DzActiviste.info Publié le sam 12 Avr 2014

Le sursaut salutaire

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alwatan MIHOUBI El Mihoub     

Le succès de la Révolution algérienne a été possible grâce aux grands sacrifices du peuple algérien et le consensus que les nationalistes, toutes tendances  confondues,  ont réussi à réaliser, autour des objectifs assignés à la lute de libération nationale. Ce consensus a été préservé jalousement jusqu’à  la libération du pays du joug colonial, malgré les difficultés internes et externes rencontrées.

Face à l’épreuve du pouvoir,  le Congrès de Tripoli en 1962,  a échoué à   définir les fondements de l’Etat algérien renaissant et à dégager une direction nationale éclairée  capable de s’atteler à l’édification du jeune Etat sur la base des principes  et valeurs démocratiques  universelles  contenus dans la déclaration  de Novembre. Cet échec  a sonné le glas du  consensus révolutionnaire et a livré le pays aux luttes intestines pour la prise du pouvoir, entre compagnons d’armes et frères de combats.

Le pouvoir  qui s’était autoproclamé  était de nature verticale et autoritaire. Il avait bâti sa force   et consolidé  ses  assises   sur  l’institution  militaire  et le parti unique  qui avaient  monopolisé l’activité politique nationale, au nom de la légitimité historique et révolutionnaire. Lesquelles   institutions étaient devenues des  pépinières dont lesquelles le pouvoir puisait des cadres placés  aux postes de responsabilité  et qui étaient  devenus ses obligés.

Le contexte historique,  sous-régional et international de l’époque, dominé par  les convoitises,   les visées expansionnistes, les luttes d’influences,  ainsi que la confrontation  idéologique ,  dont notre pays n’était pas épargné,  avait  favorisé  le  renforcement  des assises du  pouvoir en place,  grâce au large soutien d’une  population imbibée de nationalisme et  fière d’avoir arraché  son indépendance.

Cette  démarche, autoritaire et populiste, a  conduit, au fil des années, à l’instauration d’un régime clanique  sacralisé dont  la  face institutionnelle apparente  est l’institution présidentielle, qui concentre tous les pouvoirs  en  réduisant  les  institutions  de l’Etat  au  rôle   de caisse de résonnance.

Le chef de l’Etat,  élu par  une élection- désignation,   devenait  la  cheville ouvrière  du système et le passage obligé du processus décisionnel.

En se perpétuant, cette pratique  a  empêché  le pays  de se doter d’institutions de gouvernance authentiques, capables de  lui permettre   de profiter  pleinement  de toutes ses potentialités, humaines et matérielles.

Le capital-confiance,  véritable pacte social  fondé, sur la « légitimité révolutionnaire et  historique »  a été progressivement érodé.  En devenant  un fond de commerce  pour le  maintien  au pouvoir,  cette forme de légitimité a  cédé  la  place à l’allégeance et  au  clientélisme.

Le fossé entre gouvernants et gouvernés s’est donc  élargi,  au point de désintéresser  et même de dépiter la grande majorité des citoyens de la chose politique et du service public.

L’étouffement, sinon l’écrasement de toute voix d’essence démocratique avait dissuadé l’élite de s’engager dans la lutte politique au quotidien ce qui avait  démobilisé la société et empêché l’émergence d’une opposition légitime, crédible et structurée.

Ainsi, le pouvoir  n’a  pas   contribué à l’enrichissement de la vie politique nationale. Il l’a plutôt   entravée et  compromise,     empêchant  la  constitution  de grands partis  politiques et une société civile,  avec à leur tête,   des hommes et des femmes  capables  de concourir, dans le respect des obligations et le sens des  responsabilités   qu’imposent   la charge élective  et la mission de service public. Celles-ci devant  être acquises dans la transparence et l’équité  sur la base de la compétence, des idées et des programmes,  et assumées  comme un sacerdoce, avec  conviction, courage et esprit d’abnégation.

Aujourd’hui, le sentiment nationaliste est encore vivace.  La sagesse acquise  dans les difficultés et les épreuves  endurées,  les  luttes pacifiques au nom d’un idéal démocratique menées  par une  avant-garde éclairée   ont contribué à la maturité politique  du peuple algérien.

Dans un contexte sous-régional et arabe, perturbé et incertain incitant au pire,  notre peuple est, fort heureusement, resté maitre de lui-même et a fait preuve de lucidité  et de retenu,  hormis  les   expressions de colère et de mécontentement  légitimes motivés par la mal vie et les difficultés que rencontrent les citoyens au quotidien.

