DzActiviste.info Publié le dim 8 Juin 2014

Le problème de l’Algérie est ses dirigeants qui veulent rester à vie ou trop longtemps au pouvoir

Partager

Par Ali Yahia Abdenour 08 006 2014

cintribution_ali-yahia-abdenourLa longévité au pouvoir n’est pas un facteur de stabilité, mais fabrique le statu quo et la langue de bois, de la fragilité économique et de l’exaspération sociale.

Le système politique est en vigueur depuis l’indépendance du pays

Paraphraser Rudyard Kipling c’est dire que «la révolution algérienne n’a pas appartenu aux premiers qui l’ont déclenchée, mais aux derniers qui l’ont terminée et l’ont tirée à eux comme un butin». L’indépendance du pays en 1962 a engendré des dirigeants qui ont confondu nation, peuple, Etat, socialisme et capitalisme d’Etat, socialisme national et nationalisme national, droit du peuple algérien à disposer de lui-même et pour lequel il a combattu avec acharnement 7 ans et demi durant, et droit de l’Etat à disposer du peuple. L’indépendance acquise ne peut avoir de sens que si elle instaure la souveraineté du peuple, la citoyenneté, la liberté et la justice, la justice sociale, ce qui s’appelle agir avec responsabilité à l’égard des générations futures. C’est la liberté qu’il faut recouvrer d’abord, car là où elle fait défaut surgit la tyrannie. Victor Hugo a écrit : «Libérez la liberté, la liberté fera le reste.»

La vie politique a un seul objectif : pérenniser le système politique en place, qui n’a changé ni dans sa nature, ni dans sa fonction, ni dans son rôle. Il est un danger pour la nation. La seule source du pouvoir n’est pas le peuple comme le proclame la Constitution, mais le système politique qui a engendré des pouvoirs dictatoriaux. L’Algérie qui a connu après «une longue nuit coloniale», une longue dictature, prendra-t-elle le chemin du droit, de l’Etat de droit et d’une démocratie apaisée ? C’est du peuple que vient le pouvoir, c’est dans le peuple que réside la souveraineté et la légalité.

Le bilan du président Bouteflika est calamiteux, désastreux, catastrophique, détestable et détesté

Un président de la République, chef de l’Etat et chef du pouvoir exécutif, ministre de la Défense, qui a fait du gouvernement le pouvoir exécutant, l’annexe de la Présidence, et du Parlement deux chambres d’enregistrement, ne répond pas aux critères de l’Etat de droit. Le Parlement a abdiqué ses pouvoirs constitutionnels pour se mettre à son service.

Le pouvoir judiciaire est inconditionnellement soumis au pouvoir exécutif. Les trois mandats du Président, comme ceux des dictateurs et despotes d’Afrique ; du Moyen Orient et d’Asie centrale, pour qui la mégalomanie et la paranoïa sont des maladies associées, régentent tout ce qui dans le pays délibère ou légifère. Il exerce un pouvoir personnel, totalitaire, dictatorial, confinant à la monarchie. Il est l’homme d’une ambition sans fin et sans frein, qui règne sans partage sur le pays, avec le sens de la durée.

En Algérie, il n’ y a pas séparation mais confusion des pouvoirs, c’est-à-dire dictature. Gouverner par ordonnances est un déni de démocratie, qui efface le rôle dévolu au Parlement. Le contrôle de la population se fait par la police politique, la gendarmerie, la police. Les Algériens n’ont aucune confiance dans les institutions politiques, que ce soit la Présidence, le Parlement, le gouvernement ou le Conseil constitutionnel. Le pouvoir, qui se personnalise et se centralise à l’excès, a démontré son inefficacité non seulement dans le domaine des libertés réduites à leur plus simple expression, mais aussi dans celui de l’économie et du social, où tous les indicateurs sont au rouge : inflation galopante, chômage important, la proportion des jeunes à la recherche d’un emploi s’est aggravée et le nombre des diplômés ne cesse d’augmenter, et la dévaluation du dinar, symbole de la monnaie qui reflète l’économie, voit sa valeur fixée par l’euro et le dollar.

