DzActiviste.info Publié le mar 11 Juin 2013

Le Rêve triste d’un méga-Ansej national absolu Par K. Derraz

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Rêve de l’extrême : que se passera-t-il en Algérie lorsque le plan de Constantine (renommé Ansej) sera arrivé à l’utopie ? C’est-à-dire que se passera-t-il lorsque tous les Algériens auront un logement, un salaire gratuit, un crédit non-remboursable, un milliards de centimes  et que tout sera gratuit?
Politique-fiction. Au choix donc après l’utopie. Selon les théoriciens, il s’agira alors de la fin de l’Histoire algérienne. Entamée avec le martyr, elle finira donc dans la mastication. Du cri, à l’éructation. Le but ultime après 1 000 ans de colonisation, le fantasme du paradis et de la propriété absolue et du bien vacant total. L’Algérie vidée de la lutte des classes et des clans, sera benbelliste puritaine et s’assoira pour regarder défiler l’éternité.

Que se passera-t-il alors ? Deux pistes. La première conduira à la  polit-que : rassasiés, heureux, comblés, les Algériens revendiqueront alors la liberté, la libération-bis, la démocratie et tout ce qui ressemble à la nationalité norvégienne. La conscience nationale sera désaliénée, il n’y aura pas des émeutes mais seulement des élections, pas de distribution mais seulement du troc et des dons et on commencera alors à penser à la culture comme concept, la création, les loisirs de l’humanité, l’individualisme comme responsabilité. Epargnée par le « Printemps » arabe, l’Algérie aura un printemps d’herbes vertes et de quiétude stable. Et c’est beau et mauvais pour le « système » : un peuple qui a le ventre plein, devient citoyen et donc contribuable et donc exigeant et comptable des actes et des budgets. Et c’est beau car l’Indépendance aura enfin un sens définitif et concret et les martyrs pourront revenir inspecter sans se sentir trahis et repartir avec confiance vers l’infini.

Seconde piste ? Celle du réalisme. Quand tous les Algériens auront un logement, tous les Algériens voudront un deuxième ou une villa ou le pays entier. Avec un milliard, ils demanderont deux. Et avec un crédit non-remboursable, ils demanderont à être remboursés d’avoir accepté d’être Algériens ou d’avoir attendu. L’histoire n’a pas de fin, car elle se base sur le désir, pas sur la statistique. Le plan de Constantine de Charles de Gaulle, fondé sur la théorie de l’épuisement de la revendication par la satisfaction du ventre, a fini mal : les Algériens ont demandé la libération, pas l’intégration. Avec un méga-Ansej algérien, ne fera pas mieux mais pire et avec plus d’argent. Tout cela pour arriver à l’essentiel : le manque de sens en Algérie. Avec son effet dévastateur sur les projets nationaux et les âmes individuelles. Quel est le sens de l’Algérie actuellement ?

L’Ansej éternel ? La conquête du leadership africain ? Se cacher en attendant que le vent passe ? Ne rien faire et être salarié ou élu ? Le manque de sens se voit et se sent à hauteur du destin individuel qui le reporte sur l’utopie religieuse ou le paradis ou l’au-delà de la mer ; et dans le cas de la nation qui reporte son sens sur ses mégaprojets. A  la fin ? Une pauvre vie de riche pour des millions. Le sens st ce qu’on a perdu avec l’indépendance et c’est lui qui nous faisait se sentir « plein » et fort sous la pire des colonisations.


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