Ce  sens aigu des responsabilités  et de discernement  auquel  s’ajoute  le  renouvellement des générations,  capables de prendre en main les destinées du pays incite,   les détenteurs du pouvoir à faire montre  d’écoute et de disponibilité ,  face aux  aspirations largement exprimées  de manière pacifique et d’y répondre avec  lucidité politique, perspicacité et sens des responsabilités afin d’éviter au pays de nouveaux  dérapages et un surcroit de   malheurs.

L’évolution des  systèmes de gouvernance   et de communication de par   le  monde, y compris dans certains pays du tiers monde qui ont réussi à émerger et à échapper à la tentation du système oligarchique, exigent que les appels,  dans notre pays,  pour le changement du mode  de gouvernance doivent être  bien compris et entendus, dans l’intérêt de tous.

Force de constater, aujourd’hui,  que  ni les revendications pacifiques ou violentes que le pays a enduré, ni les changements destructeurs  qu’ont connu certains pays proches de nous,  n’ont  suffit  pour dissuader les tenants du pouvoir de s’écarter de   la voie clanique et clientéliste  dans la conduite des affaires du pays ,  pour s’engager  résolument  dans la voie des réformes politiques tant attendues,  plusieurs fois annoncées et chaque fois  différées.

Depuis  les évènements tragiques d’octobre 1988 et la décennie noire qui a endeuillé tout un peuple, le pays n’en finit pas de parachever  sa  transition politique vers un système démocratique dans lequel la souveraineté revient au peuple à travers des institutions librement élues. Plusieurs opportunités ont été manquées pour engager et achever les réformes politiques, économiques et culturelles tant souhaitées par le peuple algérien.

Le destin  de l’Algérie  ne devrait plus  dépendre  de l’issue des guéguerres  et des luttes intestines  entre factions au pouvoir  et autour du  choix  de la personnalité  qui sera cooptée  pour diriger le pays pour un  mandat de cinq ans, mandat  que nous savons d’avance renouvelable,  selon   les circonstances et les rapports  des forces en présence.

L’exemple  du  Président Liamine ZEROUAL  qui  a écourté la durée de la période de transition,  pour laquelle il a été désigné, ainsi que celle du  mandat présidentiel, pour lequel il a été massivement élu, est considérée, dans un système monopolistique,  comme une ineptie sinon une hérésie.

Le Président ZEROUAL voulait, certainement,   donner l’exemple  en passant  la main, après avoir réhabilité les institutions de l’Etat, endigué  la crise et lancé le processus conduisant à la réconciliation nationale,  tout en jetant les  fondements d’une pratique politique démocratique.

En agissant ainsi, il a cru, un moment,  avoir parachevé l’édifice institutionnel  d’un ’Etat moderne. Il a  inscrit à son actif  la règle constitutionnelle de l’alternance au pouvoir qui a  été adoptée par référendum populaire, pour qu’elle soit remise en cause, en dehors du respecter du principe du parallélisme des formes, s’agissant d’une disposition constitutionnelle importante.

L’œuvre  de réhabilitation de l’Etat   accomplie  en si peu de temps, moins de cinq ans,    dans un contexte politique, économique et social  des plus  difficile et un environnement international  des plus hostile , avait besoin,  seulement,  d’être consolidée  et approfondie.

Le peuple algérien assiste, médusé et désorienté   durant la campagne électorale qui s’achève,  à toutes sortes de  manœuvres et de   manipulations tendant à   perpétuer l’ordre établi par le recours aux mêmes méthodes et aux mêmes procédés  usés et dépassés qui ne peuvent plus convaincre pour  rallier une population fatiguée  et désabusée. Le tout couvert par une agitation médiatique propagandiste des plus stériles, qui ne respecte ni les règles de l’éthique politique, ni les règles du savoir vivre ensemble et encore moins la grandeur de notre pays et son histoire glorieuse. Les discours démagogiques, populistes et creux  qui sont crachés  à la face des citoyens  visent  à l’évidence   à  détourner  l’attention de l’opinion publique des débats  sérieux et enrichissants et des préoccupations réelles auxquelles est confrontée la population.

