DzActiviste.info Publié le lun 11 Nov 2013

Le trouble obsessionnel compulsif (TOC): une interview à paraître dans le prochain numéro du mensuel Santé Mag.

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Cet entretien a été réalisé par la journaliste Ourida Aït Ali. Il a paru dans le numéro 24 de Santé Mag (santemag-dz.com), décembre 2013.

Question 1 : Pouvez-vous nous expliquer ce que sont les TOC ?

            Je me rappelle d’une jeune femme que je soignais pour cette maladie, le trouble obsessionnel compulsif (TOC). Les symptômes qu’elle présentait étaient caricaturaux – ce qui est d’ailleurs souvent le cas -, ils illustrent parfaitement notre sujet. Il s’agit d’une personne qui passait la majeure partie de sa journée à prier. Chaque prière était recommencée plusieurs fois. Avec cinq prières par jour, vous pouvez imaginer le temps que pouvait prendre cette entreprise. Quand elle avait fini de prier, elle devait recommencer parce que des pensées obscènes traversaient son esprit et polluaient sa prière. Des pensées récurrentes, qui s’imposaient à elle et qui envahissaient son esprit. Elle se sentait impure, coupable, et la seule solution était de recommencer à prier. Mais à l’idée de revivre cette épreuve, chaque prière de la journée était devenue une souffrance. Son anxiété était telle qu’elle s’en trouvait terrorisée. Pourtant, irrésistiblement, elle priait à nouveau, indéfiniment, avec la détermination (l’espoir ?) d’obtenir une prière non souillée. Elle était obsédée par cette souillure et elle essayait de se purifier par la prière qu’elle recommençait de façon répétitive, compulsive. Une activité, un rituel qui ne lui laissait aucun répit, aucun repos. Des pensées absurdes, incongrues, contre lesquelles elle résistait en vain et qui avait fini par avoir le dessus, par l’épuiser. Elle n’avait plus aucune énergie pour s’occuper de son foyer, de sa famille, ce qui, naturellement, avait gâché sa vie et aggravé son sentiment de culpabilité. Les troubles ont commencé quand cette jeune femme a découvert que son père – un homme pieux, plusieurs fois hadj, qui incarnait la pureté et pour lequel elle avait une admiration sans bornes – avait une liaison extraconjugale. Pensées obscènes et obsession d’impureté, prières compulsives, ritualisées pour se purifier. C’est cela le TOC.

            Les obsessions sont nombreuses. Les plus souvent rencontrées sont la peur (la phobie) des microbes, de la contamination qui interdisent de toucher la main aux gens et qui entrainent des rituels de lavage et de nettoyage ; perfectionnisme et ordre qui donnent lieu à des opérations incessantes de rangement ; pensées obscènes ou actes sexuelles envers ses proches auxquels le sujet opposent des rituels de purification ; doute sur des actions qui viennent d’être faites comme par exemple fermer une porte ou fermer le gaz avec l’envie irrésistible de procéder à la vérification ; trouble de l’accumulation compulsive, la « syllogomanie » ou TOC des collecteurs , qui entraine l’individu dans le ramassage d’objets de toutes sortes, dont il ne peut se débarrasser, etc. L’anxiété accompagne toujours ces troubles, ce qui les met, sur le plan de leur classification nosographique, dans la catégorie des troubles anxieux. C’est d’ailleurs cette anxiété, qui constitue une souffrance profonde et qui confère, à ces symptômes, leur caractère pathologique. Toutefois, chacun peut présenter ces symptômes mais ceux-ci ne doivent pas gêner le sujet et gâcher sa vie et celle de sa famille. A titre d’exemple, la « manie » de vérifier le soir, avant de dormir, que les portes sont bien fermées constitue un rituel commun à de nombreux individus. Les sujets qui ont peur de la saleté et qui se lavent plusieurs fois dans la journée sont légion. Est-ce pour autant des personnes malades ? Assurément non, sauf si la vérification occupe toute la nuit et entrave le sommeil ou que le lavage des mains constitue la seule activité de la journée. En réalité, quand ils sont répétés à l’extrême – ils doivent durer plus d’une heure par jour -, ces comportements ne correspondent plus à une simple manie. Le quotidien des personnes atteintes en est alors franchement perturbé. Quand les symptômes envahissent la vie du sujet et en font un être assujetti, un esclave, le TOC est installé. Le couple obsession-compulsion devient handicapant et inscrit le sujet dans la maladie.

