DzActiviste.info Publié le dim 2 Déc 2012

Le suicide en Algérie: un entretien à paraître dans le quotidien algérien “Reporters”

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Entretien réalisé par Meriam SADAT et paru ce jour 02 décembre dans le quotidien Reporters.

 1 – Le suicide est un phénomène qui semble prendre des proportions alarmantes en frappant, de plus en plus, par son aspect dramatique. Comment définit-on le suicide? Et comment un individu peut être amené à mettre fin à sa vie?

 Je ne suis pas sûr que le suicide prenne des proportions alarmantes dans notre pays. On en parle plus, c’est tout. Est-ce que ce battage médiatique est utile ? Oui, je le pense. C’est le rôle et c’est la liberté du journaliste. Informer le citoyen des événements qui émaillent la vie sociale. Le traitement qui en est fait est une autre chose. Le suicide est toujours dramatique et est une épreuve pénible pour les familles qui y sont frappées. C’est pourquoi le traitement de l’information doit être prudent, éviter toute interprétation malheureuse de ce geste et s’interdire notamment toute tentation moralisatrice.

Pour revenir à la définition du suicide, celle-ci est dans l’étymologie du mot. Suicide veut dire « meurtre de soi ». Une définition toute simple.

Comment en vient-on à mettre fin à sa vie ? C’est là une grande question à laquelle il n’est pas aisé de répondre sans s’abimer dans des imprécisions. Je peux toutefois vous dire que la naissance du désir de mourir, ou si vous voulez de l’idée de mort, participe d’un cheminement psychologique et la souffrance morale (la douleur morale ?) est au centre du processus. L’individu confronté à sa réalité tangible (intérieure, celle qu’il s’est construite) n’accepte pas sa condition, celle qui lui est réellement infligée par une existence faite d’insatisfactions ou par la maladie mentale notamment. Le décalage entre l’une et l’autre crée en lui un sentiment de mal-être qui va en s’accentuant parce que cette condition s’impose à lui de plus en plus comme inéluctable. La souffrance s’installe et charrie avec elle angoisse, culpabilité, sentiment de honte et d’indignité, etc. Emerge alors l’idée d’échapper à cette situation et nait le désir de mourir. Vous me donnerez, sans doute, l’occasion de revenir sur les motivations qui amènent le sujet à commettre cet acte dramatique.

A quel moment le sujet décide de passer à l’acte ? Une autre question à laquelle il est encore aujourd’hui difficile de répondre. Si cela avait été possible, la prévention aurait été encore plus aisée. Il s’agit en réalité de percer le secret de la crise suicidaire. Un instant particulier de ce passage à l’acte. Que se passe-t-il à ce moment précis ? Personne ne le sait avec certitude.

2 – Quelle est la réalité du suicide en Algérie? Touche-t-il une tranche bien définie de la population?

Pour vous informer de la réalité du suicide dans notre pays, il faut des chiffres et des statistiques exacts. Nous n’en avons pas puisque aucune étude n’a été réalisée pour évaluer ce phénomène. Le taux de prévalence officieux habituellement avancé est de 2 à 4 pour 100 000 habitants. Un taux en deçà de la réalité, insignifiant au regard de la moyenne mondiale qui est d’environ 16/100 000. Un million de personnes y laissent la vie chaque année. Un taux qui ira en augmentant puisqu’il est prévu, dans le monde, un million et demi de décès par suicide en 2020. Les pays de l’Europe du nord dépassent pour leur majorité la moyenne mondiale. Ceux de l’ancienne URSS sont les plus touchés par ce phénomène avec une prévalence qui varie de 35 à 40. Les taux les plus faibles se trouvent au sud de ce continent (Espagne, Italie, Grèce) avec des chiffres variant entre 6 et 13/100 000. Il en est de même pour les pays d’Amérique latine. Comme pour l’Algérie, nos voisins marocains et tunisiens n’ont pas de statistiques officielles. La prévalence dans ces pays serait également de 2 à 4 suicides pour 100 000 habitants.

