DzActiviste.info Publié le sam 16 Mar 2013

Leçons du Sud à Louiza, Ghoul et Kablia et les autres labels

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Par Kamel Daoud. 16 mars 2013

Tahar Belabes - photo el watan week-end

Tahar Belabes – photo el watan week-end

Finalement les chômeurs de Ouargla et du pays gagnent du terrain : pour le 14 mars, date de l’apocalypse selon Hanoune et de l’infiltration de l’OTAN, de la manipulation du Qatar et d’El Jazeera et des harkis, des traîtres, des agents de l’extérieur, les chômeurs se sont rassemblés dans le calme, ont hissé le drapeau, ont chanté l’hymne, ont crié leurs poumons, ont demandé leurs demandes. Il n’y a pas eu d’intervention de l’OTAN, personne n’a assassiné Abane Ramdane, personne n’a volé des bijoux, bombardé des Algériens à Oued Sly. Personne n’a cassé une vitre, volé un sucre ou demandé que l’on divise le pays. Le ciel n’est pas tombé et le pays n’est pas en guerre. Cela prouve au moins quelques évidences.

Un : la conscience politique, l’unité nationale, le nationalisme, ce n’est pas Khelil & Cie qui l’incarne, ni Louiza Hanoune, ni le FLN, ni les « services », ni l’Administration, ni Ennahar, ni la propagande, ni Amar Ghoul. Ce sont de jeunes chômeurs du sud et du reste. On salue la naissance de ce que les plus de 80 ans empêchent par la force de la ride et du verbe : la naissance de jeunes leaders algériens, crédibles, sains, conscients, responsables et concrets. L’avenir c’est Tahar Belabesse ou ceux qui pensent comme lui. Le passé c’est Sidi Saïd et son UGTA qui a été chassé de Ouargla. Les gens de l’apartheid et ses méthodes.

Deux : on peut marcher et se rassembler sans diviser ce pays comme on nous le dit, sans le casser, le détruire. A Ouargla, les chômeurs ont su s’organiser. Le prétexte sécuritaire n’est qu’un prétexte de colons. C’est notre pays et on peut y marcher et y manifester sans le vendre ni le trahir. Les arguments du régime ressemblent à ceux des «Blancs» de l’Afrique du Sud il y a des décennies. Et avec les mêmes dégâts.

Trois : on peut éviter de faire l’erreur habituelle sans que le ciel tombe sur les têtes : la police, les gendarmes et les autres se sont montrés discrets, n’ont pas frappé, n’ont pas harcelé ni arrêté. Preuve que ce pays peut vivre normalement et qu’il est inutile de frapper les gens pour « le bien de l’Algérie ». Preuve que les arrestations « avant », les procès, les harcèlements judiciaires sont du banditisme. On pouvait s’en passer. C’est inutile, contre-productif et cela ne sert qu’au pire.

Quatre : demander un changement n’est pas demander la destruction, ni la vouloir, ni la permettre. C’est simplement vivre et vouloir la justice, l’écoute et l’expression libre. La France coloniale est partie et on n’est pas obligé de l’incarner, ni d’user des méthodes des colons.

Cinq : le Pouvoir vieillit mal, de plus en plus. Il s’enferme, ne comprend pas, panique, a peur et ruse. Il devient paranoïaque et ne sait plus agir qu’avec de l’argent ou de la violence. Il a tout perdu, sauf ses dents. Il ne comprend pas comment on peut arriver au monde après lui, c’est quoi être jeune et vif, ce que veut dire être libre sans lui et contre lui.

Six : Le Sud souffre d’une vraie vision colonialiste du régime centraliste : il a été ignoré, oublié, mais aussi arrêté, frappé, torturé, enlevé, méprisé et manipulé. Etrange mise en écho de la politique de la France pour le Sahara. Toujours, avant et après l’indépendance, géré avec des casernes, sous régime militaire, encadré et pas gouverné, en état d’exception, divisé en aires de notables. Et quand le Sud bouge, les nervis du Nord font comme faisaient les colons : c’est un complot, ils veulent nous jeter à la mer, ce sont des infiltrés, des drogués, des terroristes, des violeurs d’enfants. Dixit la Louiza et le Golden Boy des appels d’offres : Amar Ghoul.

Sensation d’être soi-même démodé : peut-être, sûrement, les chômeurs du Sud ont tout compris. Pour faire changer la politique, il ne faut pas faire de la politique. Tahar Belabbess et ses amis ont donc compris : il faut partir de la base, de la rue, de l’épaule la plus proche de la sienne. Il ne faut pas compliquer la revendication mais l’exprimer le plus simplement possible. Il faut résister à l’appel, la menace, la division et la manipulation et le harcèlement simplement en continuant de marcher droit devant soi. Il ne faut pas faire la guerre, ni la paix mais seulement ce qui s’impose. Il faut réunir les gens autour du plus simple des slogans, le plus proche de l’Algérie algérienne, le plus traduisible dans les plusieurs langues du pays : la dignité. Il faut avoir de bonnes idées d’organisation. Il faut s’exprimer naturellement et avec modestie et avec sincérité. Il ne faut pas haïr.

Dans les entretiens de Tahar Belabbess on ne découvre pas cet ingrédient automatique des opposants en Algérie : la haine du régime. Il ne semble pas haïr le Pouvoir, le régime, l’Etat, mais semble simplement insister sur ses droits et sur le concret. Désarmant. Du verbe « désarmer » l’adversaire.


