DzActiviste.info Publié le mar 29 Oct 2013

Le pétrole de schiste est là, les transitions économique et énergétique attendront

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Mehdi El Amine, Maghreb Emergent, 27 octobre 2013

algerie-explorations-pilotes-de-gaz-de-schiste-debut-2012-nordine-cherouatiLe ministre de l’Energie et des mines vient d’annoncer une importante découverte d’hydrocarbures liquides non-conventionnelles par Sonatrach, dans la région de Ouargla. Le développement de ce nouveau gisement nécessitera l’utilisation de la fracturation hydraulique, une technique contestée pour ses effets dévastateurs sur l’environnement et les nappes phréatiques.

Youcef Yousfi n’a pas prononcé le mot « schiste », lors de sa visite dans la région de Hassi Toumiet, située dans le bassin d’Amguid Messaoud où Sonatrach a réalisé une méga-découverte, dont le potentiel d’hydrocarbures a été estimé à 1,3 milliards de barils. Une découverte qualifiée de « l’une des plus importantes de ces 20 dernières années ». Mais la compagnie pétrolière publique devra utiliser des techniques non-conventionnelles, c’est-à-dire le forage hydraulique, pour espérer récupérer 50% des réserves de pétrole prouvées, contre 10 à 15% dans le cas de l’utilisation de techniques conventionnelles. Les surcouts induits par la fracturation hydraulique seront, pour leur part, de l’ordre de 10% des dépenses globales du projet, selon M. Said Sahnoun, vice-président Amont de Sontrach, qui s’est abstenu d’avancer leur montant.

Rassurer l’opinion
A l’exception des échanges d’opinion et avis d’experts par tribunes de presse ou réseaux sociaux interposés, la décision des autorités de passer vers le cap de l’exploitation des hydrocarbures de schiste n’a pas fait l’objet d’un débat public. A l’image de la plupart des décisions à caractère économique et stratégique prises auparavant par le gouvernement. Pour les autorités, ces annonces ont pour objectif de « rassurer » l’opinion sur l’existence encore de réserves importantes d’hydrocarbures en Algérie. Des réserves qui continueront à financer les investissements publics et les transferts sociaux, au moment où des informations de plus en plus alarmistes pointen le déclin pétro-gazier.

Pour le professeur Chemsedine Chitour, la décision des autorités de recourir au gaz et au pétrole de schiste « est un mauvais signal ». « Cela veut dire que nous disons à la population algérienne de dormir, au lieu de leur dire de travailler et de consommer moins d’énergie dont nous gaspillions près de 25%. C’est l’équivalent de 10 milliards de dollars qui partent en fumée », a-t-il estimé dans une récente déclaration à Maghreb Emergent.

Mauvaise nouvelle pour les écolos…
Pour les défenseurs algériens de l’environnement, l’annonce faite par Youcef Yousfi est une mauvaise nouvelle. « C’est une aberration », estime Hamid Belkessam, spécialiste des questions environnementales et fervent défenseur des énergies renouvelables. « L’utilisation de la fracturation hydraulique est un danger pour la nappe Albienne qui est composée d’eau fossile qui, une fois contaminée n’est pas renouvelable », explique-t-il. Outre les importantes quantités d’eau nécessaires à l’exploitation – 10 à 20.000 m3 pour chaque puits de production – l’utilisation des dizaines de produits chimiques est une bombe à retardement pour l’environnement. Les risque de fuites à travers les tubes d’injections sont très importants et pourraient contaminer à jamais les eaux souterraines, une ressource de plus en plus rare.

…et pour les partisans de la transition économique

L’exploitation des hydrocarbures schisteux peut aussi être interprétée comme un signe de plus, de l’absence de volonté politique, d’entamer en urgence la transition vers un autre modèle de croissance économique complètement déconnectée de la rente pétrolière. Dans sa déclaration publique à la dernière tripartite, le think-tank NABNI (Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées) a plaidé avec force pour un « pacte national devant aboutir à des mesures contraignantes sur les dépenses publiques et l’utilisation de la rente ». Des mesures aussi « audacieuses » que la décision prise en 1971 par le défunt président Houari Boumediene, de nationaliser les hydrocarbures.


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