Dans notre pays, le suicide touche les jeunes. La tranche la plus concernée est, selon les informations qui nous sont données, celle des 20-35 ans. C’est celle qui est le plus concernée par les maladies mentales notamment les psychoses et les pathologies de nature dépressives, mais c’est aussi la population qui est touchée par le chômage, la misère sociale et plus globalement la mal-vie. Une tranche d’âge qui est, du fait de cette mal-vie en proie aux autres fléaux sociaux, à l’instar de la toxicomanie. Ce qui accentue le risque de passage à l’acte suicidaire.

Chez les sujets malades, le passage à l’acte suicidaire peut être précipité par l’handicap social généré par des problèmes sociaux surajoutés. Trouver du travail, un logement, un conjoint (une femme ou un mari) est déjà un exploit pour une personne en bonne santé, il est facile d’imaginer la difficulté que cela constitue pour les sujets vulnérables, et les plus jeunes sont particulièrement exposés à ces problèmes de la vie. Toutefois, le passage à l’acte suicidaire, pour des raisons sociales, financières ou pour des raisons de chômage est souvent le fait d’individus plus âgés. Des personnes socialement exposées à la réussite. Les chefs de famille subissent la vie au quotidien. Ils n’ont pas de pouvoir d’achat et ne peuvent pas nourrir leur famille dignement sans avoir tous les matins le sentiment que la vie va, à nouveau, les humilier. Ils ont l’obligation du résultat et l’échec professionnel ou familial signifie, pour eux, échec social. La honte et le déshonneur qui en résultent peuvent amener ces personnes à mettre fin à leur existence.

Le sujet de sexe féminin habituellement moins exposé socialement à l’échec se trouve de plus en plus confronté au désir d’occuper une place entière dans la société et si les tentatives de suicides sont plus nombreuses chez la femme, les problèmes auxquels elle fait aujourd’hui face fragilisent davantage sa position sociale au même temps qu’ils font naître chez elle un profond désespoir. Elle doit assumer plusieurs rôles, en particulier celui de la mère et de l’épouse et celui de la femme qui travaille. Elle entre ainsi en compétition avec l’homme auquel elle grignote encore plus d’espace dans le monde du travail. Au mieux elle est sous la pression de son collègue qui lui refuse l’accès à ce rôle de femme qui travaille, au pire elle est l’objet de harcèlement moral et/ou sexuel. Une situation qu’elle subit à huis clos et une souffrance qu’elle ne peut partager du fait que le foyer est la seule place qui lui est “concédée” par la société algérienne et que le code de la famille “enfonce le clou” en en faisant une mineure à vie. Le geste suicidaire, témoin de sa détresse, participe d’un réel désir de mourir. Comme chez le sujet de sexe masculin, le passage à l’acte est, dans ce cas, toujours fatal.

3 – Peut-on prévenir un suicide? Si c’est oui, comment? Et si c’est non, pourquoi?

Le suicide peut-être prévenu. Non pas pour l’éradiquer parce que cela est impossible mais pour en réduire le nombre. Comment ? En luttant contre les causes qui amènent le sujet à progressivement élaborer le projet de mettre fin à ses jours.

Il est évident que les pathologies mentales susceptibles de conduire à un tel passage à l’acte doivent être traitées et leurs rechutes prévenues. Je pense notamment aux grandes et graves maladies que sont les dépressions et les psychoses. Aisément identifiables, ces affections seront traitées rapidement et, parce qu’étant dans ces cas toujours important, le risque suicidaire doit constituer une préoccupation permanente. Ici, la prévention du passage à l’acte suicidaire donne des résultats probants mais c’est là aussi que ce dernier peut tout de même survenir malgré les efforts consentis pour le prévenir. Quand le sujet malade veut en finir, il y arrive presque toujours. C’est le cas de celui qui présente une mélancolie délirante.