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Displaying 2 Comments
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  1. salay dit :

    La blague du système! Il parle du Sud, des gens du Sud après les avoir accusé d’etre des Belmokhtar, des bencheneb, des tangos quoi! Le comble, ils les laissent tranquillement faire leur marche, leur rassemblement en les sponsorisant. Pour ce qui est des chômeurs, l’informel est partout, au nord comme au Sud, d’Ouest en Est, en Kabylie, dans les Aures, dans les hauts plateaux… Entre temps la fille de Sellal, une amie de Farid Bejaoui, encaisse à Londres un salaire de cadre SONATRACH…Khelil est poursuivi par le FBI pour ses achats en millions de dollars aux USA quand il était ministre de l’Energie et pdg de SONATRACH…ALLAH INAALKOUM!

  2. SAMAY dit :

    les négociations secrètes entre le chef du parties et le pouvoir occulte pour au moins, une quarantaine de sièges, comme quota du FFS »Un autre cadre du parti a ajouté, par ailleurs, que « le 5e de la liste du FFS de Tizi-Ouzou est un proche de Hannachi ». il est « Avocat du club Berkaine Nouredine et ami des Bahloul les infiltrés du drs ». Donc, Hannachi a investit « un argent fou pour avoir ses éléments à l’intérieur du parti afin de défendre ses intérêts ». Par rapport au lâchage de Tabou par les Bahloul, nos deux sources ont souligné que « malgré la relation familiale qui les lie, les Bahloul ont d’autres intérêts à défendre avec d’autres militants et de l’argent à engranger avec Hannachi qui est du même bord qu’eux ».
    Salima Ghozali et Mohand Amokrane Cherifi pour apaiser les appétits
    Les listes des législatives minent le FFS, et Hannachi entre en scène La guerre du pouvoir de l’argent est lancée a tiziouzou
    n’aurait pas cautionné cette «suite a sa participation » à la mascarade de Mai, qui signifie « caution » au Régime militaire. était un Opposant oppositionnel, radical, qui ete farouchement opposé à la Junte criminelle. Alors, il est indigne de se servir de son nom pour justifier et légitimer la « reddition du FFS »…..
    Par ailleurs, l’égarement du FFS et le fourvoiement de ses Dirigeants sont dénoncés de l’intérieur même de ce parti, les militants de base sont majoritairement hostiles à cette « stratégie participationniste » suicidaire et collaborationniste, une démarche décidée unilatéralement « par le haut », violant le Règlement intérieur du parti…..suite à des « négociations secrètes » avec le Clan Boutef-Zerhouni, des négociations au demeurant « tenues au secret », non divulguées aux militants…..
    Quant aux allégations mensongères et trempeuses des éradicateurs (nezzar…) la réponse est à chercher dans l’histoire récente. En rappelant que le CNCD de 2011 est calqué sur le CNSA de 2001. Le CNCD, comme le CNSA est lié à l’aile dure du Pouvoir militaro-mafieux : les faucons et extrémistes du DRS et de l’Etat-major, les deux leviers principaux de la Junte dictatoriale au pouvoir. Et c’était par la voie d’Ali Yahia Abdennour que le CNCD avait bel et bien appelé à la « déposition de Bouteflika », ce qui signifie Coup d’ Etat, comme en 1992.
    L’autre faute du FFS est celle liée au fait qu’il tourne le dos aux « réconciliateurs »-partisans de « la solution politique pacifique »-. Le FFS fait « cavalier seul » et prête flanc aux éradicateurs du Clan Mediene-Tartag (néo-MALG/DRS) et leurs chiens-de-garde, qui ont tous les moyens de propagande à même d’épuiser le FFS, sachant que ce parti est, contrairement aux proclamations triomphalistes de ses dirigeants, déjà démuni, contrecarré et neutralisé dans son fief historique même, en Kabylie, où le DRS (dire « la mission Belkheir-Ayyat ») a crée une pléthore de micro-partis, associations, blogs, journaux, infligé la « mise à mort » du MCB et fractionné la LADDH, qui étaient les « deux béquilles » du FFS. L’on peut déduire objectivement que le « champ d’audience réel » de ce parti est réduit. Quoi qu’en disent ses dirigeants ! N’en déplaise à ses dirigeants !
    Cependant, il ne faut pas perdre de vue aussi que le Clan Mediène-Tartag (néo-MALG/DRS) des éradicateurs,Boutef-Zerhouni les durs et faucons au sein du Pouvoir militaro-mafieux manifestent leur hostilité à ces élections décidées par le Clan Boutef-Zerhouni (ex-MALG/SM). Les porte-flingues du DRS n’hésitent pas à tirer à boulets rouges (journaux, blogs)….D’où la nécessité de prendre au sérieux les probables manipulations et provocations où les Chevaliers de l’Apocalypse vont perpétrer des manipulations et provocations, des massacres de masse, une répression à grande échelle afin de poursuivre dans le sens de leur volonté d’asseoir à jamais leur domination sur la société. On est amené alors à supputer sur l’éventualité d’un Coup d’Etat, comme en 1992, sous une autre forme !
    Le FFS devait opter pour le « boycott et plus », le boycott plus quelques crans de plus…Car il ne doit se laisser « doubler à sa gauche par des partis et mouvements de droite », les partis des Généraux, les « enfants de Belkheir », les Belkheir’s Boy’s …..Il ne restera plus rien du FFS après sa participation-caution à la supercherie du mafieux

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