            Dans le décours du trouble obsessionnel compulsif, un épuisement psychique, voire un véritable état dépressif, peut survenir et compliquer le TOC. Des troubles de l’alimentation, une boulimie ou au contraire une anorexie, une phobie sociale sont également observés. Quand l’anxiété devient envahissante et intense, il n’est pas impossible que le sujet recourt à l’alcool ou à d’autres drogues pour la réduire. Une dépendance à l’alcool est retrouvée dans 20% des cas. Une complication qui aggrave le handicap et accélère souvent la désinsertion sociale et professionnelle. Enfin, il n’est pas inintéressant de noter que certaines affections neurologiques, le syndrome de Gilles de la Tourette ou encore le chorée de Huntington, sont fréquemment associées au TOC.

            Le diagnostic est facile à poser, notamment pour le professionnel. Il se fait sur l’analyse des symptômes présentés. Mais il existe des tests (des questionnaires) qui mesurent la sévérité et l’intensité du TOC. L’échelle obsession-compulsion de Yale-Brown (Y-BOCS) est la plus utilisée, elle mesure la durée des obsessions, l’effort fourni par le sujet pour lutter et l’anxiété subséquente au trouble. Elle donne un score global compris entre 0 et 40. D’autres questionnaires peuvent être utilisés pour apprécier les troubles psychiques associés au TOC, la dépression notamment. Le diagnostic doit être rapidement posé pour donner au traitement les meilleures chances d’aboutir. Le sujet présentant le TOC ne consulte pas spontanément parce qu’il a honte de ses symptômes qu’il trouve absurdes. Pourtant il a conscience que ses obsessions sont anormales et exagérées.

            L’évolution est variable d’un sujet à un autre. Quelques fois les symptômes ne sont pas intenses, ils sont supportables et peuvent être compatibles avec une vie « normale ». D’autres fois, ils évoluent et s’aggravent, ils constituent alors un handicap sérieux et empoisonne la vie du sujet et celle de sa famille.

 Question 2 : Quelles en sont les causes ?

            Les causes sont méconnues. Même si quelques unes sont évoquées, aucune n’est définitivement validée. Facteur familial avec participation génétique supposée du fait d’une plus grande prévalence chez les jumeaux homozygotes (par rapport aux dizygotes), facteur infectieux (streptocoque) et immunologique, facteur hormonal ou encore traumatique, facteur environnemental, etc. Autant de causes qui n’ont pas été étayées de façon formelle. Un sous-type de trouble obsessionnel compulsif survenant chez l’enfant à la suite d’une infection par le streptocoque béta hémolytique A (angine, rhinopharyngite, etc.) a été décrit. Cette affection auto-immune (Le PANDAS) concernerait un dixième des enfants présentant un TOC. Les traitements immuno-modulateurs, seraient, dans ce cas, une thérapeutique efficace. Des dysfonctionnements neurobiologiques seraient à l’origine de l’apparition du trouble obsessionnel compulsif. Lequel dysfonctionnement concernerait les connexions entre le cortex préfrontal, le système limbique et les ganglions de la base. Cette hypothèse qui s’appuie notamment sur l’efficacité des traitements médicamenteux, en particulier les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, continue à susciter l’intérêt des chercheurs. La concentration de la sérotonine intracérébrale et/ou la sensibilité des neurorécepteurs spécifiques à cette hormone semblent être au cœur du problème.

Les facteurs psychologiques et les événements de la vie (le stress) favoriseraient l’apparition du trouble et en accentueraient les manifestations.

