DzActiviste.info Publié le dim 21 Juil 2013

L’Egypte, l’impasse et le retour de la vieille garde

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Abdelkader Zahar
samedi 20 juillet 2013 16:26

« Après l’éviction de Morsi, c’est le retour de la vieille garde de Moubarak », affirme le Washington Post, dans son édition de samedi. The Guardian fait un récit bien fouillé du massacre de 51 personnes du 8 juillet devant le club de la Garde républicaine au Caire. Abdelbari Atwan, lui propose une feuille de route pour une « sortie de crise ».

 

Le coup d’Etat militaire contre le président Mohamed Morsi, le premier président égyptien démocratiquement élu, a profité aux anciens du régime de Moubarak.  Bien entendu, il ne s’agit pas (encore) du retour direct de figures de premier plan, comme les fils de Moubarak et d’anciens ministres, impliqués dans des affaires de corruption, mais la configuration actuelle des dirigeants de la « nouvelle étape » née du putsch du général Abdelfatah al-Sissi, met en avant des membres actifs d’un régime qui a gouverné pendant trois décennies, laissant un montant de la dette extérieure près de 39 milliards de dollars, selon les chiffres de la banque centrale de l’Égypte d’avril dernier. « Onze des 34 ministres sont des anciens du régime de Moubarak. Deux étaient membres du Parti national démocratique (PND) de Moubarak, dissous après l’automne 2011. Les défenseurs de la vieille garde disent qu’il est inévitable des responsables de l’ère Moubarak figurent dans le gouvernement, car ce sont elles réellement qualifiés pour diriger le pays », constate le Washington Post (WP). De quoi faire plaisir à Hassan Ibrahim Zeinhom, ancien parlementaire du PND, qui, à l’annonce du renversement de Morsi, a « sacrifié un mouton, a engagé un DJ et a organisé une fête de pour ses voisins du quartier », raconte le journal qui constate que le « nouveau pouvoir » est « étrangement familier ». Pour le WP, les « signes avant-coureurs » du retour de l’ère Moubarak ont surgit, non seulement du nouveau gouvernement du Premier ministre Hazem el-Beblawi, « où les membres de l’ère Moubarak abondent et les islamistes sont absents », mais également des « couloirs de la justice (…) où les procureurs enquêtent sur les dirigeants (islamistes, ndlr) dans des accusations d’incitation (à la violence) » et « des cellules de prison sombres, où les prisonniers ont les yeux bandés, menottés et interrogés au sujet de leur adhésion aux Frères Musulmans ».

Le Washington Post porte le constat aux médias d’Etat, où « la rhétorique de la vieille garde de 30 ans de règne de Moubarak a fait un retour à pleine gorge, avec des montages patriotiques et des louange abondantes pour les forces armées ». Même constat pour « les réseaux privés » de l’époque Moubarak qui reviennent en force également, ajoute le journal pour qui, mis à part dans le camp des protestataires pro-Morsi, « il y a eu peu de réaction contre le retour aux anciennes méthodes ». « Les Egyptiens qui ont exigé la punition des « fouloul » – c’est à dire les restes du régime de Moubarak – affirment qu’une année de gestion désastreuse des Frères a tout mis en perspective ».  » «Depuis plus d’un an, le gouvernement des Frères musulmans s’est avéré incompétent. Nous devons donc travailler avec ces experts de l’ancien régime », a déclaré Ahmed Sarhan, un collaborateur de Ahmed Chafik, le commandant des forces aériennes à la retraite et candidat du camp Moubarak lors des présidentielles de l’année dernière. « Maintenant, ils peuvent revenir. Ils devraient revenir », a également déclaré Amr Moussa, le ministre des Affaires étrangères de l’ère Moubarak, en parlant des membres de l’ancien-régime. Mais, conclu le journal, « parmi les militants libéraux et laïques qui ont défendu l’éviction de Morsi, comme l’expression de la volonté publique, on parle très peu des valeurs démocratiques. »