Mais le passage à l’acte suicidaire n’est pas seulement le fait du malade. La souffrance psychique et la douleur morale peuvent également s’emparer d’une personne jusque là saine mais fragilisée par ses conditions de vie. Des problèmes familiaux importants, la perte d’un emploi ou le chômage (du jeune notamment), des conditions de vie misérables et/ou humiliantes peuvent plonger un individu dans un sentiment d’indignité insupportable et l’amener à envisager la mort comme l’ultime solution. Le harcèlement moral et/ou sexuel, je le soulignais, constitue aussi un élément hautement fragilisant notamment chez la femme qui travaille. Plus généralement, l’irruption du suicide comme un phénomène social gravissime dans notre pays peut trouver son explication dans la dégradation des conditions d’existence du citoyen. C’est pourquoi, à n’en pas douter, la presse nationale en parle très régulièrement. Non pas pour simplement en égrener la comptabilité mais surtout pour tirer la sonnette d’alarme et attirer l’attention des pouvoirs publics sur la souffrance « chronique » de la population. Ici cette souffrance est objective même si les sujets, femme ou homme, souffrent chacun avec sa spécificité. Ici, il est vain de faire appel à la médecine pour prévenir le passage à l’acte suicidaire. Si cette dernière, je veux dire la médecine peut être d’un apport et/ou d’un conseil, ceux-ci sont toujours limités. La médecine ne soigne pas le malheur et si l’individu est dans le désespoir parce que ses conditions de vie sont sordides ou misérables, la solution à cela est ailleurs. Dans la décision politique. Le bien-être et le bonheur sont les garants de la santé et bien sûr la meilleure prévention du passage à l’acte suicidaire. Il faudra certainement que les pouvoirs publics y pensent et, de ce point de vue, beaucoup reste à faire. Les décideurs devraient revoir les critères qu’ils ont mis en place pour évaluer l’indice de développement humain (IDH) dans notre pays et prendre exemple sur le Bhoutan, ce tout petit pays d’Asie centrale qui a remplacé le PNB (produit national brut) par le BNB (bonheur national brut) comme indice de développement et d’évaluation de la santé des citoyens de ce pays. Je pense que vous comprenez ma pensée…

4 – Des études prospectives ont-elles été menées jusque-là, permettant de cerner la question et d’avoir des statistiques fiables?

A ma connaissance, aucune étude sérieuse n’a été faite dans notre pays. Ni prospective ni rétrospective d’ailleurs. Nous n’avons donc pas de statistiques nationales exactes et tous les chiffres avancés ici ou là sont de la pure spéculation, une improbable approximation. Les pouvoirs publics se sont, jusque là, contentés de collecter les chiffres épars donnés par la protection civile ou les services de sécurité et ceux-ci sont souvent incomplets pour ne pas dire tronqués. Pour autant il aurait suffit de constituer une banque nationale de données sur le suicide. Sa prévalence – c’est le nombre de suicide par an pour 100 000 habitants – serait connue avec exactitude et le profil des suicidés aurait été appréhendé dans les détails. Age, sexe, état civil, niveau socioculturel, scolarité, activité professionnelle, suivi psychiatrique antérieur, présence ou non de maladies mentales dans la famille, etc., auraient été des éléments d’information précieux qui auraient pu être collectés grâce à un questionnaire établi par les spécialistes et standardisé. Des informations qui auraient permis de bien comprendre les motivations psychologiques, sociales, etc., qui ont amené au passage à l’acte suicidaire. Bien sûr, il aurait fallu pour cela installer dans chaque wilaya une cellule de veille (je la nomme ainsi mais elle peut être appelée autrement) dûment mandatée et constituée d’un médecin, un ou une psychologue et une assistante sociale. Ces personnes se rapprocheront systématiquement de la famille du suicidé pour mener cette enquête et collecter les informations nécessaires à la constitution de la banque nationale de données. Un travail lourd, toutefois réalisable mais surtout indispensable pour avoir une photographie exacte du suicide dans notre pays. Il faut doter ces cellules de veille de cette prérogative et mettre à leur disposition tous les moyens dont elles auront besoin pour mener à bien cette tâche. Sans une réelle volonté politique cette mission est bien sûr impossible. Cette volonté politique sera manifeste, justement, quand l’observatoire national sur le suicide, pour lequel personnellement je plaide depuis longtemps, sera une réalité.