Question 3 : A quel âge apparait le TOC ?

               Cette maladie peut apparaître durant l’enfance ou à l’âge adulte. Pour certains auteurs, les premiers symptômes apparaitraient à la fin de l’enfance (10/12 ans) – quelques fois ils surviennent plus tôt -, ou durant l’adolescence. Un enfant par classe souffrirait de trouble obsessionnel compulsif. Les symptômes passent souvent inaperçus, les parents et les enseignants – mal ou pas du tout informés – les assimilent à des « manies » habituelles à cette période de la vie. Ni les uns ni les autres ne prennent conscience de la souffrance naissante de l’enfant. Selon la littérature, plus de 60 % des cas débuterait avant 25 ans et moins de 20 % après 35-40 ans. Les hommes et les femmes seront touchés indifféremment et une personne sur cinq sera concernée par le TOC une fois dans sa vie. Le trouble obsessionnel compulsif entraine, au plus fort de la manifestation des troubles, une désocialisation avec désinsertion professionnelle chez l’adulte et une rupture de scolarité chez l’enfant ou l’adolescent. C’est pourquoi, il faut vite consulter. Dès les premiers symptômes, en tout cas avant que les obsessions et les rituels n’envahissent les activités quotidiennes et ne deviennent invalidants.

 Question 4 : Est-ce que ces troubles sont fréquents ?

               Le trouble obsessionnel compulsif est une pathologie psychiatrique fréquente qui concerne en général le sujet jeune. 2 à 3 % de la population générale serait concerné par cette affection. Cette prévalence atteindrait 3,6% chez les adolescents. Une prévalence plus grande que la schizophrénie qui, elle, concerne seulement1% de la population. Un million et demi à deux millions de français présenteraient un TOC, cette affection empoisonnerait la vie de 700 000 à 1 000 000 de personnes dans notre pays. Aucune enquête n’a été réalisée, dans notre pays, pour évaluer la prévalence du trouble obsessionnel compulsif. Il est cependant certain qu’il s’agit d’un désordre psychique fréquemment observé à nos consultations, même si de nombreux patients ne consultent pas spontanément – seuls 40 % des personnes atteintes vont voir le médecin – parce qu’ils ont honte de leurs symptômes ou parce qu’ils ont peur d’être traités de fous. Par ailleurs, l’association de symptômes n’appartenant pas au TOC peut masquer pendant longtemps la maladie, retardant ainsi le diagnostic. Pour autant, tous les psychiatres connaissent cette pathologie, sa gravité et le handicap dont elle est responsable.

Question 5 : A quel moment faut-il consulter ? A qui faut-il s’adresser ?

              Les réponses à ces deux questions me paraissent évidentes. Le sujet doit consulter dès que les symptômes apparaissent, et en tout cas avant que ceux-ci ne génèrent un handicap ou des conflits avec l’entourage immédiat, la famille et/ou le milieu professionnel. Faut-il déjà consulter quand le sujet présente quelques idées fixes, obsédantes, qui s’imposent à son esprit sans qu’il puisse s’en débarrasser, ou qu’il insiste de façon irrésistible sur des comportements qui lui paraissent absurdes comme par exemple vérifier plusieurs fois dans la nuit si la porte de sa maison est fermée ? Oui sans doute, si ces situations sont accompagnées d’une angoisse importante et si sa vie commence à être gâchée. Mais le sujet doit impérativement penser à consulter – si ce n’est pas le cas, l’entourage doit y songer – quand, chef de famille, obsédé par le rangement et l’ordre, il devient nerveux, irritable et violent vis-à-vis de ses enfants et de son conjoint… parce qu’il n’arrive pas, notamment, à les impliquer dans ses rituels de rangement ; quand, responsable à l’entreprise, il devient coléreux, ne supporte plus ses collaborateurs et qu’il terrorise ces derniers parce qu’ils lui apparaissent désordonnés, et qu’il n’arrive pas à les faire participer à ses opérations incessantes de rangement. Quand de tels conflits avec l’entourage apparaissent, les rituels compulsifs sont installés depuis longtemps. La période des idées ou pensées obsédantes avec l’anxiété qui les accompagnent est déjà dépassée. A ce stade, il n’est pas encore trop tard pour consulter. Le sujet est entré en résistance contre les symptômes qui l’envahissent et a besoin d’être aidé dans cette entreprise d’opposition. Malheureusement, beaucoup de sujets ne vont pas, à cette phase de la maladie, voir le médecin. Parce que, je le disais, le malade honteux de l’absurdité de ses troubles, n’ose pas en faire part, même à son entourage immédiat… qui a généralement déjà remarqué le changement du comportement du sujet. Pour autant, à ce moment précis que le psychiatre ou le psychologue peuvent encore lui apporter l’aide nécessaire. Le médecin de famille, s’il est consulté à temps, sera toujours d’un bon conseil, il l’orientera opportunément chez le spécialiste.

