DzActiviste.info Publié le jeu 15 Août 2013

Le pouvoir militaire dans le monde arabe

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Egypte généraux putschistesA. Rachid

 

« La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent ; en sorte que si ces derniers deviennent à leur tour les plus forts, et qu’ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors : c’est la loi du plus fort ».
Diderot, Encyclopédie, Autorité politique

« Le pire de tous les despotismes, c’est le gouvernement militaire ».

Maximilien Robespierre

 

« Un empire fondé sur les armes a besoin de se soutenir par les armes ».

 Montesquieu

 

L’utilisation de la force, était la seul variante retenue contre les manifestants pro Morsi .Elle ne faisait pas de doute et était déjà pressentie par la plupart des observateurs. Pourrait-il en être autrement de la part des militaires ? L’assaut est finalement donné contre les manifestants. Le bilan est trop lourd. Déjà, des centaines de morts (femmes, enfants y compris) et des milliers de blessés, aux premières heures de l’intervention.

La vie des personnes, aux yeux des gouvernants arabes, n’a apparemment pas beaucoup de valeur. Les pays de la démocratie et de la liberté  regardent et cautionnent tacitement. N’y a-t-il pas un respect des droits de l’homme dans les pays arabes vassaux ? Pourquoi  ce black-out sur ce qui se passe au Caire de la part des media occidentaux si prompts d’habitude à réagir ?  Ou sont les organisations des droits de l’homme dans le monde? Apparemment, un distinguo est fait entre droits de l’homme dans les pays arabes et ceux  du reste du monde.

Que ceux qui jubilent se détrompent, ils n’en mesurent pas encore les conséquences du pareil acte. Cette dispersion sanglante, n’est ni plus ni moins qu’une manière d’écraser toute voix opposée au coup d’état  militaire et a l’ancien système .Elle prélude sinon un embrasement du moins une instabilité politique qui perdurera et n’arrangera en réalité que ceux qui tirent les ficelles : les caciques de l’ancien système. Une lancinante question : la boite de Pandore étant est ouverte ; quel avenir maintenant pour ce grand pays arabe ?

 

Les évènements qui sont en train de se passer en Egypte démontrent une fois de plus que le monde arabe est malade de ses militaires, et a encore un long chemin à faire pour s’affranchir de leur pouvoir qui constitue un vrai obstacle à son émancipation et à l’édification d’un vrai état de droit et durable.

Si à un moment donné, l’histoire a fait jouer aux militaires un rôle révolutionnaire et « émancipateur » dans certains pays arabes, ce n’est plus le cas aujourd’hui ! La plupart se muèrent en dictateurs. Le pouvoir les a dévoyés !

 

En destituant le président  Morsi, les militaires égyptiens ont enlevé leurs masques et se sont révélés sous leur vrai visage : ils sont les seuls maitres à bord dans le pays. Les partis politiques civils (comme dans presque tous les pays arabes d’ailleurs) ne disposant pratiquement d’aucun pouvoir, demeurent un simple fardage. Ils jouent un rôle  qui leur est fixé d’avance.

La tradition est ainsi respectée : le pouvoir restera aux mains des militaires comme c’est le cas depuis 1952.L’honneur est sauf !

Par cet acte, l’armée met un terme au bref « interlude » démocratique. Elle  discrédite et renvoie aux calendes grecques, (et ce malgré le soutien  d’une frange de la classe politique), tout futur processus démocratique. En fait c’est le but recherché pour maintenir le statu quo en décrétant l’état urgence.

Elle a pris  le risque d’une fracture au sein de la population (si ce n’est déjà fait); et d’une aventure insensée.

En fait, quoi qu’on en dise, le point nodal reste bien entendu, le respect de la légitimité démocratique du Président déchu indépendamment des opinions des uns et des autres. Rien ne peut justifier, en vérité, cette action.

Même si les frères musulmans inspirent toujours une peur (même justifiée) ou ne sont pas l’exemple par excellence dans la gestion du pays et le respect des libertés et des droits de l’homme ! Ce sont les règles de la démocratie !!! Quels que soient les motifs et justificatifs avancés(le vrai but restant bien sur inavoué), le putsch n’est pas et ne sera jamais la solution. Il reste inacceptable et  dénonçable !Il

 

La force  et la répression n’ont jamais enfanté une démocratie. Mais des révolutions !