L’Algérie n’est pas un pays émergent, encore moins un pays développé malgré les 600 milliards de dollars dépensés. Sa politique économique est un échec, notamment dans les domaines agricole et industriel. Elle a perdu sa souveraineté alimentaire et dépend de l’étranger pour son approvisionnement en ressources alimentaires. Elle doit augmenter le rendement et la qualité de ses productions agricoles. L’Algérie est coupée en deux, celle des riches toujours plus riches, celle des pauvres de plus en plus nombreux. Le libéralisme sauvage sans règle ni garde-fou, ouvre la voie au marché informel qui fait la loi. Toute économie qui repose sur la circulation de l’argent liquide facilite la corruption. L’Algérie est un des Etats les plus corrompus du monde. La corruption au sommet de l’Etat est telle, que c’est le système politique tout entier qui porte le nom de kleptocratie. Shakespeare a écrit : «Quand l’argent précède, toutes les portes sont ouvertes.»

La corruption qui a atteint la cote d’alerte est inséparable de l’exercice du pouvoir, car son rôle politique consiste à le garder. Le pouvoir qui a inscrit la lutte contre la corruption parmi ses priorités, est le havre des dirigeants corrompus qui exigent l’impunité totale pour l’un des leurs poursuivi, ou susceptible d’être poursuivi en justice, pour «avoir mis non pas le doigt mais la main dans le pot de miel». Il faut s’indigner de l’impunité dont bénéficient les grands corrompus, qui détournent la richesse nationale dans les affaires de : Khalifa, Sonatrach, autoroute Est-Ouest…La justice protège «les copains et les coquins» du pouvoir, surtout ceux qui sont haut placés. Du magistrat corrompu, c’est la robe qu’il faut saluer. Le pouvoir est pollué par l’argent qui joue un rôle important en politique. La devise du pouvoir est : «Servez-vous et servez-moi.»

L’élection présidentielle du 17 avril 2014                 

Les Algériens, dans leur grande majorité, ne veulent pas du maintien de Bouteflika aux commandes du pays, pour un 4e mandat. A chaque élection, le pouvoir ne cesse de dire et de répéter que le vote sera régulier, dans la forme avec plusieurs candidats, et dans le fond avec un scrutin transparent et honnête. Quel système politique fondé sur la dictature ferait des élections libres et s’engagerait à céder le pouvoir, au cas où le suffrage universel ne serait pas en sa faveur ? Le président de la République choisi par la hiérarchie militaire est «élu» par un vote qui n’est qu’une simple formalité de confirmation.

Pour lui, la politique est la technique de la conquête, de la pratique et de la conservation du pouvoir. Il se succède à lui-même, sans le peuple, malgré lui et contre lui, assure sa durée en verrouillant l’accès au pouvoir, par le maintien du statu quo et le renforcement de l’ordre établi. Porté au pouvoir par les décideurs de l’armée, détenteurs du pouvoir réel, faiseurs de rois qui l’ont fait roi, il veut devenir roi par lui-même et gouverner par les moyens de la dictature. Il ne quittera pas le pouvoir par le jeu de la démocratie, par l’alternance, mais par le changement des rapports de force à l’intérieur de l’armée.

Il est le locataire régulier du palais d’El Mouradia, quand il est délégué par le peuple par des élections libres et transparentes, mais un occupant sans droit ni titre, illégitime, quand il s’accapare du pouvoir par des élections truquées. Un pouvoir issu de la fraude électorale n’a aucune légitimité, aucune crédibilité. Le scrutin, quand il est libre, est une vitrine de la démocratie. La fraude électorale vieille tradition coloniale, amplifiée depuis l’indépendance, bien intégrée dans les mœurs politiques du pays, est au rendez-vous de toutes les élections.

A chaque élection, elle est programmée à grande échelle. Elle est close quant à ses résultats avant d’avoir commencé, le pourcentage des votants comme leur répartition sur chaque candidat, étant fixés d’avance. Pourquoi participer aux élections lorsque les résultats du vote sont distribués par quotas. Pour le 4e mandat, le scrutin s’est transformé en plébiscité avec 80% des votants. Le pouvoir exercé par le Président, qui émane de fraudes électorales massives, qui assassinent la démocratie, est illégitime. Le vainqueur du scrutin du 17 avril est l’électorat qui a déserté les urnes ; ce scrutin marqué par un nouveau record d’abstention est le désaveu du pouvoir issu d’élections truquées qui relèvent du hold-up électoral qui est du gangstérisme politique. Une légitimité usurpée assure au président-candidat, une victoire à la Pyrrhus sans risque et sans gloire. Ne pas respecter les règles d’une élection propre, c’est courir le risque d’une grande désaffection de l’électorat, d’une abstention record.