          Chez l’enfant, les symptômes sont encore plus discrets. Les rituels, quand ils apparaissent, sont considérés par les parents comme des « manies » propres à cette période de la vie. A titre d’exemple, la peur de se salir va amener l’élève à ne pas accepter qu’on le touche et à des va-et-vient incessants vers les sanitaires pour se laver. Quand les obsessions deviennent importantes et que les rituels paralysent toute autre activité, en particulier les loisirs, l’enfant devient irritable, colérique et quelques fois agressif vis-à-vis notamment de ses frères et sœurs et/ou de ses camarades de classe. Il peut s’isoler et donner aussi l’impression d’être triste, mais c’est souvent la baisse du rendement scolaire qui alerte ses parents et ses enseignants. Il est impératif, pour éviter l’échec scolaire et réduire les troubles de l’adaptation de l’enfant, de faire rapidement le diagnostic. Le rôle des parents et des enseignants est primordial.

Question 6 : Quels traitements sont proposés pour ces troubles ? Quelle est leur durée ?

            Les thérapeutiques utilisées actuellement sont nombreuses. Elles peuvent être utilisées isolément ou associées pour optimiser leur efficacité.  Les techniques psychothérapiques se sont affinées, elles sont de durée plus ou moins brève et donnent des résultats appréciables. Elles sont associées ou non à la prescription d’un traitement pharmacologique. La cure psychanalytique n’est, aujourd’hui, pratiquement plus utilisée. De trop longue durée et n’ayant pas prouvée son efficacité, elle a été abandonnée. Toutefois, certains psychothérapeutes, adeptes de la classique névrose obsessionnelle, utilise encore cette technique thérapeutique pour faire un travail en profondeur et initier une modification de la personnalité, avec l’idée que c’est cette dernière qui fait le lit de la maladie. La doctrine psychanalytique considère en effet que les symptômes obsessionnels et les rituels compulsifs ne sont pas une maladie à part entière mais qu’ils sont le résultat d’un conflit intrapsychique et de la culpabilité qui lui est subséquente.

       Les thérapies cognitives et comportementales sont très utilisées. Leur efficacité est largement démontrée et le taux de rechute est faible notamment par rapport au traitement par les médicaments. Elles ne visent à modifier en profondeur la personnalité du sujet. Leur objectif est de transformer un comportement qui empoisonne la vie de la personne. Cette technique repose sur des exercices qui consistent à exposer le sujet, de façon répétée et contrôlée,  aux pensées et idées (obsessions) génératrices d’anxiété ; l’objectif principal étant de montrer à ce dernier (de lui faire prendre conscience) que l’anxiété qui l’envahit n’a pas de conséquence durable et que les rituels qu’il lui oppose pour la réduire sont de toute façon inopérants. Cette technique propose, pour lutter contre l’anxiété, une alternative aux rituels. Par exemple la relaxation musculaire et la modification des processus de penser, en apprenant à l’individu à« penser autrement » ses idées et ses pensées obsédantes afin de les « domestiquer » et de les rendre moins anxiogènes. Le principe de base étant que les comportements pathologiques ont été appris et qu’il est possible par un autre apprentissage de les défaire et de leur substituer des comportements nouveaux, mieux adaptés. Le thérapeute servant de modèle et de guide durant la séance mais aussi (de façon fictive) à l’occasion d’exercices exécutés à domicile. L’exposition à l’anxiété peut quelques fois être mal tolérée par le malade obligeant le thérapeute à arrêter la cure. Mais cela est rare. Les séances d’une durée de 45 minutes environ se répètent une fois par semaine. La durée du traitement est de 10 mois.

