DzActiviste.info Publié le ven 6 Juin 2014

L’endurance morale, l’érosion de routine, et les grandes épreuves

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intellectuels1Abdelhamid Charif

 

Quand, en maitres des lieux, la perversion et la médiocrité érigent des forteresses, quand l’impunité et la corruption règnent en monarques absolus, quand l’injustice vole de victoire en victoire, les vertus sont alors mises à rude épreuve, poussées aux limites, la patience et l’endurance chavirent, la sérénité perd du sang froid, l’imperturbabilité se réduit comme une peau de chagrin, des doutes peuvent s’installer, la foi peut être ébranlée, les renégats s’empressent de retourner leurs vestes, même un prophète peut être secoué, un autre trahi et abandonné, et même la crème de la vertu, l’icône de la patience et de la gratitude, le prophète Ayyoub, peut devenir infréquentable.

Contrôle continu ou simple existence aléatoire

Pour un croyant, l’objectif de son passage éphémère ici bas est de se soumettre au rôle que lui a assigné son créateur, en suivant ses recommandations claires mais non contraignantes, et le soumettant ainsi, à travers une liberté d’appréciation et d’action, à un examen continu sur terre.

Qu’en est-il des non-croyants ?

L’athéisme, cette prétendue philosophie libre et épanouie, n’est qu’une simple imposture intellectuelle butant dés le départ sur un dilemme élémentaire, attribuant fatalement à l’univers, qui se serait créé par lui-même, un caractère divin. Existe-t-il réellement des non-croyants, disciples du néant spirituel et d’une irrationalité condamnant au désespoir ? Tout le monde doit croire en quelque chose, même ceux qui refusent de l’admettre, y compris ceux qui consacrent une partie de leur vie et gaspillent tant de neurones à prendre un malin plaisir à chercher la petite bête au Bon Dieu. Une catégorie curieuse est celle des croyants libres, sans repère, et affranchis de toute révélation divine. Ces disciples de la « foi libérée » croient en une miséricorde infinie du Bon Dieu, qui n’a que faire du châtiment de ses créatures. Un examen, la vie ? Peut être, mais avec 100% de réussite ! Même si cela ne peut plus amuser le grand Pharaon, les tyrans contemporains en revanche ne trouveront pas de meilleures victimes alliées. A moins que la générosité élastique divine ne soit taillable sur mesure ; se poserait alors, pour cette niaise théorie, le dilemme d’unicité divine.

Il est primordial de démasquer, disséquer et neutraliser ces types de raisonnement qui peuvent paraitre d’autant plus anodins et fortuits qu’ils sont régulièrement évoqués avec ironie et sans intention nuisible, mais qui peuvent en fait causer une érosion et des dégâts imperceptibles importants sur la foi et la croyance.

La vie est un examen continu, et de ce fait sanctionnée tôt ou tard par une évaluation. Les « chercheurs des petites bêtes » ne manqueront pas de s’illustrer là aussi en invoquant un autre non-sens, appelé inégalité des chances entre les riches et les pauvres, les puissants et les faibles, les femmes et les hommes…Comme si eux pouvaient laisser leurs enfants libres d’une part, et sans distinction acquise d’autre part, tout en arrêtant le temps et figeant les progrès pouvant léser ou avantager les uns par rapport aux autres. L’égalité des chances pour les créatures, c’est du ressort exclusif du créateur ! Aussi bien dans les épreuves par le mal que par le bien ! La gratitude et la patience sont les deux vertus clefs de la réussite à cet examen, et celui qui bute face à l’une ne fera certainement pas mieux contre l’autre.

 « N’est-elle pas merveilleuse la situation du croyant ! Il jouit de privilèges exclusifs ! Tout ce qui peut lui arriver, c’est pour son bien ! S’il est béni par une faveur, qu’il soit reconnaissant, et c’est un bien pour lui. Et s’il est affligé d’une épreuve, qu’il se montre patient, et c’est aussi un bien pour lui ! », Hadith.

Certains ne manqueront peut être pas d’observer, et même protester, que de pareils propos moralisateurs devraient être plutôt confinés aux prêches des mosquées. Les vertus de droiture, fidélité, intégrité, honnêteté, seraient-elles différentes, qu’elles soient considérées d’ordre moral, intellectuel, ou spirituel ? Ne devrait-on pas plutôt prêcher ces valeurs dans tous les coins du pays pour espérer constituer un front uni contre la perversion politique qui sévit et s’amplifie ? Comment faire pour que ce pays se remette à produire des dirigeants dignes de ses sacrifices et de son histoire ? Comment faire pour que des figures emblématiques telles que Abdelhamid Mehri et Hocine Ait Ahmed, pour ne citer que ces deux là, fassent suffisamment d’émules pour diriger les destinées du pays ? Au lieu d’être qualifiés de traitres de la nation par des dignitaires de l’Etat ? Sans ces vertus de fidélité aux principes, intégrité, patience et gratitude, comment espérer éviter alors à nos enfants d’être dirigés par des prédateurs, des girouettes et autres caméléons, sans aucun code d’honneur, et capables de ruiner, trahir et offrir le pays à ses ennemis ?

Nous n’avons d’autre choix que d’éduquer nos enfants sur ces valeurs et espérer.