Bouteflika exerce un pouvoir dictatorial confinant à la monarchie, applique la formule gaullienne : «Le président décide, le gouvernement exécute, le Parlement soutient.» Combien d’erreurs, de fausses routes, de vaines impasses, s’épargnerait le peuple si le Président ne s’égare pas et n’égare pas ceux qui le couvrent d’éloges, l’applaudissent, l’ovationnent, mettent en relief la justesse de ses décisions et la profondeur de ses analyses. L’homme à la faiblesse de se prendre pour ce qu’il n’est pas, peu instruit, il se prend pour un intellectuel, un humaniste.

Une telle erreur de jugement sur soi-même lui fait accepter toutes les flatteries, s’enfermer dans toutes les impasses. Le Président a finalement éliminé, les uns après les autres, ceux qui l’ont hissé au sommet de l’Etat. Sa tribu d’origine est considérée comme un centre de décision, ce qui n’est que du tribalisme primaire. Le présidentialisme, qui sevit à outrance, empêche la diplomatie de jouer son rôle. Jean-Jacques Rousseau avait constaté non sans pertinence que : «Nul n’est assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force endroit, et l’obéissance en devoir.»
Incapable d’exercer ses fonctions de part sa maladie grave et durable, le Président ne peut pas faire mais fait faire, délègue ses pouvoirs et agit par procuration. Il garde le pouvoir sans être en mesure de l’exercer.

Les constitutions sont violées, usées et révisées avant d’avoir servi

La révision de la Constitution, qui occupe le devant de la scène politique, devient un problème central. Elle s’opère dans le cadre du dialogue du pouvoir avec lui-même, ses alliés et ralliés, les institutions qui lui sont inféodées, afin de donner la priorité aux fonctions régaliennes de l’Etat, pour confisquer le pouvoir au profit du Président, de sa tribu, de son clan, avec une tentation dynastique et une dérive monarchique. Elle est sans vision, ne mentionne aucune refonte des institutions de l’Etat, retient un mode de gouvernement césariste, confisque le souveraineté populaire et la citoyenneté, renforce le pouvoir du Président qui ne tolère rien qui puisse lui faire équilibre, contrepoids, à plus forte raison contrepoids. Elle est une régression en matière des droits et des libertés, de la question identitaire, reflet du champ politique et culturel qui pèse sur le débat public. Il n’ y a pas séparation mais confusion des pouvoirs, c’est-à-dire dictature.

Le président du Conseil constitutionnel ne respecte pas l’esprit et la lettre de la Constitution, viole l’article 88 : «L’empêchement provisoire implique la saisie de plein droit du Conseil constitutionnel qui demande au Parlement de déclarer la vacance provisoire. Si le Président ne reprend pas ses activités dans un délai de 45 jours, il est frappé d’empêchement définitif, et la vacance officielle est déclarée de plein droit par les deux Chambres réunies du Parlement.»

Ahmed Ouyahia, qui pilote la révision de la Constitution, a fait un putsch pour récupérer le RND et le mettre au service de Bouteflika. Le Rassemblement national démocratique (RND) qui devait remplacer le FLN, né en février 1997 avec des moustaches, a obtenu en juin 1997, sous le contrôle d’Ahmed Ouyahia, Premier ministre, 156 députés aux élections législatives.

La victoire du RND lors des élections locales du 23 octobre 1997 est due à une fraude généralisée. La répartition des sièges au Conseil de la nation a donné : «80 sièges sur 96 au RND qui fait main basse sur le Conseil de la nation, 10 au FLN, 4 au FFS et 2 au MSP qui a fait les frais lors de l’élection locale.» Le président Abdelaziz Bouteflika a déclaré à la communauté algérienne établie en Amérique (Liberté du 23 septembre 1999) : «Qu’il a refusé de rendre public le rapport de l’APN sur la fraude électorale aux élections locales pour sauver la crédibilité du Conseil de la nation.»

La fraude, a-t-il dit, est prouvée à 100%.Le Conseil de la nation, qui est une hérésie, car rien dans la sociologie politique du peuple algérien ne peut justifier son existence, doit être dissous. Le Congrés américain comprend 435 députés et 100 sénateurs pour 325 millions d’habitants. Le Parlement algérien comprend 462 députés et 144 sénateurs, pour 38 millions d’habitants. Le nombre de députés à l’APN doit être de 300 au plus, gouverner par ordonnances est un déni de démocratie qui efface le rôle dévolu au Parlement.