Cette élection présidentielle, pour un quatrième mandat,  est perçue  par l’immense  majorité des citoyens, mécontents et en colère,  comme un non évènement, à cause   des desseins inavoués  qui lui ont été assignés et les conditions dans lesquelles elle se déroule, desseins  disqualifiant  moralement  et politiquement pour  leurs  auteurs et  dégradants pour le pays .

Cette propension à vouloir le pouvoir et à le conserver,  en dépit de tout et de tous, qui s’accompagne de dépassements  ostentatoires  graves et parfois insultants,  risque    fort  de saper les fondements  de la cohésion et de  l’unité nationales, de compromettre l’avenir du pays en  l’exposant   à tous les  dangers qui l’entourent .

Cette  pratique s’écarte des règles de la bonne gouvernance et ignore les pulsations profondes des masses populaires,  leurs aspirations et revendications  légitimes. Elle  fait  fi des mêmes causes qui avaient  conduit au vote sanction de 1991 et la tragédie nationale qui  en est résulté.

Cette tragédie, faut- il le rappeler, a coûté au  pays de  lourds sacrifices, en pertes humaines et matérielles  inestimables, en douleurs et  en souffrances  inconsolables, tout en   compromettent son  développement  et   en ternissant  son  image   dans le monde.

Si le pays a pu sortir de cette épreuve douloureuse, c’est grâce à l’engagement et à la mobilisation volontaire des patriotes inconditionnels, ainsi que grâce à la sagesse et à la perspicacité des uns et des autres qui ont su transcender leurs intérêts particuliers ou partisans.

Cette tragédie  dont nous continuons   à subir   les  conséquences  et à  en panser les blessures  est, aujourd’hui, fort heureusement  derrière nous.  Mais  en avons-nous   tiré tous les enseignements ? La frustration  et la colère populaires  grandissantes,  chaque jour davantage, prouvent  qu’il n’en est rien.

Cette situation  devrait inquiéter et  interpeller  les tenants du pouvoir, les candidats à la magistrature  suprême,   ainsi que  tous  les  partis politiques, les acteurs de la  société civile et tous les citoyens sincèrement préoccupés et concernés par le présent et l’avenir de leur pays qui n’est pas à l’abri des  dangers qui le guettent, faut-il le souligner.

Après plus de cinquante ans du recouvrement de la souveraineté nationale,  grâce à une lutte de libération nationale héroïque  et plus d’une décennie noire  qui a failli ébranler les fondements  de l’Etat algérien,  est-il raisonnable, sage et patriotique d’enferrer le destin de toute une Nation au  sort d’un homme,  qu’elle qu’il soit,  ou d’un clan?

Le  peuple algérien a de nouveau rendez-vous  avec  son histoire. Il   ne devrait pas manquer cette opportunité en mettant à profit les leçons du passé.

Des voix patriotes, des plus qualifiées  et des plus sages,  s’élèvent ici et là, pour souligner la nécessité du changement et pour tirer la sonnette d’alarme quant aux risques gravissimes  auxquels peut conduire la situation absurde que nous vivons, après tant de combats et de  sacrifices pour l’émergence,  de manière pacifique, d’un pouvoir d’essence authentiquement populaire.

La voix de la sagesse et celle de  la primauté de  l’intérêt du pays, mis au-dessus de tout,  doivent  prévaloir, dans le traitement avec  lucidité, courage et  esprit d’abnégation tous  les problèmes nationaux.

La  stabilité  et la  sécurité  du  pays ne peuvent  être garantis  que par l’engagement  résolu,    sans plus tarder,  pour  la mise en œuvre des  règles  démocratiques universelles   de bonne gouvernance.  Un mode de gestions des affaires  publiques au seul service de la collectivité nationale,   exercé  par des institutions authentiques  « qui survivent aux hommes »,  comptables de leurs actions et dont les règles  fondatrices, adoptées par référendum populaire,  doivent être   intangibles. Un Etat de droit qui  respecte les libertés individuelles et collectives, la séparation et l’équilibre des pouvoirs,   l’indépendance de la Justice, le respect  de  la liberté d’entreprendre,  la création de commissions parlementaires   d’enquêtes et une haute autorité indépendante de contrôle des médias publics et  privés.

C’est par une véritable praxis sur nous-mêmes,  que notre sort individuel et national sera transformé  et nos conditions de vie améliorées, car « Dieu ne modifie rien en un peuple avant que celui-ci ne change ce qui est en lui » (Sourate Arraad, verset 11).

