bien les GIA qui ont pris l’initiative des carnages qu’ils ont commis. Aucun journaliste n’a pensé à lui demander pourquoi le DRS l’a mis sous sa protection, pourquoi il n’a pas été livré à la justice, et pourquoi il n’est présenté qu’à des journalistes orientés. Ce serait contre-productif pour ceux qui arrangent ses rendez-vous.

Ce documentaire, annoncé comme l’enquête qui allait clore définitivement  le dossier des moines, et dont les preuves irréfutables qu’il disait produire allait laver définitivement le régime algérien de ce crime collectif, aura surtout brillé par son effet d’annonce. Comme un titre à la une, d’un article qui ne tient pas ses promesses.
Il viendra s’ajouter à la longue liste des publi-reportages qui ont été commandités par le régime algérien.

Malik Aoudia, le réalisateur, avait lui-même joué un rôle de première importance, pendant la décennie rouge. Il avait déjà réalisé, avec la même partenaire, un reportage particulièrement intentionné, sur la tragédie algérienne.
Membre très actif de la minorité éradicatrice, qui affirmait qu’on ne fait pas la guerre avec des gants blancs, il s’était révélé un soutien très actif du régime algérien, et plus particulièrement de ce DRS qui avait la haute-main sur le terrorisme pédagogique, une opération d’envergure de retournement des populations et de l’opinion publique internationale contre les islamistes, qui consistait a faire perpétrer des carnages contre les populations civiles, et des assassinats ciblés contre des étrangers et des intellectuels. Ce réalisateur passait pour être très efficace dans le milieu de la communication, au point où même Bouteflika le sollicita. (Lien)

C’est ainsi. Il y a de tout dans le journalisme. Fort heureusement, il y a aussi des Jean-Baptiste Rivoire.

Les moines de Tibhirine ne méritaient pas un tel film. De servir de bien commodes victimes, pour tenter d’absoudre les véritables commanditaires de leur assassinat. Leur sacrifice n’en sera pas moins noble.
Ils continueront, hélas, ainsi que les dizaines de milliers d’autres victimes, de subir cette ignoble injustice qui consiste à faire de leurs assassins des héros et un rempart contre la barbarie intégriste.
Les moines de Tibhirine sont toujours dans nos cœurs.
Je plains leurs familles, et je compatis à leur douleur.
Le jour viendra où la vérité éclatera !

DB


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