            Le traitement médicamenteux est utilisé seul ou en association avec les techniques psychothérapiques. Les molécules principalement utilisées sont les antidépresseurs. Ces produits sont prescrits à des doses généralement plus élevées que celles en usage dans les états dépressifs. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine – les substances sérotoninergiques –  ont la primeur du fait qu’ils ont peu d’effets secondaires. L’objectif de leur prescription est de lutter contre l’anxiété envahissante, ce qui contribuerait à l’extinction des pensées et idées obsédantes et donc à la disparition des rituels compulsifs. Les effets thérapeutiques sont tardifs et apparaissent au bout de quelques semaines. Ce qui, bien souvent, décourage le malade qui interrompt alors le traitement. Dans ces cas, il est possible de lutter contre l’anxiété en prescrivant des anxiolytiques mais toujours pour une brève durée, pour ne pas créer une dépendance. Il faut savoir que ce type de médicaments ne doit en aucun cas constituer le traitement de base du TOC. Dans les formes résistantes, enfin, il est habituel d’associer des molécules chimiques tels que les neuroleptiques.

            Est-il utile de souligner que des techniques de stimulation profonde, par des électrodes implantées dans des régions spécifiques du cerveau (noyau sous thalamique), sont testées avec des résultats encourageants ? Une méthode utilisée dans des cas très graves de TOC qui ne répondent pas aux thérapeutiques en usage. Une méthode qui reste invasive et qui mérite d’être confirmée par des études plus nombreuses. Un traitement qui n’est pas, pour l’instant, envisageable dans notre pays.

               Faire du sport ou encore avoir des relations sexuelles apportent un apaisement de l’anxiété ; organiser des loisirs et des occupations utiles et motivants permet de prendre du temps aux rituels et donc de réduire leur impact sur la vie du sujet ; maintenir une activité professionnelle et s’y concentrer en particulier… Ce sont là un certain nombre de mesures d’hygiène de vie et de conseils à donner au malade et à sa famille, afin de le stimuler et de l’aider à améliorer son quotidien.

              Le traitement est le même chez l’enfant. Les techniques cognitives et comportementales donnent de bons résultats notamment en association avec les produits médicamenteux. Utilisés seuls, ces derniers semble avoir une efficacité limitée.

Question 7 : Est-ce que ces traitements sont efficaces?

               L’évaluation de l’efficacité des traitements est essentiellement subjective. Elle peut être aidée par l’utilisation d’échelles ou de scores, mais c’est le confort obtenu par le malade et le sentiment de bien-être que celui-ci et sa famille peuvent manifester qui constituent les indicateurs de l’efficacité des traitements. Le sujet et ses proches ayant alors le sentiment d’être libérés de leur handicap commun. Le traitement semble encore plus efficace chez l’enfant. L’association thérapie cognitivo-comportementale et médicaments fait disparaître les rituels et permet à l’enfant de se concentrer sur des activités plus rationnelles et notamment de vivre plus facilement sa scolarité ou d’y retourner quand la maladie l’a éloigné de l’école. L’amélioration tarde toutefois à venir, au bout d’un mois environ.

Question 8 : Est-ce que les TOC peuvent conduire à une dépression grave, voire  au suicide ?