La réconciliation nationale érigée en constante nationale est inscrite dans le préambule de la constitution

La grâce amnistiante accordée par le décret présidentiel du 10 janvier 2002 à l’AIS est anticonstitutionnelle, car l’amnistie relève de la compétence exclusive du Parlement. La contradiction réside dans le fait que le Président veut se servir de l’amnistie pour ramener la paix, alors qu’elle ne peut être que la suite logique de la paix. Comme en Espagne après le franquisme, le pouvoir a procédé à une amnistie semblable au fameux pacte de l’oubli pour les prédateurs.

La réconciliation nationale, qui devait être un grand projet politique, est réduite à sa dimension sécuritaire. La solution sécuritaire ne mène qu’à l’échec, car elle est sans perspectives politiques. La doctrine de la sécurité nationale suppose le contrôle permanent de la société par la police politique, qui conduit les Algériens dans la vie, de la naissance à  la mort. La réconciliation nationale telle que définie par la charte du 15 août 2005, ne définit ni les belligérants, ni les victimes, ni les bourreaux, pour savoir qui a fait quoi à qui, et qui doit pardonner à qui. Seul un crime avoué peut-être pardonné.

La réussite de la réconciliation nationale en Afrique du Sud se trouve dans le rôle joué par la Commission vérité et réconciliation installée en 1995. L’amnistie en échange de la vérité a été le grand compromis pour sortir de l’apartheid. Pour Desmond Tutu, qui a proposé la vérité comme troc avec la justice : «c’est un compromis entre ceux qui veulent l’amnistie et ceux qui veulent le châtiment». L’expérience sud-africaine que rappelle Mandela dans son autobiographie qui a ajusté ses choix politiques avec la logique des principes de liberté, de justice, de démocratie et de vérité, est une habile transaction politique, ou plutôt une transition douce vers un nouveau régime démocratique.

Droits de l’homme et pouvoir sont par nature antinomiques. Droits de l’homme et paix sont les deux aspects indissociables de la vie humaine. Toute tentative de sauver l’un aux dépens de l’autre, assurer la paix aux dépends de la vérité et de la justice, conduit à l’échec des deux. Faut-il tronquer la justice, pour la paix, faut-il choisir entre le droit et le pardon, faut-il lutter contre l’oubli et préserver la mémoire agressée ? Tel est le dilemme. Que choisir, le pardon contre la justice, ou la paix par la vérité et la justice ? Pour le pouvoir, la réconciliation nationale est au-dessus de tout impératif de vérité et de justice. Pour les droits de l’homme et les familles de disparus, la révélation de la vérité, la mise en œuvre de la justice, le devoir de mémoire, la condamnation des coupables, sont la meilleure thérapie du corps national, contre les effets pathologiques du refoulement. La réconciliation nationale passe par la vérité et la justice. Intégrée aux constantes nationales, elle n’est qu’impunité. Que sont devenus les disparus, des morts sans sépulture, ou des vivants sans existence ?

La décision d’exploiter le gaz de schiste est grave et dangereuse

Cette exploitation exige une très grande consommation d’eau pour la fracturation des roches. La technique des puits verticaux, suivie de forages horizontaux, présente le risque de la pollution de la nappe phréatique et des sols, en raison de centaines de produits chimiques toxiques entrant dans la fracturation de la roche.
L’utilisation de tels volumes d’eau va mettre en danger l’approvisionnement de l’eau nécessaire à la consommation humaine et celle du bétail, l’irrigation des terres, l’industrie agroalimentaire, le tourisme.
l’utilisation des produits chimiques dont certains provoquent  des cancers et de graves maladies, risque de contaminer les nappes d’eau. La France qui paye très cher le gaz et le pétrole, recule l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire, pour éviter le désastre écologique. Elle attend que la technologue fasse baisser le coût de l’exploitation du gaz de schiste. L’Algérie doit s’orienter vers l’exploitation à grande échelle de l’énergie scolaire, qui préserve l’écologie.