5 – Rapporter des cas de suicides dans la presse en s’étalant trop sur les détails n’est-il pas susceptible de pousser certains sujets fragilisés à passer à l’acte?

J’ai effleuré le rôle de la presse à votre première question. Si j’ai la conviction que le journaliste doit avoir la possibilité de faire son travail en toute liberté, j’ai également la certitude que le traitement de certains sujets mérite le respect strict de l’éthique et de la déontologie. Le suicide est de ceux-là. La question de savoir s’il faut interdire l’information concernant ce sujet a été évoquée par certains. Celle de la réglementer également. Le lecteur, le journaliste aussi, doit savoir que l’organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux de pays, à sa suite, ont réglé ce problème en émettant un certain nombre de directives et/ou de recommandations. C’est ainsi que l’OMS a confectionné une brochure destinée aux rédacteurs d’articles qui parlent de suicide. Cette brochure a pour intitulé : Indications pour les professionnels des médias. Résumé de ce qui « doit être fait » et de ce qui « ne doit pas être fait »:

Quoi faire :

− Donner les informations sur les services d’assistance et les possibilités locales de prévention; − mettre l’accent sur les indicateurs de risque et les signes d’alerte; − collaborer étroitement avec l’autorité sanitaire en présentant les faits; − parler du suicide en terme de « suicide accompli » et non de « suicide réussi »; − publier uniquement les données appropriées dans les pages intérieures

Ce que l’on ne doit pas faire :

− Ne pas publier de photos ou de lettres de suicidés; − ne pas donner des détails précis sur la méthode employée; − ne pas donner de raisons simplistes; − ne pas glorifier ou faire du sensationnalisme à propos d’un suicide; − ne pas utiliser de stéréotypes religieux ou culturels; − ne pas répartir le blâme.

La presse algérienne ne tient pas compte, de toute évidence par ignorance, de ces recommandations.

Et voici ce que recommande le conseil suisse de la presse :

La directive 7.9 des droits et devoirs des journalistes, intitulée « Suicide », précise que les suicides ne peuvent faire l’objet d’une information que par exception, dans les situations suivantes : – lorsqu’ils ont provoqué un grand écho public ; – lorsqu’il s’agit d’une personnalité publique et pour autant que le suicide ait une relation probable avec la fonction de la personne ou les raisons de sa notoriété ; – lorsqu’ils se sont produits en relation avec un crime révélé par la police ; – lorsqu’ils ont un caractère de manifestation et qu’ils visent à rendre l’opinion attentive à un problème non résolu ; – lorsqu’ils suscitent une discussion publique ;lorsqu’ils donnent cours à des rumeurs et des accusations ».

 Quand au risque de voir s’amplifier le passage à l’acte suicidaire du fait de l’inflation de l’information, je pense qu’il est permis d’en douter. Le brusque intérêt pour les chiffres a amené certains journalistes a évoqué un possible phénomène de contagion et/ou une épidémie de suicides. Chacun sait qu’il n’y a pas de réelle contagion en la matière. Des cas individuels d’imitation ont quelques fois été rapportés mais ils sont isolés. Il s’agit pour l’essentiel de cas de tentatives de suicide. Cependant, tous les ingrédients sont, dans notre pays, réunis pour faire du passage à l’acte suicidaire un phénomène qui peut se généraliser pour devenir un fléau social qui confine à l’épidémie. Les causes sociales sont identifiables et le phénomène de généralisation, dont elles pourraient être responsables, donnent toute leur signification aux passages à l’acte suicidaire individuels mais aussi, je dois le souligner, aux passages à l’acte collectifs tels que l’émigration clandestine (harragas) ou les émeutes qui éclatent ici ou là.