La référence universelle en matière d’endurance et de patience c’est le Prophète Ayyoub, Salut Sur Lui. Son émouvante histoire est instructive à plus d’un titre. La clémence et générosité d’Allah peut se manifester tout aussi bien en évitant ou abrégeant les rudes épreuves qu’en gratifiant l’individu de la vertu de la patience pour endurer et supporter ces épreuves. Le Prophète Ayyoub était en bonne santé, riche, généreux, et avait une grande famille et beaucoup de disciples. Dieu décida alors de l’éprouver en le privant d’abord de tous ses biens, ensuite tous ses enfants, et enfin de sa santé et même de son apparence physique. L’épreuve dura de longues années au point où tous ses compagnons le quittèrent pensant qu’il ne pouvait subir un tel sort s’il était irréprochable. Ne restait que sa femme. En dépit de l’insistance de cette dernière, Ayyoub n’osait pas, par pudeur, implorer Allah pour le soulager, et faire preuve ainsi d’ingratitude pour son bonheur antérieur. Son immense sentiment de reconnaissance et gratitude se transformait en une vertu de patience presque surhumaine ! Et c’est finalement l’entourage d’Ayyoub qui a raté cet examen.

أَمْ حَسِبْتُمْ أَن تَدْخُلُوا الْجَنَّةَ وَلَمَّا يَأْتِكُم مَّثَلُ الَّذِينَ خَلَوْا مِن قَبْلِكُم ۖ مَّسَّتْهُمُ الْبَأْسَاءُ وَالضَّرَّاءُ وَزُلْزِلُوا حَتَّىٰ يَقُولَ الرَّسُولُ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ مَتَىٰ نَصْرُ اللَّهِ ۗ أَلَا إِنَّ نَصْرَ اللَّهِ قَرِيبٌ                                                                                

« Espérez-vous accéder au Paradis sans avoir été éprouvés comme l’ont été ceux qui vous ont précédés ? Ils ont connu des malheurs et des calamités ; ils ont été secoués par l’adversité au point que leur prophète et ceux qui le suivaient en vinrent à se demander : «À quand donc le secours du Seigneur ?» Certes, le secours d’Allah est toujours proche ! », Coran 2/214.

Surestimation des pouvoir humains

Les sociétés soumises au joug des tyrans sont des candidates en puissance aux déchéances morales. L’injustice et l’impunité finissent souvent par avoir raison d’une bonne partie, et certains opprimés se transforment aisément en bourreaux. Heureusement pour l’humanité que les pays développés et les grandes puissances sont gérées par des démocraties avec alternance au pouvoir. Un nouveau Pharaon, made in USA par exemple, pourrait être fatal. Les dictatures dans les pays sous développés enfantent de drôles de despotes, excellant dans le double art de tyranniser leurs peuples, et de presque se prosterner devant chaque nouveau leader occidental !

Un tyran peut faire beaucoup de victimes, et facilement ! Il en est en fait de même pour plusieurs virus invisibles. Aucun pouvoir ou capacité de nuisance ne doit cependant être surestimé. Ni même le progrès moderne. Cette technologie qui, prétendait-on, pouvait lire l’heure sur une montre à partir d’un satellite, se retrouve soudain incapable jusqu’à suivre les traces d’un grand avion de ligne avec des centaines de passagers à bord. Si le livre Guinness des records s’intéresse aux plus grands pouvoirs humains, il n’a pas à l’actualiser après chaque élection présidentielle aux Etats Unis. Ce record existe bel et bien, et est classé depuis des millénaires. Il s’agit de pouvoirs que le Prophète Solomon, Salut Sur Lui, a demandés et reçus en exclusivité de la part de Dieu, et qui ne pourront jamais être égalés. Qu’un avion de ligne explose, s’écrase, ou plonge en mer, les services de sécurité à la disposition de Solomon n’auraient pas à chercher ; ils sauraient en temps réel ce qui se serait passé. Un autre record classé, bien qu’encore à venir, et intéressant à évoquer, c’est la fitna ultime du Masseeh Edajjal (AntéChrist). Cette extrême épreuve, que même les prophètes craignaient et imploraient le Bon Dieu de les en épargner, verra l’avènement d’une créature exceptionnelle et unique dotée de pouvoirs quasi-divins, y compris la capacité de tuer et ressusciter. Nous, qui avons tant de difficultés avec un contrôle continu de routine, avons tout intérêt à prier Allah de nous éviter cet examen presque infranchissable !

Le changement individuel interne est une passerelle incontournable vers la rive de salut et le changement aspiré pour toute la société. Les élites ne doivent donc pas se contenter de dénoncer et critiquer les dictatures, en espérant des solutions immédiates. Elles doivent d’abord et surtout s’armer de ces valeurs morales et s’immuniser par ces vertus de patience et d’endurance, afin de ne plus constituer une simple pépinière de victimes mutables, qui fournit, à la demande de la dictature, de nouveaux tyrans et nouveaux prédateurs, pires que ceux qui étaient insultés la veille.

Puisse Allah nous guider à faire partie du premier groupe évoqué dans ce verset :

يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَفِي الْآخِرَةِ ۖ

وَيُضِلُّ اللَّهُ الظَّالِمِينَ ۚ وَيَفْعَلُ اللَّهُ مَا يَشَاءُ

Abdelhamid Charif


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