DzActiviste.info Publié le jeu 5 Juil 2012

L’élite politique algérienne liquidée après l’indépendance les assassinats politiques, des crimes à élucider

Partager

Colonel Chaâbani, Mohamed Krim Belkacem, Abane Ramdane  et Ali Mecili

Colonel Chaâbani, Mohamed Krim Belkacem, Abane Ramdane et Ali Mecili

In El Watan 05 07 2012

Nous venons d’enterrer le premier président de l’Algérie indépendante, le président Ben Bella. Et ce n’est qu’ici que j’ai appris que la plupart d’entre vous ne le connaissaient même pas. Qui sont Krim, Abane, Zighoud, Ben Boulaïd ?

C’est inadmissible de ne pas connaître ces grands dirigeants (…) C’est grave de ne pas connaître Amirouche, Si El Haouès et tous les autres. Tout cela n’est pas de votre faute, mais bel et bien de celle de notre génération qui n’a pas su faire connaître l’histoire de ce pays aux jeunes générations. Cette déclaration du président Bouteflika faite en 2011, à Sétif, à l’occasion la commémoration des massacres du 8 Mai 1945, sonne comme un aveu.

Une reconnaissance du black-out officiel sur l’histoire de l’Algérie qui dure, et ce, depuis l’indépendance. La véritable histoire nationale demeure toujours ignorée par l’opinion nationale, en particulier chez les nouvelles générations, ainsi que les faits qui se sont produits juste après l’indépendance. Les assassinats politiques, dont ont été victimes de nombreux leaders de la guerre de Libération nationale, restent encore un tabou qui ne sera pas brisé à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance. La vérité sur ces actes ignobles, qui ont permis l’élimination physique d’un certain nombre d’adversaires politiques aux tenants du pouvoir, ne sera peut- être pas connue. Les exécutions extrajudiciaires de ces chefs historiques de la révolution algérienne restent impunies.

Pis encore, l’Algérie officielle garde le secret sur les liquidations physiques d’hommes politiques qui auraient pu faire sortir le pays de l’impasse dans laquelle il se trouve depuis 1962. Combien d’Algériens savent, aujourd’hui, que des hommes, qui ont été de véritables chefs politiques et militaires durant la révolution,, ont été exécutés par leurs «frères» quelques années seulement après avoir chassé le colonialisme ? Le système éducatif national et les médias publics ont imposé une histoire à sens unique. Le système FLN, parti unique jusqu’en 1989, a toujours banni et frappé d’ostracisme tout ceux qui ont refusé le «détournement du fleuve de la révolution».

La chasse aux sorcières : de Chaâbani à Ali Mécili

Outre l’emprisonnement et l’exil, les tenants du pouvoir ont également fait des assassinats politiques un mode de gouvernance. Un moyen pour régner sans être gênés par des personnalités plus légitimes et plus reconnues. Les premières exécutions ont été enregistrées dès les premières années de l’indépendance. Le colonel Mohamed Chaâbani, chef de la Wilaya VI (Grand Sahara), est le premier à faire les frais de cette entreprise diabolique. Accusé «de tentative de sécession et de traîtrise», le jeune colonel fut exécuté en septembre 1964. Son cas suscite, jusqu’à aujourd’hui, la polémique. Qui a ordonné son exécution ? On n’arrive toujours pas à connaître la vérité sur cette affaire, au même titre que celles des autres chefs de la révolution exécutés sous le régime de Boumediène. Mohamed Khider, qui s’était opposé au coup d’Etat du 19 juin 1965, a été exécuté à Madrid (Espagne), le 4 janvier 1967.

Son assassin, affirme Hocine Aït Ahmed, est Youssef Dakhmouche qui était l’homme de main de Boumediène et ses services. Les assassinats politiques ont été commis de diverses manières. En décembre 1967, le colonel Saïd Abid a été déclaré «suicidé» dans son quartier général de Blida. La chasse aux opposants menée par le régime de Boumediène se poursuivra. En avril 1969, le tribunal d’exception, la Cour dite «révolutionnaire» d’Oran prononce un jugement ubuesque contre le négociateur en chef des accords d’Evian, Krim Belkacem : condamnation à mort. La sentence fut exécutée en octobre 1970. L’homme a été suivi jusqu’en Allemagne où il s’était exilé. Il a été étranglé dans sa chambre à l’hôtel Intercontinental de Francfort. Quatre ans plus tard, c’est au tour de Ahmed Medeghri, ministre de l’Intérieur et fondateur de l’Ecole nationale d’administration, d’être liquidé chez lui à El Biar.

Mais la version officielle évoque «un décès accidentel». Tout simplement, une histoire à dormir debout. La chasse aux sorcières ne s’est pas arrêtée après la mort de Boumediène en 1978. Du même pédigree, ses héritiers achèvent la besogne du chef. Ils n’ont pas raté l’opposant, Ali André Mecili assassiné dans le hall de son immeuble à Paris, le 7 avril 1987. L’assassin est connu : Abdelmalek Amellou, arrêté en France avant d’être rapatrié en Algérie où il n’a jamais été inquiété. Les raisons d’Etat ont primé sur le droit. Ceux qui l’ont chargé d’accomplir ce forfait sont également connus. L’arrestation, en 2008, en France du diplomate algérien, Mohamed Ziane Hasseni avait, rappelons-le, remis au devant de la scène l’affaire Mecili. Mais elle été vite éclipsée à nouveau… Cinquante ans après l’indépendance, l’Algérie officielle refuse de reconnaître ce sinistre bilan comme une première étape vers la catharsis.

Madjid Makedhi


Nombre de lectures: 7611 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>