S’il n’y a pas de réelle épidémie du suicide dans notre pays, l’« épidémie de la peur du suicide » est une réalité. La récurrence de l’information réveille sans doute chez les sujets les plus fragiles une anxiété importante avec émergence de phobies d’impulsion (peur du passage à l’acte suicidaire) et autres attaques de panique. Les personnes font toutes un lien entre leur état de détresse psychologique et la lecture des journaux. Une détresse psychique qui s’inscrit dans la logique d’une pathologie mentale particulièrement sensible à l’événement extérieur. L’information venant, dans ces cas, réveiller une angoisse en sommeil.

6 – En Algérie, des voix moralisatrices s’élèvent pour impliquer la religion dans l’origine de la crise psychologique qui amène le sujet à passer au suicide. Qu’en pensez-vous?

Une démarche qui a été, dans notre pays, le fait de quelques hommes politiques. Des visées électoralistes qui n’ont pas porté les fruits attendus, une attitude globalement marginale qui n’a pas amené l’adhésion de l’opinion publique. Cela dit, la religion – les religions, je devrais dire – ont une proximité avec le passage à l’acte suicidaire, au moins parce qu’elles interdisent celui-ci. Chacun sait que les religions monothéistes (musulmane, chrétienne et judaïque) condamnent le suicide. « Dieu a donné la vie, Lui seul peut la reprendre ». Un commandement, une conviction qui devrait, à priori, interdire au sujet de mettre fin à ses jours. C’est pourquoi dans les pays musulmans le suicide semble s’y produire moins souvent, au regard du taux de prévalence officiel qui est annoncé par les pouvoirs publics de ces pays. 2 à 4 pour 100 000 habitants en ce qui concerne l’Algérie. Pour les spécialistes, cependant, le suicide y est seulement moins visible socialement parce que, quand il survient, il est tu par les familles des victimes. Et pour cause, en commettant cet acte, le suicidé jette la honte sur sa famille. Un constat également relevé dans les pays du sud de l’Europe (Espagne, Portugal et Italie) et latino-américains, pays ou l’impact du christianisme est très important.

Pour autant, si le sujet en souffrance trouve quelques fois un apaisement dans ses convictions religieuses et éloigne de son esprit (de ses projets morbides) l’idée de la mort, quand la douleur morale devient envahissante et insupportable, elle amène l’individu à envisager le désir de mourir comme un acte inéluctable, comme la solution ultime. Des cas de figures où la religion ne constitue plus un obstacle au passage à l’acte. A l’exemple des personnes qui présentent des pathologies mentales graves, telle que la dépression mélancolique ou encore les maladies délirantes comme la schizophrénie. Mais les maladies mentales n’expliquent pas à elles seules le suicide et les souffrances qui y conduisent peuvent trouver une origine dans l’existence quotidienne des individus, en particulier quand celle-ci (l’existence) est faite d’humiliation et d’indignité. Et si le suicide se fait aujourd’hui plus visible dans notre pays, c’est sans doute aussi parce que la vie y est devenue insupportable. C’est probablement pour cela aussi que le désir de mourir se fait plus spectaculaire et qu’il veut prendre à témoin l’opinion. Je fais allusion ici au suicide par immolation. Un acte sacrificiel qui veut dire la souffrance du sujet mais pas seulement, parce que celle-ci (la souffrance) est aujourd’hui plus généralement partagée par un nombre de plus en plus grand de citoyens.

Pour en revenir à la manipulation idéologique du suicide, je pense qu’il est vain de faire appel à la culpabilisation par la religion pour faire obstacle à ce passage à l’acte. Jeter l’anathème sur un sujet qui a en réalité perdu l’initiative sur sa vie est inacceptable et n’est pas, de toutes les façons, la solution. Je le disais dans une publication antérieure, il est injuste d’opposer au tragique problème du suicide l’opprobre et d’ajouter, à la souffrance des sujets et de leurs familles, la condamnation. Cela est d’autant plus déplorable quand opprobre et condamnation s’habillent de la responsabilité religieuse et/ou politique pour jeter le doute sur la moralité d’une personne qui vient de mettre fin à ses jours. Cela jette, à titre posthume, le discrédit sur une victime  (et sur sa famille) dont le désespoir objectif est disqualifié au profit d’une prétendue perversion de ses mœurs.


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