DzActiviste.info Publié le jeu 23 Jan 2014

Le M’zab, la vallée des sages

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Ce serait un euphémisme que de dire que les habitants du M’zab sont assis sur un volcan. L’ampleur des frustrations se mesure chez les habitants de cette riche vallée, délaissés du système, mais aussi dans certaines classes aisées qui se sentent menacées par les nombreuses incertitudes qui planent sur leur vie sociale. On nous répète que le seul qui puisse désamorcer cette bombe reste le président de la République. Au-delà de la responsabilité historique qui incombe au locataire d’El-Mouradia, il y a le rôle de tout un chacun dans la recherche de la solution pour la sauvegarde de la paix dans cette vallée. Les discours va-t-en-guerre que l’on entend de part et d’autre ne font qu’augmenter la tension. Ils contribuent à semer les graines d’une situation qui ne profitera à personne, si toutefois on arriverait à une éruption de la violence. Il est donc souhaitable de se ressaisir et d’attendre calmement et sereinement les décisions des sages chargés d’examiner la contestation.
Il ne s’agit pas de l’avenir d’un homme, mais du destin de tout un peuple. Dire que le droit devient ici non seulement un devoir, mais un impératif moral. La vallée du M’zab est à la croisée des chemins. L’Algérie entière a les yeux rivés sur Ghardaïa, comme ce fut aussi le cas déjà, quand tout le monde promettait le paradis aux Mozabites. Maintenant aussi, les Mozabites se sont encore une fois réveillés dans une situation difficile. Le paradis aurait été possible, si les citoyens, juges et surtout acteurs politiques avaient joué pleinement leurs rôles. Mais, il faut croire en la société du M’zab et en sa capacité à se retrouver autour de l’essentiel. Même divisée par la haine et les jalousies, elle peut avoir la bonne attitude dans la recherche d’une solution aux problèmes. Les responsables politiques chargés de les délivrer des craintes doivent comprendre que c’est ici et maintenant que se joue le destin de la vallée du M’zab. Rater ce virage équivaudrait à sérieusement hypothéquer l’avenir des générations futures. La nature et la valeur des arguments devront ou pourront l’emporter sur toute velléité à semer le trouble dans le pays. À ce stade des débats, il faut surtout se garder de se réfugier derrière les tendances partisanes et subjectives pour ne pouvoir juger que par la force des arguments qui seront fournis. Les arguments de force que l’on distille dans les camps rivaux ne sont que pour rendre encore la situation plus compliquée. On comprend certes la pression politicienne, mais il est crucial de ne pas trop tirer sur la corde jusqu’à mettre ce pays dans une situation ingérable. Les mots ci-dessous sont ceux du vieux Bakkir, sage parmi les sages de Ghardaïa. Ils expriment l’incertitude, la peur et l’angoisse que vit maintenant la belle vallée du M’zab.
“Il y a quelques petites choses sur la terre, sages entre les sages, qui nous sont dites dans le livre des proverbes : n’est pas dit sage, ce qui est dans un monde où il y a tant d’insensés, mais le sage entre les sages vaut la peine d’être connu.” La première catégorie de la sagesse est mentionnée dans les fourmis. Elles sont petites en effet. Avoir conscience de notre petitesse est la première condition pour devenir sage. L’humilité nous convient en présence de celui qui est grand, si revêtu de majesté et de magnificence, dont la grandeur est insondable, qui surprend les sages dans leurs ruses et qui donne la grâce aux humbles ! Prenons notre place devant lui et reconnaissons, sans fraude, ce que nous sommes. Tellement petits. L’homme orgueilleux n’a d’égale que sa vanité ? “Les fils du commun ne sont que vanité, et ceux des grands ne sont que mensonge : placés dans la balance, ils pèsent ensemble plus légers que la vanité.” Alors abaissons-nous à notre niveau devant Dieu Puissant qui nous montre où est la sagesse : chose plus désirable que les rubis, aucune des choses auxquelles nous prenons plaisir ne l’égale : la longueur de jour est dans sa droite, et à sa gauche, richesse et honneur. Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent et qui la tiennent fermement. Les fourmis sont un peuple sans puissance. Il faut être fort pour vaincre, il faut vouloir, allez-vous dire. Les Mozabites sont des sages sans puissance. Il n’est pas de la sagesse de vouloir lutter contre un plus fort que soi. Car il est important de connaître sa faiblesse, comme il est important d’avoir conscience de sa petitesse, car là est le secret de la force. “Quand on se sait faibles, alors ont est forts.” “Je me glorifie dans mes infirmités, afin que la puissance de Dieu demeure sur moi.”
S’il y a une leçon difficile entre toutes à apprendre, c’est que nous sommes des êtres “sans force”. Ceux qui ont conscience de leur entière incapacité cherchent leur force dans un Prophète puissant qui a triomphé de la puissance de satan et des incrédules. Alors ceux qui gémissent sous l’esclavage du péché doivent prendre les bonnes résolutions et considérer les fourmis, pour devenir sages ! Les fourmis préparent en été leurs vivres. “Va vers la fourmi, paresseux ; regarde ses voies et sois sage. Les fourmis n’ont ni chef, ni surveillant, ni gouverneur, elles préparent en été leur pain, elles amassent pendant la moisson la nourriture.” Rien ne les pousse au travail, ni chef, ni surveillant, ni gouverneur, rien ne les oblige, si ce n’est le sentiment qu’il y a un temps dans lequel elles peuvent amasser ce qui les fera vivre quand viendront les mauvais jours. De même pour nous, depuis toujours nous recueillons les richesses éternelles et les biens des cieux, d’où les voleurs n’approchent pas et où la teigne ne détruit pas. Quelle folie de ne penser qu’au temps présent, quand toute l’éternité est en jeu ! Quelle diligence chez les fourmis et quelle activité dans une fourmilière ! L’hiver vient, si elles ne se hâtent pas, elles auront faim. Quand le temps de la moisson est passé, on ne trouve rien. Quel enseignement pour nous qui avons des ennemis nombreux contre lesquels nous sommes sans puissance ?
Que Dieu veuille nous accorder à tous de connaître la sagesse qui consiste à nous occuper de l’avenir, tandis qu’il en est temps, comme les fourmis, de nous mettre à l’abri. Sidna Moussa disait : “Seigneur, tu as été notre demeure de génération en génération à nous laisser conduire par ton esprit en toutes choses en attendant d’être introduits au Paradis. Fléchissons nos genoux devant Dieu et prions”, disait mon ami Bakkir, le sage à Beni Isguen.

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