DzActiviste.info Publié le mar 23 Avr 2013

L’école, la régression stérile.

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Par Said Radjef

RENTREE-SCOLAIREOn a tellement dénoncé la baisse du niveau, alors qu’il montait, comme le montrent les exemples qui nous parviennent chaque jour des différents établissements scolaires en Kabylie, qu’aujourd’hui l’opinion ne s’alarme guère, alors qu’il baisse pour de bon. La proportion d’enseignants-2sur 3- qui ne maîtrise pas les programmes scolaires est tout simplement ahurissante. Par ailleurs, sur les 27 semaines pédagogiques possibles, les élèves en ont fait à peine une douzaine cette année, en raison des grèves incessantes qui ont paralysé tout le long de l’année l’école. Cette situation dure depuis plus de vingt ans. Et avec ça, la Kabylie se taille chaque fin d’année une place sur le podium, avec un taux de réussite au baccalauréat, tenez vous bien, qui dépasse les 88%. De quoi tomber à la renverse !

Parmi ces exemples qui traduisent la faillite de l’école et le niveau plus qu’alarmant de l’enseignant, l’histoire de cette fille 2AS maths renvoyée la semaine dernière du lycée et sommée de se présenter avec ses parents à l’établissement, pour avoir osé corriger sa prof de langue arabe, lors de la remise des copies du troisième devoir trimestriel. Pourtant, la lycéenne n’a fait que dire une vérité en martelant que l’Andalousie faisait partie de l’Espagne, contrairement à son enseignante de langue arabe qui jurait par tous les noms que l’Andalousie est un territoire de l’Arabie Saoudite. En dépit de l’intervention de quelques profs, l’élève n’a pas pu avoir plus d’un 8/20. Et pour ne pas froisser la prof, la direction de l’établissement a adressé un avertissement oral à cette lycéenne dont les mentions félicitations lors des deux premiers trimestres attestent du génie hors du commun. La prof est la fille d’un baron local. Exclue du CEM et par la suite des lycées El Khansa et Fathma N’Soummer ou elle fut élève, elle sera enseignante avant de gagner une promotion à l’université Mouloud Mammeri…Mais comme on di, mieux vaut ne pas prendre température que de mesurer sa fièvre.

La baisse se constate quelles que soient les filières. A une simple question de culture générale, 80% des enseignants ignorent la réponse. Les résultats sont là, et ils ne sont pas brillants : l’Algérie n’a pas d’école. Non seulement elle compte un taux très élevé de jeunes en échec, mais elle ne parvient pas à fournir des élites nécessaires pour répondre aux besoins de la nouvelle donne économique ou encore pour comprendre et relever les enjeux et défis qui se posent à notre société. Il ne faut pas avoir honte de le dire : nous avons des avocats, des magistrats, des ingénieurs, des médecins, des enseignants, des journalistes, des officiers supérieurs, des walis, des ministres…qui ne savent ni lire ni écrire. Comme souvent, l’école est à l’image des élites du pays et de la société qui l’entoure. Une société où l’on continue de miser sur l’ignorance et la crédulité des foules pour que la poignée de dirigeants ne perd pas le pouvoir qu’elle détient sans la moindre légitimité ; une société ou l’on continue de croire que les intérêts de l’élite ne sont pas ceux de la masse, alors que, partout ailleurs, tout porte à penser que l’élite est bonne, novatrice et abondante si la masse est bien formée et l’échec le plus rare possible. Mais on n’en est pas là encore.

Cependant, une question nous taraude l’esprit sans cesse. Cette question s’adresse aux partisans du changement et de la « révolution » pacifique, et elle se pose de fait : avec une école retenue en otage depuis plus d’un demi siècle, avec des « élites » qui refusent d’entreprendre la moindre action pour restaurer l’école sur son trône naturel et un échec scolaire qui touche de larges couches, y compris les couches universitaires, comment allons nous réaliser ce changement et cette « révolution » pacifique ?


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