Le devoir, l’honneur des militaires est de servir la nation

L’Algérie n’a pas fait l’économie du pouvoir militaire, mais est-ce seulement une très longue étape ? Elle a joué un rôle de premier plan dans la vie politique du pays. Gardienne du système politique, elle est le centre de décision, le haut lieu où s’élabore la politique du pays. Elle détient le pouvoir réel, commande le pays. Elle fait et défait les présidents de la République. La démission forcée des présidents Bendjedid et Zeroual pose de manière brutale le rôle politique de l’armée. L’armée a fait du service de renseignement, le DRS, une police politique qui traque les Algériens, interfère de manière directe dans le truquage de toutes les élections avec le concours de l’administration. Elle doit se rendre compte que le peuple a besoin d’un pouvoir issu d’élections propres pour se réapproprier sa souveraineté. «Divise et règne», a dit Machiavel.

Bouteflika, qui ne se définit pas comme le protégé de l’armée mais son protecteur, divise l’armée, exercice où il excelle, afin qu’elle ne parle pas d’une seule voix. Pour son 3e mandat en avril 2009, qui était un de trop, l’armée, qui vivait une remise en question de sa mission, était soumise à de graves tensions qui la déchiraient. Les poids lourds parmi les généraux en retraite se sont exprimés à travers la presse pour demander une reprise en main de l’armée, pour mettre fin à la derive du Président qui met à la retraite tous les officiers qui ne lui prêtent pas allégeance et obéissance.

Des cadres militaires politisés, reflet des divers courants qui traversent la société, d’un niveau intellectuel élevé souhaitent l’émergeance d’un Etat  respectueux du droit, de l’Etat de droit et de la démocratie. Le problème sérieux et grave, c’est qu’ à partir du moment où l’armée est partie prenante dans le jeu politique, sans que ses membres puissent contourner la règle de toute armée et qui font sa force, à savoir la discipline, l’obéissance aux chefs, elle se trouve soumise à de graves crises de conscience. Il faut préserver la force et la cohésion de l’ANP. Le triplique de l’ancien président grec Papandreou est valable pour l’Algérie : le pouvoir au peuple, l’armée à la nation, l’Algérie à tous les Algériens. L’armée ne portera jamais la responsabilité de tirer sur la foule. Les dictatures qu’exercent tant de dictateurs, de despotes, de tyrans, dans le monde, qui maintiennent leurs peuples en état de sujétion, ont le soutien des Etats-Unis d’Amérique et de l’Europe. A quant le tour de ceux qui restent ?

Yakouren II est-il une obligation, un devoir ou une nécessité

La Kabylie ne peut accepter sur le plan de l’amazighité, un avenir qui prolongerait le passé. Le pouvoir a une approche erronée des problèmes inhérents à la langue et à la culture berbères. Si la culture berbère et la langue qui la véhicule, ont triomphé des vicissitudes d’une histoire tourmentée, c’est parce qu’elles sont une réalité incontournable, irréductible, le prolongement de la dignité humaine qui relève de la libre participation de la personne à la conduite de son destin, pour établir ou maintenir ses droits, sa liberté. l’identité nationale doit être étudiée dans le temps et dans l’espace, en raison des luttes du passé, et celles qui vont la transformer dans le présent et l’élargir dans l’avenir.

Défendre l’héritage linguistique et culturel berbères, c’est donner à tamazight, élément constitutif de l’identité nationale dont elle est une partie indivisible, sa dimension nationale. Tamazight est un droit, la promouvoir est un devoir. Son avenir se joue dans la formalisation en langue écrite et la définition de son alphabet. L’histoire pour l’essentiel et la géographie pour le reste, dictent la culture faite de volonté et de ténacité d’où résulte l’efficacité, qui est l’esprit fécondé par la liberté. La diversité linguistique et culturelle, fait la richesse de ce pays et son unité. L’amazighité fondatrice de l’Algérie n’a pas encore, malgré son long combat, sa langue maternelle tamazight, reconnue comme la langue officielle.

La langue arabe ne doit pas se développer au détriment de Tamazight, mais avec elle et non sans elle, ou contre elle. L’aliénation linguistique conditionne l’aliénation culturelle qui conditionne l’aliénation politique. L’Algérie a le choix entre la culture et l’inculture et non entre deux cultures. Des voix dont l’Algérie a besoin pour réveiller les consciences, doivent porter haut et fort le flambeau de l’amazighité, qui n’est pas un facteur de division, mais d’unification du peuple algérien, dans leur vision, leur stratégie de leur démarche. Il faut appeler ce pays par son nom l’Algérie, sans suffisance ni préfixe, et tous ses habitants par le leur, Algériens et fiers de l’être. Revendiquer tamazight qui son vocabulaire, sa phonétique, sa syntaxe est une priorité.  Le dérapage de la pensée de Sellal relative au chaoui est une faiblesse politique inexcusable. Le pouvoir veut faire disparaître tamazight, ce qui est un génocide culturel.