Le film du bain de sang

Deux jours avant The Washington Post, le quotidien britannique The Guardian avait publié « L’histoire complète de la fusillade du club de la Garde républicaine ». Avec une timeline détaillée du massacre qui a coûté la vie à des dizaines parmi les manifestants pro-Morsi. « Aux premières heures du 8 juillet 2013, 51 parmi les partisans des Frères musulmans, qui campaient à l’extérieur du club de la Garde républicaine au Caire, ont été tués par les forces de sécurité. L’armée égyptienne a affirmé que les manifestants avaient tenté de pénétrer dans le bâtiment à l’aide de motocyclistes armés. Après avoir examiné les preuves vidéo et en interrogeant des témoins oculaires, des médecins et des manifestants, Patrick Kingsley trouve une histoire différente : une lutte coordonnée contre les civils en grande partie pacifiques », écrit The Guardian. « S’ils avaient voulu juste briser le sit-in, ils auraient pu le faire par d’autres moyens. Mais ils voulaient nous tuer », dit un survivant » cité par le journal.

Après une semaine d’enquête, le journaliste britannique affirme n’avoir trouvé « aucune preuve de l’attaque de motocyclistes » et des récits très différents montrent que « les forces de sécurité ont lancé un assaut coordonné sur un groupe de civils sans armes et majoritairement pacifique ». Dans son récit, Patrick Kingsley précise que « l’armée a refusé quatre demandes d’entrevues avec soldats présents sur les lieux ». « Un porte-parole (de l’armée) a fourni des images d’au moins trois partisans pro-Morsi utilisant une forme d’arme à feu, peu de temps après le début du massacre. Mais le premier acte de provocation que l’armée a été en mesure de prouver – un manifestant jetant des pierres – arrive à 04h05, soit plus d’une demi-heure après que la plupart des témoins conviennent que le camp avait été (déjà) attaqué », ajoute le journal. « L’armée a été réticente à donner un compte rendu complet de l’incident. Il y a aussi une absence frappante d’une couverture critique par les médias publics et indépendants, tandis que les chaînes de télévision pro-FM ont été fermées », affirme Patrick Kingsley. Et de conclure : « Dans un climat politique très tendu et polarisé, où il y a le sentiment largement répandu que les FM ont reçu un punition et que l’armée égyptienne est à l’abri de toute poursuite civile, il y a l’indignation croissante parmi les victimes que la vérité ne sera jamais connue ».

Une « feuille de route de sortie de crise »

Pour le désormais ex-directeur du quotidien londonien « Al Quds Al Arabi », Abdelbari Atwan, « le coup d’Etat militaire, qui était supposé mettre fin à la division dans la rue égyptienne et éviter le chaos, a eu l’effet inverse ». « Le chaos a augmenté, ainsi que l’anarchie, et la division au sein du peuple s’est accentuée », ajoute le célèbre éditorialiste Palestinien sur son site web. Selon lui, l’institution militaire en Egypte n’a pas réussi à convaincre, y compris parmi ses alliés occidentaux, qu’elle remettre les commandes du pays à un pouvoir civil. Elle a commis, dit-il, « deux erreurs majeures ». La première « quand il a pris parti pour un camp, l’opposition libérale, contre un autre, les Frères Musulmans, alors que tous les deux sont d’abord et avant tout des Egyptiens. La seconde erreur est de n’avoir pas assumé le coup d’Etat en osant le nommer tel quel ». Pour Abdelbari Atwan, devant les développements dangereux de la situation dans le pays, il n’existe que « deux solutions ». « Soit l’armée assume totalement son coup d’Etat, prenne totalement le pouvoir, en décrétant l’état d’urgence. Ou bien qu’elle permettre le retour du président destitué Morsi qui sera suivi par des élections présidentielles et législatives livres et honnêtes, avec l’engagement que chaque camp respectera le résultat des urnes et l’assurance que plus jamais l’armée ne puisse se mêler de politique, et l’adoption d’uns Constitution consensuelle encadrant ces principes. », écrit-il. La préférence de l’éditorialiste va pour la seconde solution. « Personnellement, je préfère la deuxième option, celle du retour Morsi, même temporairement. C’est l’option qui garanti le moins de pertes pour l’Egypte, son peuple et la région dans son ensemble. Il est le président légitime de l’Egypte que l’on soit d’accord ou pas avec lui. Le pouvoir doit être toujours sollicité par les urnes, et le peuple est la source de tous les pouvoirs », conclu Abdelbari Atwan.


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