DzActiviste.info Publié le jeu 3 Mai 2012

Le Web algérien se mobilise pour Tarek Mameri, arrêté pour avoir diffusé des appels au boycott sur YouTube

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Capture de vidéo. 
 
Tarek était connu sur la Toile pour ses vidéos dans lesquelles il appelait à boycotter le prochain scrutin législatif algérien. Son cyberactivisme l’a mené derrière les barreaux, mais les réseaux sociaux algériens se mobilisent pour le soutenir.
 
Tarek Mameri, un jeune chômeur algérois de 23 ans, est connu pour son militantisme sur Internet. Mardi 1er mai à 21h, alors qu’il se trouvait avec deux amis près de chez lui, dans le quartier populaire de Belcourt à Alger, il a été abordé par quatre personnes, habillées en civil, se présentant comme des policiers. Ces derniers l’ont ensuite embarqué dans un véhicule banalisé. Les autorités n’ont pas pour l’instant communiqué sur les motifs de son arrestation. Les internautes sont toutefois persuadés que ce sont ses vidéos postées Youtube, dans lesquelles il appelle au boycott des élections législatives et où il critique les « combines » du régime du président Abdelaziz Bouteflika, qui valent à Tarek les foudres du pouvoir.
Dans cette vidéo, comme dans d’autres qu’il a mises en ligne ces dernières semaines, Tarek Mameri appelle à ne pas voter aux élections du 10 mai prochain et s’adresse directement au président algérien, Abdelaziz Bouteflika. Il accuse les personnalités au pouvoir de rouler pour leurs propres intérêts, de fermer les yeux sur les préoccupations d’une jeunesse désespérée. On le voit également mettre à terre des panneaux d’affichages dédiés aux candidats aux législatives.
Le jeune algérois, actuellement détenu au commissariat central d’Alger, devait passer le jeudi 3 mai devant le procureur de la république. Des proches et des syndicalistes soutenant le cyber-militant s’étaient donc rassemblés ce matin aux abords du tribunal Abane Ramdane. En fin de journée, le jeune homme n’avait toutefois toujours pas été présenté à la justice. Selon son avocat, Amine Sidhoum, membre du collectif « Réseau des avocats algériens pour la défense des droits de l’homme » (RADDH), la garde à vue de Tarek était censée légalement se terminer jeudi à 21 heures.
 
Toujours d’après l’avocat, Tarek se porterait bien et n’aurait pas subi de mauvais traitements. Pour l’instant, aucun chef d’inculpation n’a été communiqué mais l’avocat pense que Tarek pourrait être accusé de destruction des biens publics. Aucun article de loi algérien n’interdit en effet l’appel au boycott même si, fin avril, le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, a mis en garde sur une radio ceux qui encourageraient le boycott des élections. Il a déclaré que « des sanctions sévères seront appliquées envers toute personne » qui nuirait à la crédibilité des prochaines élections. Un seul parti d’opposition, le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) appelle au boycott.
 
Plusieurs pages Facebook de soutien à Tarek ont été créées ces derniers jours, notamment Libérez Tarek Mameri. Son affaire suscite beaucoup de commentaires sur les réseaux et certaines des vidéos du jeune homme ont été vues plus de 13 000 fois.
 
Contacté par FRANCE 24, le ministère de la Justice algérien a refusé de commenter le cas de Tarek Mameri.

« Désormais, toute personne qui publie une vidéo sur Internet est susceptible de se faire enlever »

Abderrahmane Semmar est le co-administrateur du site citoyen « Envoyés Spéciaux Algériens » qui se mobilise en faveur de Tarek Mameri.  
 
Nous sommes tous choqués, bouleversés par la façon dont ce jeune a été enlevé. Pour nous, c’est une arrestation complètement mafieuse qui ne respecte aucune règle. D’ailleurs les autorités n’ont à ce jour ni démenti, ni communiqué sur cette affaire.
 
Tarek est connu à Alger pour son engagement sur Internet en faveur de la libertés d’expression. Tout le monde le connaît. Il n’a jamais appelé à une quelconque manifestation et encore moins à faire usage de la violence. Il ne défend aucun objectif politique et n’est affilié à aucun parti, à aucune organisation ni association. C’est un jeune comme tant d’autres qui essaye de se battre pour ses droits avec les moyens qu’il a à disposition.
 
Sur Internet, la mobilisation ne cesse de grandir depuis son enlèvement. Car désormais, on peut imaginer que toute personne qui publie une vidéo sur Internet est susceptible de se faire enlever de manière complètement arbitraire.

« Les opposants comme nous n’ont aucun accès à la presse arabophone, aux plateaux télévisés, aux radios »

Abdou Bendjoudi est un des fondateurs du MJIC, le mouvement algérien de la jeunesse indépendante pour le changement, qui sensibilise les citoyens sur leurs droits et appelle boycott des élections.
 
Si les Algériens se désintéressent des élections en général et de ce scrutin en particulier c’est qu’ils en ont marre. Avec cette assemblée, comme avec celle qui sera élue, il ne pourra pas y avoir aucun changement, aucun impact, car c’est l’exécutif qui contrôle le pouvoir en Algérie. Tous les pouvoirs, législatifs, judiciaire sont à sa botte.
 
On sent bien qu’à l’approche des élections, les relations avec les autorités sont de plus en plus tendues. Les arrestations sont de plus en plus fréquentes. Le régime verrouille tout. Les opposants comme nous n’ont aucun accès à la presse arabophone, aux plateaux télévisés, aux radios. Deux de nos militantes ont même été intimidées par des policiers en civil dans la rue. A quelques jours des élections, la pression augmente sur les militants.

 


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