               Le trouble obsessionnel compulsif est, au plus fort de son expression (de son évolution) invalidant, en particulier quand il n’est pas traité. Des rémissions spontanées peuvent survenir mais des aggravations sont également observées à l’occasion notamment d’événements de vie stressants ou encore en période menstruelle chez la femme. A long terme et dans sa forme chronique, l’évolution est plutôt sévère, le TOC étant alors responsable d’un handicap et de la désinsertion professionnelle, sociale et familiale du sujet. L’hospitalisation dans ces cas peut s’avérer utile (nécessaire ?) pour prévenir ou pour traiter les complications, en particulier dépressives, qui émaillent le décours de la maladie. Mais il existe aussi des formes bénignes qui permettent au sujet de garder toutes ses facultés adaptatives avec la possibilité de continuer à exercer son métier et à avoir, en dépit de la maladie, une vie sociale et familiale relativement acceptable, normale.

              La relation entre le TOC et la dépression grave (et le suicide) n’est pas dialectique, quand bien même cette dernière (la dépression) constitue bien souvent le motif de la consultation. Il s’agit, en effet, de deux affections qui se côtoient presque naturellement, singulièrement quand le sujet présentant un trouble obsessionnel compulsif est handicapé par la maladie et qu’il constitue un véritable problème pour les siens. Dans ce cas, les compétences (organiser ses journées, planifier son temps, etc.) et les habiletés sociales de l’individu sont réduites voire absentes. Un sentiment de dévalorisation et une perte de l’estime de soi sont alors la règle et constituent le lit sur lequel l’état dépressif viendra, à plus ou moins long terme, s’installer et compliquer le trouble obsessionnel compulsif. Une complication qui peut être très sévère et mener au passage à l’acte suicidaire. Une éventualité qui survient généralement après plusieurs années d’évolution d’un TOC mal ou non traité et qui épuise le sujet. Ce dernier veut, dans un moment de désarroi profond, mettre fin à ses jours. Seule issue pour s’extraire à une situation qui lui paraît désespérée. Un dessein qui peut aboutir. C’est pourquoi, la maladie doit être diagnostiquée et traitée. Le risque suicidaire doit constituer une préoccupation permanente et être l’objet d’une surveillance particulière.

Question 9 : Quels conseils donneriez vous à la personne qui souffre de ces troubles, ainsi qu’aux parents ?

               Le climat familial est toujours perturbé par la survenue de la maladie chez un de ses membres. A plus forte raison quand cette maladie n’est pas bien comprise et que le caractère du malade s’en trouve altéré, comme c’est le cas chez celui qui présente un TOC. Le coût émotionnel pour les parents est énorme et l’épuisement qui s’en suit peut donner naissance à des attitudes d’incompréhension, parfois de déni de la maladie et à une agressivité mal contrôlée à l’égard du sujet affecté. Les parents sont désemparés et ne savent pas comment il faut soutenir et aider leur malade. Ils n’acceptent pas les symptômes présentés et oublient que le sujet souffre, qu’il ne peut pas s’empêcher d’avoir les idées et pensées absurdes, qu’il est incapable de lutter contre les rituels compulsifs qui l’envahissent. Ils pensent que le malade se laisse aller, qu’il est faible d’esprit ou encore qu’il n’a pas la volonté suffisante pour se débarrasser de ses troubles. En réalité, le sujet lutte contre les idées obsédantes qui le terrorisent et pour les chasser, il adopte des stratégies inadaptées, des comportements aberrants et bizarres, qui finissent par devenir à leur tour encombrants, par le déborder et gagner du terrain sur sa vie quotidienne. C’est pourquoi, celui-ci cache à ses proches sa maladie, sa folie. C’est pourquoi aussi, il faut le comprendre et agir pour l’aider sans porter de jugement, sans agressivité. Quand le climat familial est gravement perturbé, l’hospitalisation du malade peut constituer une solution pour éloigner momentanément le sujet de sa famille afin que ceux-ci prennent du recul sur cette maladie, une opportunité pour envisager des entretiens (psychothérapiques) avec les parents pour désamorcer la crise.