Les militaires, en interrompant par la violence cette expérience démocratique, font peser de grands dangers sur la paix civile. Cela entrainera l’Egypte vers un avenir plus qu’incertain, et opposera les deux protagonistes dans une confrontation fratricide qui sera catastrophique.

 

Les « démocrates arabes » doivent se libérer de leurs « carcans psychologiques » et se rendre à l’évidence que la seule façon de vaincre l’islamisme politique, c’est de fixer d’abord les règles républicaines, et résister en l’affrontant sur tous les terrains (politique, sociale etc.), pour les imposer. On n’accède pas à la démocratie dans une « couveuse » ou sous le parapluie de l’armée.

Cela s’est avéré, dans la majorité des expériences, totalement contreproductif, de tomber dans les bras des militaires à chaque défaite électorale, en sollicitant leur protection et le recours à la force!!!

Car une fois la « stabilité » revenue, et prétextant la  « chronicité du terrorisme  », ils seront omniprésents et ne lâcheront plus le pouvoir ; sous une « tenue » ou une autre (retraités). Et seuls les vrais militants pour la démocratie et des droits de l’homme en pâtiront et  seront laminés !

 

Ils ne doivent en plus pas perdre de vue que plus tard, le prix à payer pour ce « secours » sera très lourd. Un choix qui devrait être bien médité !

Il est admis que le terreau de prédilection de l’islamisme politique, n’est autre que le pouvoir militaire.

En plus, ce dernier se révèle  parfois aussi inquisiteur et liberticide que les extrémistes religieux mêmes !!

Rien ne pourra donc remplacer l’engagement, le sacrifice et la lutte sur le terrain. Mais le  chemin sera long et parsemé d’embuches.

On n’est pas démocrate que lorsqu’on remporte les élections !!

Les partis démocrates doivent faire leur choix : assumer pleinement leur responsabilité historique ou péricliter et disparaitre.

Ils finiront dans la poubelle de l’histoire ,s’ils persisteraient  à vouloir parvenir à leur but, sans sacrifice et en un rien de temps ; en calquant tout simplement des modèles « importés » sans tenir compte de la particularité de leurs propres milieux ; alors que les extrémistes religieux au contraire, plus pragmatiques et ayant les pays sur terre , puisent  leur force de la réalité du terrain ,du vécu et de leur engagement sans faille   ,en exploitant aussi, toute situation à leur profit .

La majorité des partis politiques arabes ont ce réflexe d’encenser les militaires, en croyant (naïvement ?) qu’ils constituent un rempart protecteur contre le terrorisme religieux! Que nenni ! L’histoire est là pour nous prouver que ce n’est qu’un miroir aux alouettes !

La démocratie ne pourra être instaurée que par la société civile elle-même.

Certains vont toujours rétorquer que le peuple n’est pas mûr, ne sait pas choisir .Mais ça, c’est la sempiternelle rengaine des défenseurs des  régimes dictatoriaux « canonisés »pour pérenniser le pouvoir en place.

Dans ce cas, il faut être honnête : avoir le courage de le clamer tout haut et d’assumer le choix pour un pouvoir militaire .Un point c’est tout !

Les militaires n’ont ni le monopole de la patrie, et ne sont à fortiori pas les messies du nationalisme .Pas plus que le citoyen lambda.

 

Pour la manipulation des masses et la désinformation, le pouvoir militaire égyptien est passé à la phase d’attaque en utilisant des méthodes dignes de « Big Brother »en brouillant les fréquence des chaines qui diffusent les manifestations des pro-Morsi,et en s’adonnant à une propagande  insidieuse savamment orchestrée .Comme ça il n’y aura qu’un seul son de cloche et pas de témoins aux dépassements surtout . Circulez, il n’y a rien à voir !Laissez-nous nettoyer les places « salies » !