Les deux traits dominants des Amazighs sont le courage et la division, le second ne parvenant pas à être compensé par le premier. Ils en ont payé le prix fort. La tradition léguée par les ancêtres est : je n’aime pas mon frère, mais je n’aime pas celui qui le frappe. Avec la vie moderne et l’individualisme, une évolution se fait : «Je déteste mon frère et j’aime celui qui le frappe !» La jeunesse dira : «J’aime mon frère et je déteste celui qui le frappe.» Si la Kabylie se mobilise, chacune et chacun doit faire en sorte qu’elle se mobilise, particulièrement les étudiants et les lycéens, elle mettra un terme aux méfaits de cette dérive malsaine qu’est la division.

Tamazigh di l’acoule  (à l’école)

Le  travail d’analyse doit être fait en profondeur, afin de définir ce qui est fait dans l’enseignement de tamazight, ce qui aurait dû être fait, et d’établir les probabilités du futur. Debout, tous debout ensemble, dans un même élan, pour construire des écoles et des lycées pour enseigner tamazight. Le pouvoir veut la maintenir en survie, à un moment où sa reconnaissance est demandée par tout le peuple algérien. Que des particuliers, des maires mettent à la disposition de ceux, qui leur demanderont de sauver tamazight du naufrage, des terrains. Que des architectes se mobilisent pour faire les plans. Que la main d’œuvre, constituée par la jeunesse toute catégorie, apporte sa contribution pour construire écoles et logements. Que la diaspora mobilisée et mobilisatrice, qui a fait connaître au monde entier la réalité algérienne, apporte sa contribution en argent, et ses compétences pour enrichir la langue berbère.

Cet immense chantier en construction sera l’œuvre des enfants de l’amazighité, parce que le pouvoir ne fait rien dans ce domaine. Même s’il accepte de reconnaître tamazighit comme longue officielle, il ne l’appliquera pas, la détournera, la videra de sa substance. Il est au-dessus des lois, viole la Constitution et les textes qui en découlent. Il faut mettre l’intelligence, la vision et la stratégie au service de l’amazighité pour reconquérir l’Etat, le démocratiser, le décentraliser, afin, comme le disait Victor Hugo : «Mesurer au plus juste la proportion d’avenir qu’on peut injecter dans le présent.»

L’amazighité ne peut-être séparée de la démocratie, de la liberté et de la justice, elles se conjuguent ensemble. L’indépendance de la justice ne sera une réalité qu’avec l’avènement de l’Etat de droit. Peut-on parler de démocratie dans un pays, où il n’y a même pas un deuxième tour à l’élection présidentielle ?

Rassembler les énergies populaires, pour témoigner d’une totale ouverture à toutes les contributions qui vont dans le sens du XXIe siècle, consiste à s’exprimer et s’impliquer pour compter l’attention des Algériens et des Algériennes qui veulent forger l’avenir de leurs mains, et obtenir leur adhésion. L’ouverture consiste à remplacer le système politique dictatorial par un régime démocratique.

Les droits de l’homme, qui sont aussi ceux de la femme, cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant, sont aussi un contrepouvoir sur le plan des libertés et sont porteurs des droits politiques, économiques sociaux et culturels. Ils sont intégrés à la culture démocratique et le combat doit se poursuivre sur deux fronts :  celui de l’éducation qui agit sur les mentalités, et celui de la législation qui agit sur les structures sociales. La Constitution donne à la femme les mêmes droits que l’homme, mais le code de la famille fait d’elle une mineur à vie. «En tout ce qui n’est pas le sexe, la femme est homme.»

Il y a des femmes et des hommes très nombreux dans ce pays dont on peut dire, comme Zola, qu’ils sont un moment de la conscience humaine et font l’honneur de ce pays. Rien n’est définitivement acquis en politique et les affaires humaines ne se déroulent pas souvent comme conçu, et ne sont pas exécutées comme prévu. Quand se joue le destin d’un pays, l’avenir n’est pas écrit.

Ali Yahia Abdennour
El Watan 08 06 2014


Nombre de lectures: 2447 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>