DzActiviste.info Publié le sam 15 Sep 2012

Le phénomène FIS en Algérie

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Mohamed J. 14/9/2012
In http://lequotidienalgerie.org/

Quand on parle du FIS on fait bien référence, implicitement, à plusieurs choses et notamment :

1- On fait référence à la politique puisqu’il s’agit d’un parti politique.

2- On fait référence à la religion, puisque ce parti prônait l’application de la charia islamique.

3- On fait référence à la violence subie par le peuple algérien, puisque ce parti est considéré par l’ensemble du peuple algérien et en dehors, soit comme victime soit comme auteur des violences qui ont eu lieu en Algérie, selon la position qui est adoptée à tort ou à raison, par les uns et les autres.

4- On fait référence à une culture d’importation, puisque ce parti est à l’origine de l’émergence, voulue ou non par lui, de pratiques étrangères à notre société que notre pays n’a jamais connues, que ce soit en matière vestimentaire ou de comportements.

La politique du FIS n’était pas claire.

1- Sur le plan juridique, je sais seulement qu’il faisait référence à l’Islam en tant que source de la législation mais la formalisation de cette législation, point essentiel de l’exercice du pouvoir, n’a jamais été abordée par ses leaders dans le détail.

Or, quelles que soient les règles, il faut les formaliser, au moins du point de vue de l’interprétation, pour pouvoir les appliquer. Si elles ne sont pas formalisées et que chaque juge ou Wali, chef de daira ou maire les applique après les avoir interprétées à sa façon, nous aurions plusieurs États dans l’État du fait que la législation ne serait pas unifiée.

C’est facile de dire que le Coran et la Sunna constituent nos règles de vie. Mais comment les appliquer, spécialement dans les conflits, cela reste du ressort du pouvoir central de l’État et personne de sensé ne pourrait dire le contraire.

D’autre part, ceux qui sont responsables de l’application de ces règles, en cas de manquement par exemple, ce ne sont pas les individus, comme les abus que des gens du FIS ont commis à l’égard de certaines personnes, mais la responsabilité de les appliquer est dévolue à l’État et à la communauté lorsqu’elle agit globalement en cas de carence du pouvoir central.

Peu d’indicateurs ont filtré sur la manière technique de gérer les organes du pouvoir une fois celui ci conquis, bien que la masse d’informations diffusée pèle mèle par ce parti, fût énorme.

2- Sur le plan économique, aucune théorie n’a été élaborée pour nous dire comment se feraient les choses quels sont les secteurs qui seraient promus, ceux qui seraient marginalisés, s’il y aura aide de l’État à certains secteurs, lesquels, comment l’aide de l’État sera allouée…

Il y cependant que le mouvement associatif et caritatif du FIS a été très performant, mais est ce cela l’économie ?

Le FIS, lorsqu’il était détenteur des APC, a éliminé les banques de la course d’emblée en les excluant en tant que personnes juridiques et en leur refusant tout droit au niveau des APC, au motif de « riba » (usure), mais sans donner de contrepartie et alors même que la législation n’était pas encore de son ressort. Voie de fait diront certains, attachés à l’application du droit. Haram (interdit religieux) diront d’autres et donc les maires avaient raison de faire valoir la loi divine sur le droit positif.

C’est pourquoi certains se sont crus autorisés à parler de populisme du FIS.

3- Sur le plan social la tenue vestimentaire et les comportements en voulant s’inspirer d’un passé lointain et révolu se sont plutôt inspirés des pays moyen orientaux et notre culture à dû s’adapter à ces pratiques. A la place de la « 3abaya » ancestrale nous trouvons le « kamis » et à la place du « haik » nous trouvons « le hidjab », deux emblèmes de la « modernisation » de la société dans « le conservatisme ». Déracinement pour déracinement, certains préfèrent la minijupe et de toute façon ce n’est pas l’habit qui fait le moine.

4- Le FIS est arrivé à une dangereuse pente qui est (toujours d’actualité) de diviser la société algérienne en deux, tant du point de vue de ses adeptes que du point de vue de ses contradicteurs, une fitna manifeste.

Deux sociétés se sont affirmées, alors qu’en principe nous n’avons qu’une seule société, laquelle ne remet pas en cause l’Islam dans sa globalité, mais dans les deux cas, certaines pratiques de l’Islam, l’une dite ouverte et l’autre dite archaïque. Qui a tort, qui a raison, c’est à Dieu seul qu’appartient ce jugement que certains éléments du FIS se sont arrogé le droit de porter sur leurs coreligionnaires.

La liste peut être enrichie, mais ce que je retiens, c’est que le FIS n’a pas agi en tant que parti politique, mais plutôt comme une soupape de sécurité contre un système que le peuple algérien voulait changer coûte que coûte en s’accrochant à n’importe quoi.

S’il avait agi en tant que parti politique, il aurait compris que la société ne le suivait que parce qu’elle n’avait pas d’autre alternative et aurait tempéré sa volonté de main mise totale qui a abouti à la confrontation avec ce système qui a eu ainsi l’occasion de pouvoir perdurer au moment ou il était aisé de s’en débarrasser définitivement et d’accomplir une révolution des mœurs et des pratiques.

Résultats de cette expérience.

Maintenant, après cette expérience dramatique, le peuple à peur qu’une tentative de changement lui coûte encore plus que la situation qu’il vit et il reste de ce fait dans l’expectative. Nous sommes dans une situation de blocage total.

Pourtant, notre malheureuse expérience a été salutaire à d’autres. Que ce soit en Égypte ou en Tunisie, les islamistes ont mis « de l’eau dans leur l’ben » et ont tempéré leurs revendications en tirant profit des conclusions de l’expérience islamique algérienne.

Si l’islam dit politique réussit si bien à investir le terrain dans les pays musulmans, c’est d’abord que ces pays sont bien sûr musulmans diraient certains, bien que ce ne soit pas nécessairement lié, mais c’est surtout que l’éducation politique dans nos pays n’a pas atteint le niveau ou les gens savent faire des différences entre les programmes des différents partis, ces derniers constituent une nouveauté dans le paysage politique arabe ou plutôt arabisé,

Si une conclusion peut être émise.

L’assise du FIS dans la société semble toujours fortement présente malgré tout. En tant que composante de la société elle a le droit de se mesurer avec les autres composantes politiques à travers les urnes. Elle devra garder à l’esprit qu’il s’agit d’un contrat auquel doivent souscrire les différentes tendances pour ramener l’apaisement, garant d’un développement de la société et devra s’interdire de remettre en cause ce contrat en acceptant l’alternance au pouvoir au cas ou le peuple le décide et devra admettre la souveraineté de ce peuple sur son territoire.

Mohamed J. 14/9/2012
In http://lequotidienalgerie.org/


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