              Le TOC est une maladie qui soumet le sujet à un régime d’esclavage. Il est sous l’emprise permanente de ses obsessions auxquelles il oppose des rituels vains qui l’emprisonnent davantage et accentuent son asservissement. Asservissement auquel il tente d’associer son entourage. C’est pourquoi ces malades sont pénibles à vivre et qu’il est indispensable de ne pas céder à la tyrannie qu’ils veulent imposer à leur famille, quand bien même il s’agit de personnes qui attendent et « méritent » réellement attention et aide. Mais il ne faut pas céder car en empêchant les rituels d’envahir le climat familial, les proches du malade aident ce dernier à combattre la maladie. Le mari ne rend pas service à son épouse – qui présente une peur de la saleté et des rituels de lavages -, si celui-ci accepte la tyrannie de cette dernière qui lave et relave, plusieurs fois par jour, à l’eau froide et en plein hiver, ses enfants, parce qu’elle considère qu’ils sont toujours sales. S’il ne faut pas s’opposer à la douche quotidienne des enfants, il faut sans doute mettre un terme aux lavages multiples. Pour préserver la santé des enfants mais aussi pour ne pas donner libre cours à des rituels auxquels il faut résister et qu’il faut tenter de contenir. S’il faut montrer à l’épouse l’absurdité de tels comportements (rituel de lavage), il est aussi indispensable d’éviter de légitimer l’anxiété qui accompagne l’obsession de la saleté. Un risque de renforcement du couple obsession-compulsion.

               Le sujet qui présente un TOC tentera toujours de chercher, auprès des siens, une réassurance et de vérifier, autant de fois qu’il le peut, que la réponse compulsive (le rituel) qu’il a apporté à son obsession (la peur de la saleté) est la bonne réponse. Une quête qu’il faut fermement ignorer. Les questions du malade ne doivent pas trouver d’emprise, changer de sujet de discussion est la meilleure attitude à adopter. Ne pas renforcer ce désir permanent de réassurance est la meilleure aide à lui apporter.

                L’évolution de la maladie étant faite de hauts et de bas, il est nécessaire de ne pas comparer l’état du malade sur des périodes de courtes durées. Les progrès devant être mesurés sur le moyen ou même le long terme. De même qu’il est important d’accorder beaucoup d’attention aux plus petits progrès réalisés par le sujet qui doit être encouragé par l’entourage. Le moindre petit progrès, quand il est reconnu, peut servir de levier puissant pour faire faire davantage d’efforts au malade et lui faire prendre conscience que le travail qu’il fait sur lui-même est fondamental pour obtenir la guérison. L’entourage familial ne doit pas être avare de compliments.

              Comme l’adulte, l’enfant présentant un TOC essaie d’impliquer sa famille – ou ses camarades de classe – dans sa logique. Il est ressenti comme un tyran par ses frères et sœurs, ses parents ou encore les élèves de sa classe. S’il faut expliquer à ces derniers que l’enfant n’y est pour rien et que c’est la maladie qu’il faut combattre, il est aussi indispensable de ne pas accompagner celui-ci dans l’accomplissement de ses rituels comportementaux. Par ailleurs, les parents doivent être déculpabilisés. Nombreux sont les parents qui pensent que la maladie de leur enfant est en relation directe avec l’éducation qu’ils lui ont prodiguée. Rien n’est moins vrai en effet et les parents doivent le savoir pour mieux les armer à soutenir leur enfant dans sa souffrance.

               Quand l’affection est sévère, l’enfant ne peut plus aller à l’école. Dans ce cas, les parents, avec l’aide du thérapeute et de l’institution scolaire, doivent imaginer une solution adaptée pour ne pas faire perdre à l’enfant le bénéfice d’une scolarité. L’accompagnement et le soutien des parents – une véritable psychothérapie est parfois nécessaire – sont alors indispensables pour que ceux-ci soient en mesure d’aider l’enfant à vaincre ses TOC et à retrouver rapidement le chemin de l’école.


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