Il a déjà sonné le hallali , tout le monde doit le soutenir de gré ou de force et le suivre à pas cadencé au risque de se trouver catalogué comme « terroriste ». Tout avis contraire est banni au nom de « Misr la grande ».Les médias  aux ordres s’adonnent à la calomnie, le mensonge et la vindicte. Tout avis contraire à la ligne tracé, est vu comme une trahison envers « la grande nation ».Au risque de sombrer dans un chauvinisme ridicule.

Tous, doivent se soumettre sans contester , aux futurs « prophètes » détenteurs de la vérité et du « message divin ».

 

Mais le plus étonnant, reste la classe politique civile qui par opportunisme (ou intérêts inavoués ?) a privilégié le moment immédiat en soutenant et en accordant un blanc-seing aux militaires dans cette aventure.

Elle n’a tiré aucune leçon des évènements passés dans le monde.

Est- elle une si mauvaise élève ? Quels sont les pays qui ont instauré une démocratie et se sont épanouis avec des militaires aux pouvoir ? Les pays sud-américains ? La Corée du Sud ? La Grèce ? La Turquie ? Le Portugal ? L’Espagne et j’en passe. Non aucun ! Tous ont fait un bond qualitatif en avant après le départ des militaires !

Quoi qu’on en pense et quoi qu’on en dise ; et indépendamment des opinions politiques des uns et des autres,  il faut appeler un chat par son nom : ce qui vient de se passer en Egypte est bel et bien un coup d’état militaire !! Une régression de la democratie !

Personne ne peut le contester ! M.Morsi a été elu démocratiquement avec 51,7 % des voix selon les règles fixées préalablement.

Les « démocrates » égyptiens, doivent bien assumer !

 

Alors que certains ne viennent pas parler pas d’arithmétique surtout! Dans un pays en 2002, un président ne l’a emporté que d’une dizaine de voix d’écart !! Là s’arrête la comparaison.

Pour bien comprendre en partie les raisons de ce putsch,  Il est intéressant et édifiant à bien des égards , de voir la position de l’armée en Egypte et le rôle qu’elle  joue.

Véritable pieuvre tentaculaire , les militaires dans ces pays ont totalement « phagocyté » les institutions civiles. Ils sont devenus un Etat dans un Etat .Ils ont aussi tout noyauté, en recyclant même leurs retraités (officiers supérieurs) dans tous les rouages de l’état  et les secteurs d’activités économiques, pour mieux tout contrôler.

Ils sont à la tête d’un immense empire économique qu’ils ont accumulé depuis bien longtemps.

Pour rappel, l’Egypte n’a connu aucun Président civil depuis le renversement du roi Farouk 1er en 1952.

Au lieu de se consacrer à leurs métiers et missions, ils se sont redéployés dans des secteurs économiques entièrement civiles  .Pour des raisons évidentes. En s’accaparant de ces secteurs, ils se sont bâtis de colossales fortunes.

Cette entrée en scène de l’armée, n’est en fait ni pour l’instauration d’une quelconque démocratie et encore moins pour le salut du pays ; mais pour d’autres considérations bien inavouées !!

Tout le reste n’est que propagande, discours creux et lénifiants.

Ce coup d’état démontre le  contrôle par les militaires de toute une partie  de l’économie égyptienne et leur emprise sur le pays.

Selon le chercheur américain Zeinab Abul-Magd*, l’armée ne  possède pas moins de 35 entreprises (voir infographie) qui fabriquent des produits militaires et civils allant jusqu’aux eaux minérales  !!!!*

Ces activités représenteraient de 25 à 30 % du produit intérieur brut (PIB) du pays.

C’est un vrai empire économique .En plus, il est incontrôlable !!!

 

Egypte économie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On comprend donc bien, pourquoi les militaires égyptiens qui disposent de l’Etat ,et à la tête d’un tel empire économique qui leur permet de s’enrichir, n’abandonneront jamais le pouvoir ni aux islamistes ni à fortiori à de « vrais démocrates » qui ne seront pas à leur soldes. Ils ne laisseront personne les déloger ! L’avenir nous éclairera d’avantage.

* Sources :alternatives internationales ,Akram Belkaid,OAI,Daily News Egypte,FAS.ASK Media et in Le Parisien 09 juillet 2013.

A.Rachid

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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