DzActiviste.info Publié le mer 28 Nov 2012

Le Monde fr : L’Algérie mise sur le gaz de schiste

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Article paru dans l’édition du 25.11.12
Alger évoque des réserves de 17 000 milliards de mètres cubes et balaie les arguments écologistes
e cap pour l’exploitation des gaz de schiste est pris en Algérie. Le gouvernement y voit une manne, alors que le pays consomme de plus en plus d’hydrocarbures et que ces derniers représentent une forte part de ses recettes fiscales.La production du gaz conventionnel suffira tout juste, dans une dizaine d’années, à la consommation intérieure. Les dernières découvertes, en gaz comme en pétrole, sont insuffisantes. Et la perte d’intérêt des investisseurs étrangers pour le secteur en raison d’une fiscalité jugée dissuasive accentue la tendance au déclin.

La nouvelle loi sur les hydrocarbures, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale algérienne vise, par une révision de la fiscalité, à rendre plus attractif le secteur pétro-gazier conventionnel. Elle a surtout pour objectif de favoriser l’exploitation du gaz de schiste. A partir d’études partielles, le gouvernement évoque des réserves de près de 17 000 milliards de m3, soit quatre fois les réserves actuelles en gaz conventionnel. Ahmed Mecheraoui, un conseiller du ministre algérien de l’énergie, Youcef Yousfi, a assuré que les « garde-fous nécessaires » seront mis en place.

Des « actions citoyennes »

Lors d’une conférence organisée, le 3 novembre, par un Collectif national pour les libertés citoyennes, le géologue Kacem Moussa a dénoncé l’option en faveur du gaz de schiste, faisant valoir que le domaine minier algérien était encore peu exploré. Dans un pays qui manque d’eau, a-t-il ajouté, la fracturation hydraulique qui nécessite au moins 20 000 m3 par puits est une aberration. « Au lieu de laisser les entreprises étrangères investir dans l’exploitation des gaz de schiste, il est préférable d’utiliser les quantités d’eau pour la production agricole. Le pays pourrait faire travailler des milliers de jeunes et diminuer sa dépendance vis-à-vis des pays d’où il importe les denrées alimentaires, entre autres le blé. »

La plupart des opposants au gaz de schiste se réfèrent à l’interdiction de la fracturation hydraulique dans nombre de pays européens, dont la France, et critiquent la « précipitation » du gouvernement à faire un choix qui va entraver le développement des énergies vertes. Des « actions citoyennes » contre le gaz de schiste sont envisagées mais hormis quelques réactions sur les réseaux sociaux, les opposants peinent à faire entendre leur voix.

A l’opposé, plusieurs anciens dirigeants de l’entreprise publique Sonatrach, comme Abdelmadjid Attar ou Nordine Aït Laoussine, défendent l’option du gaz de schiste. « Dans vingt ans, l’Algérie produira deux fois moins de gaz conventionnel qu’aujourd’hui alors que la consommation interne augmente », estime M. Attar. « Si ces gaz de schiste existent, il y a un choix à faire qui est en mesure d’assurer l’indépendance énergétique de l’Algérie dans trente ans. » Et de balayer l’argument écologique : « L’exploitation des hydrocarbures conventionnels induit exactement les mêmes risques environnementaux que pour les hydrocarbures non conventionnels. »

Le 4 novembre, au lendemain de la rencontre des opposants, Alger a organisé une conférence baptisée – « Assurer l’avenir énergétique florissant de l’Algérie » – sur les opportunités d’investissement dans le secteur de l’énergie. De grands groupes – Halliburton, GDF Suez, Total, Schlumberger, BP, Repsol – étaient présents. Le sujet du gaz de schiste y tenait la vedette.

Amir Akef


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