Quels que soient les conditions dans lesquelles ce scrutin se déroulera, en espérant qu’elles soient conformes à la légalité et à l’équité, et les résultats  auxquels il aboutira, le sens des responsabilités et du devoir à l’égard de notre peuple  et de notre pays imposent la retenue et la sagesse dans le traitement des difficultés qui pourraient surgir.

Toutes les forces patriotiques  institutionnelles, partisanes, associatives ou individuelles   devraient transcender  leurs   divergences et leurs préoccupations  spécifiques dans le traitement de la situation qui se présentera à eux,  avec un sens  politique aigu et perspicacité  pour que des décisions justes et efficaces soient prises pour faire face à toute  alternative.

Chacun doit  œuvrer  pour que   toutes les énergies et toutes les bonnes volontés s’unissent  au sein d’ un mouvement d’ensemble pacifique porté par un  élan fort et déterminé pour  que  le  changement souhaité  s’accomplisse pacifiquement , dans le respect des règles de liberté et de démocratie..

Les dangers à conjurer sont réels et très graves. Le pays est guetté, soit par l’approfondissement du découragement, la démobilisation et l’indiscipline déjà  très perceptibles  dans nos villes et villages,    soit par  l’anarchie,  la désobéissance civile  et l’insécurité permanente, autant de causes avérées de déstabilisation des fondements des  Etats.

 

La majorité de l’électorat  dont la quasi-totalité est née  après l’indépendance, est aujourd’hui  à  la  recherche d’une voie de sortie honorable et pacifique  à la situation de blocage que vit le pays.  Elle fait montre de patience et de retenue devant  les  menées et basses manœuvres de divisions, de provocations et de régression. Elle appelle à la mobilisation citoyenne et unitaire, sans exclusive,  qui tournera le dos à tout esprit partisan, clanique,  tribal  ou  régionaliste.

Il est , par conséquent, urgent et salutaire  pour  que ces appels soient  compris et entendus  par tous et que tous  les citoyens,  intègres et  patriotes, qui  constituent  au demeurant   la majorité   de  notre peuple ,  se mobilisent et s’engagent   de manière solidaire pour  l’instauration  de manière pacifique   d’un système de gouvernance qui soit l’émanation d’une  volonté populaire réelle.

Cet engagement et cette mobilisation unitaire,  au service du seul intérêt général,   est  le  meilleur moyen  pour que  ce rendez-vous avec notre histoire soit l’opportunité décisive pour  la réalisation de manière pacifique du changement tant souhaité par l’immense majorité de notre peuple.

Ce sursaut citoyen et rassembleur doit s’inscrire  dans la durée et  dans le respect des valeurs démocratiques, des idées et des programmes des uns et des autres. Il  est de nature à canaliser tous les mécontentements, en extirpant  les germes de la discorde, du déchirement et de la division qui commencent à s’infiltrer dans le corps social national, résultats d’une longue  et mauvaise gouvernance qui a atteint ses limites.  Il  épargnera, ainsi,  à notre pays   des débordements  et des   dérapages  périlleux  qui pourraient mettre  en danger, sa stabilité  sa sécurité et  son unité.

Il  est, enfin, la seule issue réaliste, raisonnable et efficace à même de  garantir  le recouvrement  de la souveraineté populaire et la mise en place d’institutions réellement démocratiques, capables de  mobiliser toutes  les énergies et les potentialités  nationales au service d’un développement généralisé  et durable.

Est-il trop demandé aux uns et aux autres,  d’œuvrer  ensemble,  pour que notre pays retrouve enfin la paix,  la sérénité et la véritable concorde et réconciliation dont il a tant besoin,  ainsi que le chemin du développement  et du progrès humain réel qu’il mérite.  Ce grand pays qui fut l’exemple et le modèle à suivre pour beaucoup de peuples épris de paix, de justice et de liberté mérite cet effort de la part de  ses citoyens.

Les potentialités immenses, humaines et matérielles,  que recèle notre  beau pays, offrent  à chaque citoyen une chance  pour vivre dans la dignité, la paix, la sécurité et le confort, pour peu que  les principes et  les valeurs   qui ont scellés l’unité  du front  nationaliste artisan de  la Révolution du 1er Novembre 54, soient recouvrées et mis en avant  au-dessus de toute autre considération.

Gloire  à nos valeureux  Martyrs

MIHOUBI El Mihoub

mihoubinternationa@gmail.com


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