DzActiviste.info Publié le lun 4 Fév 2013

Abderahmane Bouguermouh, le réalisateur du film amazigh « la colline oubliée », est mort.

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Abderahmane Bouguermouh, le réalisateur du film amazigh

Abderahmane Bouguermouh vient de s’en aller. Il est parti discrètement… comme il a vécu d’ailleurs, tout aussi discrètement malgré le succès indéniable qu’il a eu après la réalisation de son film « la colline oubliée », une histoire tirée du roman de feu Mouloud Mammeri.

J’ai eu à le connaître, très peu il faut le dire, à l’occasion justement de la réalisation de ce film. J’ai été momentanément un des vice-présidents du comité de soutien au film. Affable, gentil, sensible mais surtout particulièrement compétent est ce que j’ai retenu de ce Monsieur.

Il savait ce qu’il voulait, il avait fixé son cap et rien, ni personne, ne pouvait l’en éloigner. Quand bien même, il a rencontré l’adversité tout au long de la construction du film. L’Etat algérien était, en ce temps, particulièrement hostile à la réalisation de ce premier long métrage en langue amazigh (kabyle). Et, il aura fallu toute son énergie et tout son tact pour fédérer toutes les volontés qui se sont manifestées afin de les amener à travailler ensemble et dans la même direction. Ce qui n’était pas évident car il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes – des volontaires et des militants de la cause amazigh – ont contribué à l’aboutissement du projet. Il fallait donc gérer la réalisation proprement dite du film mais aussi toutes les susceptibilités qui n’ont pas manqué de s’exprimer. Un exercice qui n’a pas été facile mais qu’Abderahmane Bouguermouh a réussi, parce qu’il était un homme de consensus qui savait reconnaître et mobiliser dans la bonne direction les mérites de chacun.

Son objectif a été atteint, le rêve qu’il nourrissait – parce que, il l’avait confié à ses proches, c’en était un – a été réalisé. Un succès cinématographique mais aussi et surtout un défi relevé : l’acte de naissance du cinéma d’expression amazigh. Ce n’était pas rien. Pour autant, Monsieur Bouguermouh est resté sobre, modeste et plus discret que jamais.

Je l’ai revu plus tard, à Liège, en Belgique. J’y résidais. Il était venu d’Allemagne (Francfort), avec un ami commun, me rendre visite. Nous avions passé une journée ensemble. C’était, je me souviens, une belle journée ensoleillée, comme il est rare d’en avoir dans ce pays. Nous avions flâné une bonne partie de l’après midi et nous avions parlé de choses et d’autres, mais très peu de son travail. Il m’avait donné l’impression de quelqu’un de comblé. Il m’avait semblé que le film qu’il venait de réaliser l’avait rempli de bonheur. Il en avait assez, peut être trop…

Je le revis à la mort de Chérif Kheddam. Il avait tenu, malgré la maladie, à venir rendre un dernier hommage à cette icône de la chanson kabyle. J’ai pu échanger quelques mots avec lui mais il avait l’air très fatigué. Il avait du être éprouvé par le voyage qu’il venait de faire pour arriver au village natal du chanteur défunt et, sans doute aussi, par les échanges qu’il a du avoir avec tous ses admirateurs.

Le voilà parti à son tour. La Kabylie vient de perdre un des siens et pas des moindres. Un immense personnage. Mais pour nous tous, il n’est pas mort, il est juste parti pour un long voyage qui va l’amener de l’autre côté.

Bon voyage Monsieur Bouguermouh, Da Abderahmane, personne de ce côté ci ne t’oubliera. Tu ne seras jamais loin de nous.


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